Archives par étiquette : rentrée littéraire 2022

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COLLECTIF, WWW, Ker, coll. « Dou­ble jeu », 2022, 208 p., 10 € / ePub : 5,99 €, ISBN : 9782875863324

collectif wwwLien après lien, elle se tisse. Gigan­tesque, de ses fils invis­i­bles, elle nous retient comme d’insignifiants insectes. Une fois pris, impos­si­ble de s’y sous­traire, la moin­dre de nos vibra­tions émet­tant des mul­ti­tudes de sig­naux qui se réper­cu­tent sans que nous en ayons le con­trôle. Nous nous y empêtrons, assidus et incon­scients : nous cliquons sur une pub­lic­ité, payons notre élec­tric­ité, stock­ons nos sou­venirs, matons des séries, créons des avatars, com­man­dons notre prochain salon, con­sul­tons nos bilans de san­té, réser­vons une place de ciné­ma, intro­duisons nos don­nées per­son­nelles, écrivons aux amis de là-bas et aux con­nais­sances d’ici, souscrivons des con­trats, com­mu­niquons avec des incon­nus, apprenons sur la repro­duc­tion des invertébrés, mutu­al­isons les ressources, trol­lons des forums, ani­mons des réu­nions, exposons notre vie. Lien après lien, nous la tis­sons. À la fois piège et dépen­dance, cette Toile. Con­tin­uer la lec­ture

La rentrée littéraire 2022 : une revue de presse (2)

revue de presse - illustration

Pho­to Pix­abay

Effer­ves­cence édi­to­ri­ale, course aux prix…, la ren­trée lit­téraire d’automne est tra­di­tion­nelle­ment une péri­ode d’intense activ­ité dans le monde du livre fran­coph­o­ne. La pléthore d’ouvrages disponibles expose les plus frag­iles d’entre eux à un pas­sage aus­si éphémère qu’anonyme sur les tables des libraires. Au jeu de la vis­i­bil­ité et de la con­sécra­tion, la presse joue naturelle­ment un rôle de médi­a­tion et de con­seil auprès des lec­tri­ces et lecteurs.

Le 10 sep­tem­bre, la revue de presse du Car­net et les Instants pro­po­sait un bilan de l’accueil médi­a­tique et cri­tique des autri­ces et auteurs belges de la ren­trée pub­liés dans des maisons d’édition français­es. Les maisons d’édition belges lan­cent leur ren­trée quelques semaines plus tard que leurs homo­logues hexag­o­nales ; les pre­miers livres arrivent sur les tables des librairies en sep­tem­bre seule­ment. Cette deux­ième livrai­son de notre revue de presse de la ren­trée 2022 leur est con­sacrée. Con­tin­uer la lec­ture

Camille Pier : un corps en marche

Camille PIER, Scan­dale !, Pré­face de Vansay Kham­phom­mala, Arbre de Diane, coll. « Les deux sœurs », 2022, 138 p., 13 €, ISBN : 9782930822242

pier scandale!Pul­sé en vingt-neuf textes, le recueil Scan­dale ! importe dans l’espace clos du livre les rythmes de la poésie per­for­mée. Translit­téra­tion de l’oralité à l’écrit, slaloms dans une langue directe qui creuse des veines où vivre, où arracher un théâtre de la vérité, un théâtre de je, alter egos ou alter sans ego fixe, le recueil de Camille Pier, ponc­tué de dessins, livre ode, livre gode sans plus de God, livre orai­son et scènes de com­bats intimes dans une langue écorchée, rapiécée, en équili­bre sur le déséquili­bre du réel intérieur et extérieur. Co-créa­teur avec la biol­o­giste Leo Palmeira du spec­ta­cle-con­férence La nature con­tre-nature (tout con­tre), per­for­mant de la poésie slam sous le nom de Nestor, expéri­men­tant le cabaret sous le nom de Josie, inté­grant le col­lec­tif de cabaret queer « Not Allowed- Glitter’s Time », comé­di­en, chanteur, Camille Pier explore du dedans le « Je est un autre » et place sa créa­tion sur la crête des devenirs — devenirs iel, tigre, pierre. Chants de douleur, de colère, de con­tes­ta­tion des normes, des assig­na­tions gen­rées binaires, urgence de la libéra­tion qui se cherche des issues, chem­ine­ment con­joint d’un corps qui élar­git, excède l’anatomie et d’une langue qui se réap­pro­prie des ter­ri­toires de l’oralité : l’androgynie est tout à la fois brandie, excavée, con­stru­ite, bal­ancée dans une prose qui con­spue l’arnaque, les grenouilles de béni­ti­er, les chairs empris­on­nées. Con­tin­uer la lec­ture

