Archives par étiquette : Mort

La remontée de la nuit

Un coup de cœur du Car­net

Hélène Zoler La nuit des cochons

La nuit des cochons

Autrice : Hélène Zol­er

Mai­son d’édition : Mur­mure des soirs

Année d’édition : 2026

Nom­bre de pages : 220

Prix : 22 €

Livre numérique : /

EAN : 9782931235362

Quel riche et sub­til roman que ce pre­mier roman d’Hélène Zol­er, La nuit des cochons, paru chez Mur­mure des soirs ! En une bonne trentaine d’an­nées, nous pou­vons suiv­re une famille démem­brée par la vio­lence du père et les silences mor­tifères de la mère. Une nuit, le père meurt près des cochons promis au sac­ri­fice annuel. Un fan­tôme famil­ial qu’un événe­ment va inter­rompre : Faus­tine, une des sœurs de Julien, l’appelle en lui annonçant que son autre sœur, Agnès, est en train de mourir et le réclame à son chevet. Le roman bas­cule alors en méan­dres funestes qui for­ment le marais de base de cette famille désar­tic­ulée. Julien qui a fui sa famille tox­ique hésite puis, finale­ment, accepte cette « con­vo­ca­tion » ultime. Lui, qui avait con­stru­it sa vie loin de sa famille, c’est à une longue remon­tée dans le temps qu’il s’engage, mais aus­si à une pro­fonde descente dans la con­science. Con­tin­uer la lec­ture

Devenir encore, obstinément

Un coup de cœur du Car­net

Éric CLEMENS, La mort existe pas, col­lages et pho­tos de Christoph Bruneel, Âne qui butine, 2026, 160 p., 22 €, ISBN : 9782919712397

clémens la mort existe pasDans La mort existe pas, Éric Clé­mens per­siste et reste fidèle à lui-même : abor­dant la vieil­lesse, le corps qui décrépit, les proches qui dis­parais­sent, Éric Clé­mens aurait pu som­br­er dans le pathos, le ressasse­ment nat­u­ral­iste, la nos­tal­gie, la mélan­col­ie, la con­fes­sion, la ten­ta­tion tes­ta­men­taire, l’autofiction, etc.

Rien de tout ça. Tant mieux. Con­tin­uer la lec­ture

Véronique Bergen et Zoë Lund : « Tu cherches l’infini »

Un coup de cœur du Car­net

Véronique BERGEN, Voy­age avec Zoë Lund, Lan­sk­ine, 2025, 48 p., 14 €, ISBN : 978–2‑35963–162‑3

bergen voyage avec zoe lundGar­rotée d’existence, Zoë Lund est un être flam­boy­ant. Elle est née en 1962 et morte en 1999 – ceci pour ren­seign­er les fanas de Chronos. Zoë Lund est aus­si immortelle – ceci pour les fanas d’Aïon. Et pour les fanas de Kaïros : saluez la sor­tie de cet opus de Véronique Bergen, qui opère un saut magis­tral, et sans filet, dans la Lit­téra­ture. Con­tin­uer la lec­ture

« On est bien peu de chose, et mon amie la rose… »

Philippe FIÉVET, Le jardin aux luci­oles, M.E.O., 2025, 204 p., 20 € / ePub : 11,99 €, ISBN : 9782807005167

fievet le jardin aux lucioles

Vic­time de l’accident : un retraité, jar­dinier de cœur. Moment de la mort : un jour de print­emps. Lieu du drame : un parterre de rhodo­den­drons, com­posé de « trois solides arbustes de la famille des éri­cacées […] adop­tant les mêmes tons que l’azalée mauve toute proche, elle aus­si en pleine flo­rai­son », dans un jardin de la com­mune du Saule (en Hes­baye lié­geoise). Insti­ga­teur : un lis­eron, « adven­tice qui a le don de s’entortiller tel un ser­pent autour de sa proie qu’elle trans­forme en caducée », enne­mi juré du dis­paru. Cause du décès : piste du séca­teur écartée ; hypothèse d’une crise car­diaque liée à la chute et à l’emprisonnement d’une cheville. Pre­mière témoin : Jacques, le voisin maraich­er à la voix de sten­tor, quelques jours plus tard. Vic­times col­latérales : Alex­is, Anaïs et Julien, enfants du défunt à la pater­nité tar­dive et heureuse. Endroit de l’inhumation : au pied du Par­ro­tia per­si­ca, avec les cen­dres mater­nelles. Con­tin­uer la lec­ture

