Archives par étiquette : Impressions nouvelles

Vivantes légendes

Charles DE COSTER, Légendes flamandes, Impressions nouvelles, coll. « Espace Nord », 2017, 256 p., 9 €, ISBN : 978-2875681447

de coster legendes flamandes.pngElles sont quatre, les Légendes flamandes publiées en 1858 par Charles De Coster, qui en attendait mieux qu’un succès d’estime ; rééditées dans une version remaniée en 1861.

C’est sur ce dernier texte que se fonde l’édition critique établie par Joseph Hanse en 1990, qui reparaît pour l’essentiel aujourd’hui, sous l’égide de Jean-Marie Klinkenberg, dans la collection Espace Nord. Continuer la lecture

La grande maison du monde

Nicolas ANCION, Quatrième étage, Impressions nouvelles, coll. « Espace Nord », 224 p., 8.50 €, ISBN : 978-2-87568-269-7

ancion quatrieme etageLa littérature belge francophone compte bien des écrivains inclassables tant on se plaît chez nous à multiplier librement les expériences d’écriture. Nicolas Ancion est assurément du nombre, lui qui manifeste depuis plus de vingt ans une activité intense et dont, sa bibliographie en atteste, l’œuvre riche d’une quarantaine de productions se décline en romans, nouvelles, œuvres pour la jeunesse, poésie et théâtre. Il a droit aujourd’hui une nouvelle fois aux honneurs de la collection Espace Nord pour Quatrième étage, un roman paru en 2000 et qui avait obtenu le Prix des Lycéens. Continuer la lecture

La parade des jouets

Nicolas ANCION, Nous sommes tous des playmobiles, Impressions nouvelles, coll. « Espace Nord », 2017, 206 p, 8,5 €, ISBN : 978-2875682680

ancion.jpgLa collection « Espace Nord » accueille dans son conservatoire la réédition du recueil de nouvelles Nous sommes tous des playmobiles, de Nicolas Ancion, auteur prolifique et visité par un imaginaire d’une large et signifiante originalité. Recourir aux playmobiles, ces figurines destinées à vivre tous les caprices de la créativité enfantine, donne le ton de ce texte régi par l’ironie du sort et la manière pour les personnages qui en sont les jouets de réagir à ses manifestations anodines en apparence, mais souvent génératrices d’effet papillon. Ainsi une tache de sauce sur une chemise peut conduire au bouleversement de toute une vie familiale comme un simple quiproquo peut mener au crime. Les « victimes » de ces aléas du destin n’en sont pas pour autant de belles âmes et peuvent en tirer profit avec un cynisme jubilatoire comme dans « Moi, je dis qu’il y a une justice » ou « J’apprends à bien tuer ». Et comment ne pas lire avec un sourire vaguement complice et un brin de malice la nouvelle déjantée intitulée « Bruxelles insurrection » où deux jeunes « terroristes » du cru enlèvent et malmènent durement un vieil académicien français pour lui faire apostasier son intégrisme du verbe, cet autre terrorisme  condamné par les deux libertaires de la langue avec une verdeur jouissive quoique fort incivile : Continuer la lecture

Le double jeu de l’écriture

Ariane LE FORT, Beau-fils, postface de Michel Zumkir, Les Impressions nouvelles, coll. « Espace Nord », 2017 (rééd.), 167 p., 8,50 €, ISBN : 9782875681478

le fort.jpgPrimé plusieurs fois en 2003, par le Rossel notamment, Beau-fils d’Ariane Le Fort mérite on ne peut mieux une réédition en Espace Nord, cette fois accompagnée d’une postface de Michel Zumkir. On est certes déjà tombé sous le charme des fictions de l’auteure sans qu’il soit nécessaire de se référer à un guide. Elle a cette habitude rare, somme toute, de livrer des histoires simples à démêler, voire à dévorer telles quelles. Mais elle les assortit toujours d’une réserve, d’un quant-à-soi qui demande qu’on s’y attarde ou qu’on y revienne. D’où l’utilité de commentaires comme cette postface qui va attirer notre attention et débusquer l’arrière-fable d’une apparente simplicité. S’y révèle le double jeu de l’écriture de Beau-Fils, ce roman qui se lit sans résistance, avec plaisir et qui tient le lecteur dans un certain suspense qu’il ne dissipera pas. Il ne se termine pas à vrai dire si ce n’est sur un doute majeur, une interrogation, sorte d’adresse à un témoin impersonnel : Continuer la lecture