Les mots pour le dire

Gwen­do­line LOOSVELD, Déjà ?, Mur­mure des soirs, 2022, 126 p., 15 € / ePub : 9,99 €, ISBN : 978–2‑930657–93‑6

loosveld dejaGwen­do­line Loosveld est une notaire experte en droits des suc­ces­sions et une éthi­ci­enne spé­cial­isée dans les ques­tions sur la fin de vie. Elle nous offre ici une série de réflex­ions autour de la mort, qui sont le fruit de lec­tures, de son expéri­ence pro­fes­sion­nelle, mais aus­si privée, car sa vie a été jalon­née de morts abruptes et d’une grave mal­adie l’ayant con­fron­tée à sa pro­pre fin.

Le fil con­duc­teur du texte est d’inviter à oser par­ler de la mort même si elle sus­cite des peurs. Le sujet est couram­ment évité et davan­tage envis­agé comme un prob­lème tech­nique à résoudre. Or, n’avons-nous pas peur de la mort car nous n’osons pas vivre ? Le but est-il de vivre plus longtemps au détri­ment du bien-être ? Voilà des ques­tions en apparence sim­ples qui ouvrent des portes vers une réflex­ion plus pro­fonde. Con­tin­uer la lec­ture

IVG, il était des voix…

Dominique COSTERMANS, L’impensé de l’IVG, Cour­tes­lignes, coll. « Nar­ra­tions », 2022, 18 € / ePub : 12 €, ISBN : 9782960309706

costermans l'impensé de l'ivgUne sit­u­a­tion d’appel, une sec­ousse, des pour­cent­ages mais « [d]errière ces chiffres cepen­dant, pas de chair, pas de vécu, pas d’histoire, guère de con­texte ». Une ques­tion de départ donne alors corps à cet Impen­sé de l’IVG : « Qui sont ces femmes qui avor­tent ? » ou, à plus forte mesure, « que dis­ent les femmes quand elles peu­vent par­ler de leur IVG ? »

L’on assiste alors à l’éclosion de la parole de Garance, Mar­guerite, Églan­tine, Lilas, Flo­ra, Capucine, Iris, Rose, Daph­né, Vio­lette, Ané­mone et Jas­mine. Douze réc­its d’expérience d’interruption volon­taire de grossesse, d’histoires vécues glanées et cueil­lies, sans effluve débor­dant, par Dominique Coster­mans. Con­tin­uer la lec­ture

Le glaive et la prière : les Templiers

Arnaud DE LA CROIX, Les Tem­pli­ers. Des croisades au bûch­er, Racine, 2022, 168 p., 25 €, ISBN : 9782390252054

de la croix les templiersDans ce livre-somme, l’historien, spé­cial­iste du Moyen Âge, le philosophe Arnaud de la Croix réin­ter­roge l’ordre religieux et mil­i­taire des Tem­pli­ers auquel il a déjà con­sacré de nom­breux essais. Approchant la matière his­torique par une méthodolo­gie du ques­tion­nement, il retrace l’avènement de cet ordre dans les années 1118–1120, au moment des croisades, son expan­sion, sa mon­tée en puis­sance avant sa chute, deux cents ans plus tard. L’Histoire est affaire de regard, de mise en per­spec­tive, d’enquêtes poli­cières et de tra­ver­sée des légen­des qui entourent les faits. Dres­sant l’échiquier du monde européen et asi­a­tique du Moyen Âge cen­tral, Arnaud de la Croix lie la créa­tion de l’Ordre du Tem­ple au mou­ve­ment des croisades dont il com­pose une mil­ice chargée de recon­quérir la Terre sainte. Lorsqu’en 1095, le pape Urbain II prêche la pre­mière croisade et appelle les chré­tiens d’Occident à venir en aide aux chré­tiens d’Orient, la pre­mière expédi­tion aboutit à la prise de Jérusalem. C’est dans ce con­texte politi­co-religieux, dans cet antag­o­nisme spir­ituel entre le chris­tian­isme et l’islam que doit se com­pren­dre la fon­da­tion de cette nou­velle forme de cheva­lerie chré­ti­enne. Con­tin­uer la lec­ture

