Archives par étiquette : Émilie Gäbele

Face à l’immensité

Un coup de cœur du Carnet

Régis DUQUÉ, Les voies sauvages, Lansman, 2017, 62 p., 12€, ISBN : 978-2-8071-0159-3

duqué.jpgLa montagne a toujours fasciné le commun des mortels. Qui ne s’est jamais extasié depuis un avion survolant quelque massif ? Qui n’a jamais levé les yeux vers ces grandes dames en louant quelque caractère sacré ? Il est toutefois des hommes et des femmes pour qui la fascination est si intense qu’elle en devient passionnelle, addictive, mystique. Continuer la lecture

Travailler ! Mais pour qui ? Et pourquoi ?

Cathy MIN JUNG, Sing my Life, Lansman, 2017, 58 p., 12€, ISBN : 978-2-8071-0160-9

min jung.jpgBrigitte, Caroline, Danièle, Étienne, Marko, Sonia sont ce qu’on appelle communément des « petites gens ». La plupart d’entre eux sont ouvriers et travaillent dans une usine sidérurgique. Polir des pièces toute la journée, s’occuper des enfants le soir en rentrant du boulot – du moins pour les femmes – fatigue, douleur, salaire de misère et fin de mois difficile, leur quotidien est loin d’être rose, leur avenir reste terne. Pourtant, voici venu le temps des rêves. Caroline et Étienne se sont saignés toute leur vie. Avec l’aide de leurs proches, ils envisagent d’accomplir un grand voyage, celui qu’ils attendent depuis tant d’années : visiter la Chine. Sonia, quant à elle, a une voix de cristal. Danièle, la tenancière du bistrot où ils se retrouvent tous les midis, l’a inscrite à un télé-crochet « Sing my Life ». Elle accepte d’y participer, même si son mari, Marko, ne voit pas cette compétition d’un bon œil. À quarante ans, Sonia va-t-elle connaître la gloire ? La promesse d’un futur meilleur devient tout d’un coup envisageable. Continuer la lecture

Auteur en quête de son personnage

Annie PRÉAUX, Bird et le mage Chô, Éditions M.E.O., 2017, 220 p., 17€, ISBN : 978-2-8070-0134-3

preauxSandrine se réveille un matin dans sa maison d’enfance où trônent les objets et les meubles d’un autre. Que s’est-il passé cette nuit-là ? Après avoir appris brutalement son licenciement et avoir noyé son chagrin et son incompréhension dans des litres d’alcool, Sandrine a atterri devant son ancienne porte, en pleurant, frappant et appelant son défunt père. Le nouvel occupant, Jean-Marc, l’a recueillie chez lui et touché par sa détresse, lui a prodigué des soins. Le lendemain, il la laisse repartir, non sans regret. Une fascination le prend tout d’un coup pour Sandrine qui ressemble à s’y tromper à Bird, l’héroïne de son roman préféré, Le baiser cannibale. Il sent qu’il a besoin d’elle pour écrire à son tour le roman dont il a toujours rêvé, mais il la laisse s’échapper. Continuer la lecture

La vengeance est un plat qui se mange froid

Geneviève DAMAS, La solitude du mammouth, Lansman, 2017, 48 p., 11 €, ISBN : 978-2-8071-0154-8

damas solitude du mammouth.jpgBérénice s’est fait avoir comme un bleu. Alors qu’elle pensait couler des jours paisibles avec son Brice de mari, ses enfants et sa jolie maison bien propre, ne voilà-t-il pas que son cher et tendre se fait la malle avec l’une de ses étudiantes, une midinette de vingt-deux ans, aux jambes interminables et à la poitrine généreuse. Brice 1 – Bérénice 0. Les pleurs et le KO passés, il lui faut s’activer et lui montrer qu’il a eu tort de la quitter. Elle n’a pas passé plusieurs années de sa vie à nettoyer ses chemises, lui préparer à bouffer, organiser les vacances, torcher le cul des gosses, payer les factures, coucher les mioches, lessiver, gratter, suer encore et encore, pour se faire jeter comme une malpropre. Continuer la lecture

Une fable révolutionnaire

Un coup de cœur du Carnet

Pietro PIZZUTI, L’hiver de la cigale, Lansman, 2017, 40 p., 10 €, ISBN : 978-2-8071-0146-3

pizzutti

Laura Welter, 44 ans, est accusée du meurtre de l’ancien dictateur Oscar Antonio Somadossi Roederer. Elle était, depuis plusieurs mois, sa lectrice attitrée. Elle lui lisait essentiellement ses carnets. Le vieil homme malade et presque aveugle s’attendrissait de réentendre ses propres mots, notamment sur la naissance et l’enfance de sa fille Isadora, cette jeune enfant à qui il aimait raconter et réinventer l’histoire de La cigale et la fourmi. Lui qui avait échappé à la justice – même si le Tribunal des Disparus l’avait reconnu coupable pour crimes contre l’humanité – n’allait plus faire de vieux os. Alors qu’est-ce qui a poussé Laura Welter à l’assassiner ? Pour qui travaille-t-elle ? Peut-on ressentir de l’empathie, voire de la tendresse pour une crapule dont les milices ont tué de nombreux innocents ? Et cette même crapule peut-elle montrer ses failles et ses émotions paternelles ?
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