Sans repère

Mar­tin RYELANDT, Riga le con­nec­té, F dev­ille, 2025, 202 p., 20 €, ISBN : 978–2‑87599–190‑4

ryelandt riga le connectéFab­rice est un jeune homme de 16 ans qui vient de per­dre sa mère. Il vit désor­mais avec son père, un homme coupé du monde par son tem­péra­ment et son méti­er, qui s’exprime qua­si exclu­sive­ment avec des cita­tions lit­téraires et des proverbes. Face à ce deuil, Fab­rice et son père sont plongés dans la soli­tude et dans l’obscurité. Con­tin­uer la lec­ture

Les éclats de conscience

Chris­tine DELMOTTE-WEBER, Je voudrais mourir par curiosité, Oiseaux de nuit, coll. « Rideaux rouges », 2025, 94 p., 10 €, ISBN : 9782931101742

delmotte weber je voudrais mourir par curiositéNous décou­vrons Myr­i­am, seule chez elle. Elle par­le d’un effet par­ti­c­uli­er pro­duit au réveil, comme si sa con­science, à cet instant-là, ne fai­sait plus par­tie d’elle-même. Baba, sa com­pagne, arrive et la réveille. Mais est-elle bien réelle ? Nous com­prenons petit à petit que Myr­i­am est vis­itée par le fan­tôme de Baba. Quelques temps plus tôt, elles ont vécu un ter­ri­ble acci­dent de voiture. Baba est morte sur le coup, Myr­i­am s’en est sor­tie. Elle y a toute­fois vécu un phénomène assez sin­guli­er : une Expéri­ence de Mort Immi­nente (EMI). Depuis, elle essaie de com­pren­dre ce qui lui est arrivé, ain­si qu’à Baba, et s’intéresse beau­coup à la con­science délo­cal­is­able. Baba lui manque énor­mé­ment. Elle aimerait qu’elle vienne plus sou­vent la vis­iter. Con­tin­uer la lec­ture

Deux ou trois considérations sur Pieterke Mol

Un coup de cœur du Car­net

Pieterke MOL, Com­ment dire au revoir à un père absent ?, Édi­tions Bleu dans vert, coll. « Peau com­mune », 2024, 82 p., 9 €, ISBN : 9782960269383

mol comment dire aurevoir à un pere absentConsidération # 1 : où il est dit qu’on crée pour ne pas n’être qu’un bout de viande déjà morte

Com­ment dire au revoir à un père déjà mort ? Com­ment tourn­er la page ? Qu’est-ce que lut­ter ? Pourquoi lut­ter ? Êtes-vous issu ou issue d’une famille tox­ique ? Assu­jet­tie à l’al­cool ? Échappe-t-on jamais aux ven­tres de nos mères ? Des lieux de nos nais­sances ? Hérite-t-on pour tou­jours des assué­tudes de nos père et mère ? Pieterke Mol est jeune, pho­tographe, autrice et réal­isatrice de pod­casts. Dès ses études, elle décide : ses créa­tions, pho­tos, textes, sons, seront auto­bi­ographiques. Non parce que Pieterke Mol con­sid­ér­erait son par­cours de vie comme exem­plaire : il n’y a rien de “gourouesque” dans la démarche de Pieterke Mol. Il y a du feu. Une langue splen­dide. Incan­des­cente. En 2020, Ça va n’aller, son pre­mier roman, avait ébloui, par­venant même, une pre­mière pour un livre auto-édité, à con­courir loin pour le Prix Rossel, tant le style de Pieterke Mol empor­tait ses lec­tri­ces et lecteurs dans un déluge de phras­es brèves et de mots puis­sants faisant bas­culer le réc­it de sa vie du côté de la lit­téra­ture plutôt que dans la “sim­ple” rela­tion d’une expéri­ence douloureuse, d’une enfance triste et mor­tifère et de sa pro­pre lutte dans l’en­fer de la coke et de l’al­cool. Con­tin­uer la lec­ture

Le soleil de l’insurrection

Un coup de cœur du Car­net

Véronique BERGEN, Moctezu­ma. Le dernier Soleil, Mael­ström reEvo­lu­tion, 2024, 160 p., 15 €, ISBN : 978–2‑87505–506‑4

bergen moctezumaLa civil­i­sa­tion aztèque ne peut retourn­er à la pous­sière, se voir plongée dans la nuit. Nous qui avons con­nu les feux de la gloire, le raf­fine­ment des sci­ences et des arts, tombe­ri­ons-nous comme des fruits, anéan­tis par des êtres incultes ? 