Où l’on se tient, une fois de plus, en compagnie d’un être intense

Un coup de cœur du Carnet

Véronique BERGEN, Luchino Visconti. Les Promesses du crépuscule, Les Impressions Nouvelles, 2017, 224 p., 17 €/ePub : 12.99 €, ISBN : 978-2-87449-459-8

bergen viscontiVéronique Bergen aime les intenses.

On le sait.

De livre en livre, elle nous a déjà tiré le portrait d’une belle brochette d’individus non seulement vivant à cent à l’heure mais dont la présence, l’intensité de leur présence, l’incandescence de leurs œuvres, n’arrêtent pas de nous attirer façon trou noir. Après Edie Sedgwick, Marilyn Monroe, Unica Zürn et Janis Joplin, voilà que Véronique Bergen s’attèle maintenant, dans un superbe essai, au cinéma de Luchino Visconti.

Mais oui ! Continuer la lecture

Le policier et ses fantômes

Luc DELLISSE, Le policier fantôme, Impressions nouvelles, coll. « Espace Nord », 2017, 388 p., 11 €, ISBN : 978-2-87568-139-3

dellisseLes années 80 ont vu la (re)découverte de la littérature belge. Cela s’est marqué par la publication de différentes études sur des aspects moins connus et peu valorisés de nos Lettres. En témoigne Le policier fantôme paru en 1984. Aujourd’hui Espace Nord en propose une réédition revue et augmentée. Continuer la lecture

La lecture entre parenthèses

Un coup de cœur du Carnet

Jan BAETENS, Milan CHLUMSKY (photos), La lecture, Les Impressions Nouvelles, 2017, 74 p., 12€, ISBN : 978-2-87449-460-4

baetens la lectureLa liberté du lecteur a quelque chose de désarmant, justement parce qu’elle est illimitée, inconditionnelle. Partant de deux tableaux d’Henri Fantin-Latour ayant pour titres La Lecture et réalisés respectivement en 1870 et 1877, Jan Baetens poursuit, dans ce nouveau recueil, son questionnement sur les liens qui unissent, de manière parfois souterraine, le texte et l’image. On pourrait dire d’ailleurs que ces correspondances sont envisagées ici selon un triple dialogue puisqu’aux textes inspirés par les tableaux du peintre grenoblois né en 1836 viennent se greffer les photographies de Milan Chlumsky qui ouvrent et ferment le volume. Une construction tridimensionnelle cohérente et exigeante, comme toujours chez Baetens, et qui permet cet échange décuplé entre trois formes artistiques. Le peintre d’abord, Fantin-Latour, que tous les amateurs de littérature connaissent pour son coin de table en 1872. Un portrait de groupe réaliste représentant les poètes présents lors d’un dîner des Vilains Bonshommes à Paris et où l’on voit, dans le coin gauche, Rimbaud face à Verlaine et tournant le dos aux autres littérateurs. On reconnaît facilement le style de Fantin-Latour dans les deux tableaux qui servent au poète de déclencheurs d’écriture. Deux peintures qui mettent chacune en scène deux femmes, l’une faisant la lecture à l’autre. Comme le précise Jan Baetens dans son introduction,  « il était clair que la réponse textuelle devait être autre chose qu’une illustration verbale de l’image ». Les quarante textes-fragments du recueil sont donc à envisager comme des prolongements, des extensions de tous les non-dits, de tous les secrets qui sont contenus dans les deux toiles et donc dans l’acte de lire. Continuer la lecture