Eau, terre, vent, feu

Un coup de cœur du Car­net

Tris­tan ALLEMAN, Même les pier­res, Tra­verse, 2022, 208 p., 17 €, ISBN : 978–2‑93078–341‑3

alleman même les pierresCe sont les qua­tre élé­ments, ceux en qui les Antiques voy­aient l’origine de l’univers, qui mènent la ronde de ce recueil de nou­velles. L’auteur les y con­vie en de brefs réc­its qui s’inscrivent pleine­ment dans notre moder­nité. Les per­son­nages qui appa­rais­sent au fil des pages évolu­ent sous leur empire et sont par­fois à leur mer­ci. L’évocation des forces qui étaient invo­quées jadis pour décrire la com­po­si­tion de notre monde trou­ve ici une décli­nai­son placée sous le signe de la var­iété. Con­tin­uer la lec­ture

Philippe Lekeuche : la poésie et le sacrifice

Philippe LEKEUCHE, L’épreuve, Ill. Isabelle Nouwynck, Herbe qui trem­ble, 2022, 94 p., 14 €, ISBN : 9782491462185

lekeuche l epreuveLa poésie est sac­ri­fice – sac­ri­fice pour quoi ? – nul ne le sait, mais sac­ri­fice indu­bitable. L’idée sur­git dès le préam­bule de L’épreuve de Philippe Lekeuche et tra­verse ses trois mou­ve­ments. Le recueil est en effet con­stru­it en forme de sonate et sa par­ti­tion est ryth­mée par les pein­tures d’Isabelle Nouwynck. Au fil de ses développe­ments, les thèmes s’introduisent, sont repris, mod­ulés, croisés en con­tre-chant, mais jamais réso­lus. Con­tin­uer la lec­ture

Pleuvoir peu

Mar­tine ROUHART, Il faut peu de mots, Cygne, 2022, 52 p., 10 €, ISBN : 9782849247099

rouhart il faut peu de motsMar­tine Rouhart, qui choisit d’intituler son dernier recueil Il faut peu de mots, joint le geste à la parole en pro­posant une poignée de textes brefs et sans apprêt. L’on y ren­con­tre une parole poé­tique médi­ta­tive, réflex­ive et ludique.

Il faut peu de mots, livre de poèmes, vient de paraître aux Édi­tions du Cygne (Paris). Son titre évoque une ébauche d’art poé­tique que le recueil met­tra tra­di­tion­nelle­ment en œuvre. Les textes de Mar­tine Rouhart n’y excè­dent pas six vers, eux-mêmes remar­quables de brièveté. Écrire peu pour dire beau­coup, voilà qui sem­ble le pro­jet avoué de l’écrivaine qui chem­inera avec agilité autour de cette idée. Con­tin­uer la lec­ture

Christian Dotremont et Régine Raufast, « jockey du vent »

Un coup de cœur du Car­net

Chris­t­ian DOTREMONT, La reine des murs suivi de Let­tres de Chris­t­ian Dotremont à Régine Rau­fast, Illus­tra­tions de Pierre Alechin­sky, Post­face de Stéphane Mas­sonet, Fata Mor­gana, 2022, 88 p., 15 €, ISBN : 978–2‑37792–117‑1

dotremont la reine des mursLes édi­tions Fata Mor­gana nous don­nent à lire ou à redé­cou­vrir une pépite poé­tique et amoureuse sculp­tée par Chris­t­ian Dotremont au début des années 1940. Alors qu’âgé de dix-neuf ans, il gagne Paris afin de rejoin­dre les sur­réal­istes, il fait en 1941 la ren­con­tre fra­cas­sante de la poétesse Régine Rau­fast qui devien­dra sa « Nad­ja ». L’amour incan­des­cent, illim­ité, explosif a pour nom Régine, à l’époque amante de Raoul Ubac, qu’il fréquentera durant deux ans sous la lumière du parox­ysme. Dans le poème La reine des murs, tout n’est qu’élan, vibra­tions d’un feu intérieur plus âpre que celui cour­tisé par Bre­ton. Davan­tage qu’une muse inspi­ra­trice, la jeune femme est une révéla­tion exis­ten­tielle, l’incarnation d’un amour impos­si­ble placé sous la magie du chiffre 23. « Je l’ai ren­con­trée le 23 avril 1941, à 5 heures, je l’ai quit­tée le 23 mars 1943, à 5 heures : 23 mois avaient passé. C’est à cause d’elle que je ne fais plus de poésies » écrit-il après le sui­cide en 1946 de celle qu’il surnom­mait, entre autres dénom­i­na­tions sai­sis­santes, la reine des murs. Con­tin­uer la lec­ture