Le roman Moctezu­ma de Véronique Bergen évoque la fin de l’empire aztèque dans les années 1510–1522 suite à l’appropriation de ses ter­res et de sa cul­ture par les con­quis­ta­dores chré­tiens espag­nols. Ceux-ci, assoif­fés de richesse et de sang, pil­lent et sacca­gent les formes du vivant qui s’y déploient, vio­lent les lois sacrées mis­es au dia­pa­son des cycles saison­niers et leurs croy­ances. Con­tin­uer la lec­ture

Où l’on dit qu’on vit dans un monde fait d’ombres et de lumières

Lau­ra SCHLICHTER, Recoudre la nuit, Mael­ström reEvo­lu­tion, 2024, 72 p., 8 €, ISBN : 9782875055002

schlichter recoudre la nuitRecoudre la nuit, ça peut se lire comme un jour­nal intime. Jour­nal de deuil. Ou tra­ver­sée de l’ab­sence. D’abord il y a le vide, la place vide et froide à côté de soi dans le lit. Le fait que rien, pas même les mots, le plaisir qu’il y avait à en jouer, ni per­son­ne, aucun des autres êtres qui comptent, ne con­sole. Le fait que, face au deuil et au grand saut, on est seul.e. Rien qu’avec soi. Sociale­ment sommé.e de trou­ver en soi la force de tra­vers­er l’ab­sence. Parce que, sociale­ment par­lant, on le sait, tous et toutes, on ferait pareil : on ne tourne le dos, on ne sait pas quoi nous dire, il y a comme une gêne. Parce qu’on vit à une époque où les mal­heurs intimes, surtout ceux des autres, on ne sait pas quoi en faire, on ne sait pas con­sol­er. A‑t-on jamais appris à le faire ? Comme si on ne voulait surtout pas que quelque chose, un mal­heur d’autrui, nous rap­pelle cette évi­dence : LIFE IS A KILLER. LA VIE TUE. LA VIE DÉTRUIT. Et d’abord nous-mêmes. Nous fra­cas­sant en 10 000 morceaux. 10 000 pièces de puz­zle. À rassem­bler. À rec­oller. Seule façon de recoudre la nuit, si l’on désire con­tin­uer. Si quelque chose, un élan, nous incite à pour­suiv­re. Con­tin­uer la lec­ture

Y a‑t-il un responsable / coupable dans la Mercedes ?

Armel JOB, Le pas­sager d’Amercœur, Robert Laf­font, 2024, 272 p., 19 € / ePub : 12,99 €, ISBN : 9782221273456

job le passager d'amercoeurLe pas­sager d’Amercœur, le lecteur fait bien vite sa con­nais­sance, dans le sou­venir de l’instance nar­ra­tive du réc­it d’Armel Job :

Sur la fourche avant du vélo était arrimé un grand panier métallique, acces­soire indis­pens­able aux ménagères, grâce auquel elles trans­portaient leurs com­mis­sions à la mai­son. Mais, dans le panier de Céleste, à la place des atten­dus sachets en papi­er kraft d’où s’échappaient le cou des poireaux ou la tig­nasse frisée d’une endive, se dres­sait la bobine d’un petit garçon, engoncée dans le col d’une veste flam­bant neuve un peu trop grande pour lui. […] Même aujourd’hui, en effet, quand je pense à Momo, c’est cette vision du petit pas­sager d’Amercœur qui me vient aus­sitôt à l’esprit et me serre la gorge, comme si son air d’otage muet dans le porte-bagages où Céleste l’avait solide­ment arrimé pré­fig­u­rait son des­tin tout entier. Con­tin­uer la lec­ture

Cosmopoétique de la disparition

Un coup de cœur du Car­net

Car­o­line LAMARCHE, Cher instant je te vois, Verdier, 2024, 96 p., 20 €, ISBN : 978–2‑37856–198‑7

lamarche cher instant je te voisAprès le roman (La fin des abeilles) et le roman graphique (Dix ans), c’est aujourd’hui à tra­vers la poésie que Car­o­line Lamarche pour­suit sa mise en mots des corps de femmes devenus proies. Le corps-proie est celui mangé par le temps ou la mal­adie, un corps tou­jours situé en regard des autres, migrants oiseaux ani­maux, ces amis entravés eux aus­si par les servi­tudes d’une société délétère et que les vers libres de l’autrice por­tent dans l’espace, sur la crête tran­chante d’un réc­it d’amour et de mort. Con­tin­uer la lec­ture

