Lorenzo Cecchi, Nature morte aux papillons

Les inadaptés

Loren­zo CECCHI, Nature morte aux papil­lons, Cas­tor astral, coll. « Escales des let­tres », 2012

cecchi nature morte aux papillons « Tous, nous sommes faits de la même façon, vul­nérables et telle­ment prévis­i­bles ». Tous, nous ne pou­vons qu’acquiescer à cette sen­tence de Vin­cent, le nar­ra­teur du pre­mier roman de Loren­zo Cec­chi, jeune écrivain de soix­ante ans, issu de l’immigration ital­i­enne, comme Giro­lamo San­to­cono et Nicole Mal­in­coni. Tous, mais cha­cun à notre façon et de manière imprévis­i­ble…

Ain­si ce nar­ra­teur, fils de mineur, étu­di­ant en soci­olo­gie dans les années sep­tante, vit sa jeunesse sur le mode pas­sif, atone et banal. La vie lui réservera tout de même quelques sur­pris­es sous les traits d’une étu­di­ante lib­er­taire. Alors qu’il est voué à épouser Carine qu’il n’aime pas, il ren­con­tre Suzanne. Avec elle, ce n’est pas le mariage oblig­a­toire mais le sexe quand, où et com­ment elle l’a décidé – plutôt en qua­trième vitesse et habil­lés. Il partage alors son temps entre ces deux femmes, ces deux manières de vivre la sex­u­al­ité d’après 68, manières encore vivaces aujourd’hui : l’une fidèle à un homme (con­formiste), l’autre infidèle à plusieurs (con­som­ma­trice). Il rompra avec Suzanne quand il décou­vri­ra qu’il n’est pas le seul à obéir à ses injonc­tions sex­uelles : Nedad aus­si, un sculp­teur croate de ses amis. Quelques dix ans plus tard, tou­jours mar­ié à Carine, il croise Suzanne lors du vernissage d’une expo­si­tion de Nedad, devenu artiste con­fir­mé. Le fait divers va alors s’inscrire dans des vies qui sem­blaient écrites à l’avance.

Ce livre, dans sa façon d’aborder l’inadaptation à l’amour, au bon­heur et à la vie, pos­sède quelque chose du désen­chante­ment et de la fragilité des chan­sons d’Alain Sou­chon, mais il est égale­ment, à tra­vers quelques-unes de ses plus belles pages, un hom­mage aux Ital­iens venus tra­vailler dans nos char­bon­nages, dont cer­tains en sont morts, par­fois jeunes encore.

Michel Zumkir


Arti­cle paru dans Le Car­net et les Instants n° 173 (2012)