Poésie des intervalles — plaisir subreptice du doigt dans la plaie

Un coup de cœur du Car­net

Serge DELAIVE, Lacu­naires, Chat polaire, 2022, 97 p., 15 €, ISBN : 978–2‑931028–21‑6

delaive lacunairesla lune rem­plit puis vidan­ge
sa panse indif­férente dans la dis­tance
et les soleils nar­guent nos sécher­ess­es
voilà tout

Poète et pho­tographe de la lumière et des ombres, Serge Delaive livre dans Lacu­naires qua­tre décli­naisons des états de vie, de mort, d’amour et d’écri­t­ure, tous en lutte avec le temps. Son œil hyper-pho­to­sen­si­ble cap­ture ici des frag­ments de ce qui est et ne sera plus, de ce qui fut et n’é­tait déjà plus. Cail­loux semés sur le chemin de l’e­spoir au milieu des défaites, comme des traces, des preuves, que l’in­vis­i­ble existe. Comme cet été en Ital­ie (à Bar­cis Frioul neuf bars / trois cents habi­tants / allés de bar en bar pas plus loin) qui ouvre le recueil : Con­tin­uer la lec­ture

Pol Bury, plus d’un tour dans son sac à malices

Frédérique MARTIN-SCHERRER, Pol Bury. Livres et écrits, CFC et Cen­tre Dai­ly-Bul & Co, 2022, 272 p., 27 €, ISBN : 978–2‑87572–080‑1
Pol Bury. Va et vient, Cat­a­logue trilingue, avec les par­tic­i­pa­tions de J. Gob­ert, L. Wilmot, L. Leoni, Ch. Veys, V. Blondel, F. Mar­tin-Scher­rer, Cen­tre de la Gravure et de l’Image imprimée, 180 p., 125 illus­tra­tions, 35 €

martin-scherrer pol bury livres et ecritsEn 1965, Pol Bury (1922–2005) pub­lie Le petit com­mence­ment dans la col­lec­tion des « Poquettes volantes » des édi­tions du Dai­ly-Bul. L’auteur a dépassé de peu la quar­an­taine d’années, il est alors un artiste inter­na­tionale­ment recon­nu. Il a trou­vé le suc­cès financier à New York, après la renom­mée artis­tique à Paris, grâce à ses sculp­tures mobiles d’une lenteur incom­pa­ra­ble, ses créa­tions de boules et d’objets mon­u­men­taux, que vien­dront encore com­pléter les fontaines de métal action­nées par d’invisibles et silen­cieux mécan­ismes. Dans Le petit com­mence­ment, Bury établit une com­para­i­son tout en nuances entre le vol­ume de ses sculp­tures, si renom­mées pour leur masse… et la sur­face du papi­er, qu’il n’a jamais cessé de tra­vailler du bout des doigts, sa vie durant. Con­tin­uer la lec­ture

Myriam Leroy n’aime (toujours) pas

Myr­i­am LEROY, Bel­giques. Out of office, Ker, coll. “Bel­giques”, 2022, 123 p., 12 €, ISBN : 978–2‑87586–326‑3

leroy belgiquesLa col­lec­tion « Bel­giques » des édi­tions Ker con­tin­ue d’ausculter, par la lit­téra­ture et façon mosaïque, les imag­i­naires de la Bel­gique. Elle s’enrichit de qua­tre nou­veaux vol­umes cet automne, par­mi lesquels celui que signe Myr­i­am Leroy.