Dernier tour de piste

Emmanuelle PIROTTE, Flam­boy­ant cré­pus­cule d’une vieille con­formiste, Cherche Midi, 2024, 160 p., 18,50 € / ePub : 11,99 €, ISBN : 978–2‑7491–7718‑2

pirotte flamboyant crépuscule d'une vieille conformisteOctogé­naire atteinte de la mal­adie d’Alzheimer, Dominique Biron se donne cinq jours pour bal­ay­er devant nous son exis­tence avant de tir­er sa révérence. Elle vient d’apprendre le diag­nos­tic lors d’une vis­ite médi­cale, accom­pa­g­née de sa fille et de son beau-fils.  Elle sait désor­mais que l’on va la ser­rer de près, alors qu’elle revendique de tou­jours sa pleine lib­erté et vit dans sa mod­este vil­la. Au rythme de la mon­tée en sur­face des sou­venirs, elle revient sur les faits qui l’ont mar­quée dans son enfance, sur sa vie avec son défunt mari, mort d’avoir avalé une frite de tra­vers, sur la rela­tion dis­ten­due avec ses enfants. Elle entre­coupe son réc­it de réflex­ions sur son voisi­nage et sur tout ce qui lui passe par la tête. Con­tin­uer la lec­ture

Régression larvaire et délivrance

Un coup de cœur du Car­net

Dominique ROLIN, Dulle Gri­et, Post­face de Maxime Thiry, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2023, 320 p., 9,50 €, ISBN : 9782875685896

rolin dulle grietFig­ure mar­quante de l’imaginaire de Dominique Rolin, liée au pays natal, aux racines belges, au roman famil­ial, le pein­tre Pieter Brueghel l’Ancien s’incarne dans son œuvre, don­nant lieu au réc­it L’enragé (1978) et à Dulle Gri­et (1977). Si L’enragé campe le pein­tre fla­mand sur son lit de mort, le roman Dulle Gri­et prend racine dans la mort du père de l’écrivaine, dans le lever de sou­venirs provo­qué par sa dis­pari­tion. Con­tin­uer la lec­ture

Le sursis s’écrit noir sur blanc

Car­o­line LAMARCHE et Paul MAHOUX, Dix ans, Cam­bourakis, 2023, 112 p., 16 €, ISBN : 9782366247695

lamarche mahoux dix ansQuand Car­o­line Lamarche s’as­so­cie à Paul Mahoux pour com­pos­er un roman graphique, on tient dans les mains une propo­si­tion limpi­de et intran­sigeante, qui archi­tec­ture le sen­si­ble et l’é­tat du désas­tre. L’ex­tinc­tion de masse et la mort annon­cée d’une jeune fille inscrivent cet ouvrage dépourvu de couleurs dans une noirceur sans men­songe. Au scé­nario, la plume ligne claire, la sim­plic­ité des mots choi­sis par l’autrice de Nous sommes à la lisière. Au dessin, le car­net-de-cro­quiste en Mole­sk­ine et pein­tre Paul Mahoux, les traits fins et noueux, les aplats troués noir sur blanc. Con­tin­uer la lec­ture

Désormais sans Paul

Nadine EGHELS, Avec Paul, Arléa, coll. « La ren­con­tre », 2023, 185 p., 19 €, ISBN : 9782363083289

eghels avec paul

« Sept heures du matin donc. Le 10 octo­bre. Le jour se lève. Le réveil sonne. Le réveil sonne. Le réveil sonne. Et Paul ne l’éteint pas. Le réveil sonne. Je mau­grée. Pourquoi ne l’éteint-il pas ? » Ce jour défini­tif d’automne de 2018, dans leur lit plus petit que la moyenne pour « sen­tir l’autre, dans la pro­fondeur des limbes », Nadine Eghels ouvre les paupières sur un monde dif­férent, celui où son amour n’est plus. Le som­meil l’a englouti. 17, Samu, hôpi­tal, répar­er les vivants et laiss­er par­tir les morts ; telle est la fin de sa vie avec Paul Andreu et le début de son réc­it Avec Paul. Con­tin­uer la lec­ture

Vrai ou faux ?

Arnaud NIHOUL, Le témoin silen­cieux, Genèse, 2023, 256 p., 22,50 €, ISBN : 9782382010242

nihoul le temoin silencieuxLe doute est bien sou­vent le meilleur moteur d’une enquête poli­cière. Il est nour­ri par le sen­ti­ment trou­ble, encore indéfi­ni, que l’on ne peut se résoudre à accepter pour telles les con­clu­sions tirées d’un enchaine­ment de faits que rien ne sem­ble reli­er. À la base, deux décès et une dis­pari­tion. Con­tin­uer la lec­ture