Archives par étiquette : Émilie Gäbele

Une unique pousse par foyer

Cécile MOUVET, Étendre ses branches sur le monde, Lansman, 2018, 40 p., 10€, ISBN : 978-2-8071-0194-4

Deux êtres s’aiment, s’enlacent, veulent fonder une famille. Un jour, on plante une graine dans le cocon familial. Quelques mois plus tard, naît le fruit de leur amour. D’autres pousses veulent également voir le jour, se bousculent dans le ventre de la terre, essaient de sortir leurs petites racines. Mais les Élagueurs ne voient pas leur venue d’un très bon œil. Trop de « mauvaises herbes » détruiraient tout. Il n’y aura pas assez d’eau pour toutes les nourrir. Une seule pousse par foyer, c’est tout ! Mais deux êtres s’aiment toujours et continuent de s’enlacer. Une nouvelle graine est plantée… Continuer la lecture

« Je vins en un lieu où la lumière se tait »

Alex LORETTE, Géographie de l’enfer, Lansman, 2018, 50 p., 11€, ISBN : 978-2-8071-0179-1

lorette geographie de l enfer.jpgFranck, JC et Leslie vivent dans un trou perdu. Aucun voisin, aucune maison aux alentours. Que la nature à perte de vue, ses forêts, les bruits qui craquent, des hululements, le vent qui souffle. Rien qu’eux trois et leur profonde solitude, brisée parfois par des échappées au travail ou sur les routes. Qui sont-ils les uns pour les autres ? Deux frères et une sœur ? Un ménage à trois ? Des amis ? De simples colocataires ? Continuer la lecture

L’Élu

Alain DOUCET, 41 centimètres, Basson, 2018, 204 p., 16 €, ISBN : 978-2-930582-55-9​

doucet 41 centimetresÂmes sensibles s’abstenir ! Si vous appréciez les histoires bien propres sur elles et le vocabulaire châtié, vous n’aimerez pas 41 centimètres. Si par contre le sexe, la folie, la drogue et la vue du sang ne vous font pas peur, ce texte est fait pour vous.

41 centimètres… Les titres sont parfois utilisés pour leur sens poétique ou métaphorique. Pas besoin de chercher ici midi à quatorze heures. Oui, vous l’aurez bien compris, il s’agit de la taille d’un sexe, d’un phallus pour être plus précise, ou carrément d’une bite si j’emprunte le vocabulaire propre au texte. Le roman commence en beauté : le narrateur, un certain Johnny Gourdin – son vrai nom ne nous sera livré que vers la fin du livre – s’enferme dans la cuisine de l’asile où il se trouve pour se couper le jonc. Qu’est-ce qui a poussé cet homme à arriver à cet acte suprême d’automutilation ? On rembobine et on reprend à son enfance. La route jusqu’à ce geste désespéré est longue et parsemée d’embûches et d’épisodes plus rocambolesques les uns que les autres. Car oui, cette verge lui aura permis de gagner beaucoup d’argent et de devenir célèbre. Mais elle aura surtout été la cause de nombreux problèmes. Continuer la lecture

S’accroche-t-on Malgrétout ou Tantpis, c’est fini ?

Stanislas COTTON, La profondeur des forêts, Lansman, 2018, 48 p., 11€, ISBN : 9782807101845

cotton la profondeur des forêts.jpgSirius Malgrétout commence un nouveau job dans un magasin d’électroménagers. Il passe ses journées à parcourir les longues allées d’un hangar, à charger des frigos ou des lave-vaisselles, à pousser un chariot et à transporter le tout jusqu’à l’accueil. Un emploi fatigant et extrêmement répétitif : ticket allée numéro untel, emplacement untel – chargement – déplacement – livraison. Et on recommence. De plus, Sirius n’a pas vraiment le physique du déménageur. Un curieux personnage, Tommy Tantpis, le suit partout. Qui est-il ? Un fantôme qui le hante, comme le dit la légende ? Un mauvais cauchemar ? Un ami qui lui veut du mal ? Son propre double ? Le mystère reste entier. Continuer la lecture

Une annonce immobilière des plus particulières

Un coup de cœur du Carnet

Astrid CHAFFRINGEON, Chambre avec vue, illustrations Claire Morel, Éléments de langage, 2018, 60 p., 10€, ISBN : 978-2-930710-16-7

chaffringeon chambre avec vueN’avez-vous jamais été totalement subjugué.e, emporté.e par un paysage ? Un lieu qui, d’un seul coup, semble vous envelopper entièrement et vous retenir au creux de son ventre. Un endroit qui vous reste dans la tête, qui continue inlassablement à vous appeler, de jour comme de nuit, qui, comme un amant terriblement envoûtant, vous attire à lui, vous caresse et vous absorbe. Bref, n’êtes-vous jamais tombé.e amoureux.se d’une vue, d’un paysage ou d’un monument, au point que tout le reste devienne futile, encombrant, décevant ? C’est ce qui arrive à la narratrice un peu perchée de Chambre avec vue. Continuer la lecture

Couleur et nostalgie du ciel

Un coup de cœur du Carnet

Michel LAMBERT, L’adaptation, Pierre Guillaume de Roux, 2018, 264 p., 22,90€, ISBN : 2-36371-248-6

lambert l adaptation.jpgUn réalisateur, couvert d’un éternel chapeau, cherche sur les toiles d’une galerie d’art un ciel introuvable, une couleur et une atmosphère célestes qui devraient guider son prochain film. Il travaille sur l’adaptation d’une œuvre qui l’a profondément marqué : La jeune fille brune d’Alexandre Tišma. Sa femme Marion, décédée depuis cinq ans, lui avait fait découvrir ce roman. Comment adapter un récit durant lequel un homme cherche désespérément à revoir une femme avec qui il a passé une seule et unique nuit ? Comment transposer cette quête, ce fantasme qui s’efface petit à petit de sa mémoire, cette passion dévorante qui s’étale sur plusieurs décennies, cette course contre le temps et la peur du vieillissement ? Le réalisateur fait face à certaines difficultés, notamment le caractère hautement littéraire de l’ouvrage. Il n’a pas dit son dernier mot, mais peut-être est-ce son film de trop ? Des mauvaises langues le disent fini. Il accuse les refus des producteurs. La profession est intraitable avec ceux qui échouent. Continuer la lecture

Les Montois ne périront pas !

EFFEL, Le Dragon déchaîné, 180° éditions, 2018, 288 p., 19€, ISBN : 2930427892

effel le dragon dechaine.jpgLes fêtes traditionnelles ont ce quelque chose de particulier qui échappe à tout non-« natif » de la commune en fête. Se plonger au cœur de l’une d’entre elles, à savoir le fameux Doudou de Mons – reconnu, depuis 2005, au Patrimoine oral et immatériel de l’Humanité par l’UNESCO – fut pour nous savoureux. Apprendre ses rouages, ses enjeux locaux et politiques, son histoire – son origine remonte au XIVe siècle – et surtout la fierté que ce folklore provoque chez ses protagonistes. Le Doudou commence officiellement un jeudi (en mai ou juin, selon l’année) et se termine le Dimanche de la Trinité avec comme point d’orgue le Combat sur la Grand-Place, appelé le « Lumeçon », qui oppose Saint Georges au Dragon. Le destin de la Cité n’est pérennisé qu’avec la victoire de Saint Georges. L’enjeu est donc de taille. Continuer la lecture