Il y a (au moins) deux manières d’appréhender un recueil de la col­lec­tion « Bel­giques » : pour ce qu’il nous dit de la Bel­gique telle que la voit son autrice ou auteur, d’une part, et, d’autre part, pour ce qu’il fait au genre de la nou­velle. Con­tin­uer la lec­ture

Nostalgique Belgique

Rose-Marie FRANÇOIS, Bel­giques, Ker, coll. « Bel­giques », 2022, 118 p., 12 €, ISBN : 9782875863249

francois belgiquesSi la qua­trième de cou­ver­ture annonce que la col­lec­tion « Bel­giques » rassem­ble des recueils de nou­velles, ce n’est pas le cas pour le présent vol­ume.  Pas de fiction‑s en l’occurrence, mais une mosaïque de sou­venirs de l’autrice, sou­venirs de son enfance, de sa sco­lar­ité, de sa car­rière de pro­fesseure, de « vraie Belge mul­ti­lingue », de son œuvre, de ses voy­ages, de ses ren­con­tres.

La Bel­gique de Rose-Marie François com­mence en mai 1940 quand, à 6 mois, elle est emmenée avec sa mère et sa tante sur les routes de France par son grand-père.  Dans cette Bel­gique en guerre, on écoute Radio-Lon­dres, on – des par­ents, des proches, des voisins – cache des réfrac­taires à la cave ou dans des granges, on soigne des résis­tants…. mais il ne faut bien sûr par le dire. Con­tin­uer la lec­ture

Dans  « ma Belgique », il y a « ma belle » et « magique »… 

Gré­goire POLET, Petit éloge de la Bel­gique, Folio-Gal­li­mard, 2022,  115 p., 2 € / ePub : 1,99 €, ISBN : 978–2‑07–288599-00
Gré­goire POLET, Bel­giques — 101 détails, Ker, coll. « Bel­giques », 2022, 206 p., 12 € / ePub : 5,99 €, ISBN : 978–2‑87586–328‑7

polet petit eloge de la belgiqueGré­goire Polet con­sacre à la Bel­gique deux ouvrages parus simul­tané­ment : le pre­mier à l’enseigne de Gal­li­mard, le sec­ond dans la col­lec­tion « Bel­giquese.

Dans Petit éloge de la Bel­gique, l’éloignement du pays natal pen­dant plusieurs années a sans doute éclairé d’une lumière nos­tal­gique cer­tains textes. Les épisodes de l’enfance à la Mer du Nord nous valent des pages à la poésie sub­tile, d’une grâce sem­blable aux aquarelles de Rik Wouters. Polet y écrit les rêver­ies d’enfant avec « des mots-voiliers sur l’horizon de la mer ». Con­tin­uer la lec­ture

Visages et figures de la Belgique

Marc QUAGHEBEUR, Bel­giques, Ker, coll. « Bel­giques », 2022, 108 p., 12 € / ePub : 5,99 €, ISBN : 9782875863300

quaghebeur belgiquesProf­i­tant du cli­mat humide quoiqu’ensoleillé que nous promet­tait la venue de l’automne, les édi­tions Ker propulsent sur les tables des libraires une nou­velle pièce de la col­lec­tion « Bel­giques ». C’est Marc Quaghe­beur qui en signe le dix-neu­vième recueil de nou­velles. Comme Rose-Marie François, Lau­rent Demoulin, Colette Nys-Mazure avant lui – pour ne citer qu’un échan­til­lon restreint – il applique habile­ment la con­signe de dress­er un « por­trait en mosaïque de la Bel­gique » afin de livr­er dans un tableau impres­sion­niste le reflet d’une Bel­gique : la sienne.

La Bel­gique de celui qui a voué sa vie à la lit­téra­ture fran­coph­o­ne de Bel­gique sem­ble ne vouloir se laiss­er décou­vrir qu’au tra­vers de fig­ures des champs lit­téraire et artis­tique du pays. L’ombre d’Abraham esquisse le por­trait de Sarah Kalis­ki (1941–2010) ; Tant de haine nous racon­te le dévoue­ment au théâtre et à la recherche de Michèle Fabi­en (1945–1999) ain­si que sa fas­ci­na­tion pour le tra­vail de Pierre Mertens ; Les lisières de l’infini con­te l’impertinence du poète Jean-Claude Pirotte (1939–2014). L’empereur Charles Quint prend égale­ment la parole dans Avant que le soleil ne se couche. D’autres fig­ures, apparem­ment anonymes, voient pour­tant leur vie décor­tiquée et leur per­son­nal­ité exhibée avec ten­dresse dans Brux­elles… Brux­elles…, On l’appelait meringue, Passés les sables et L’un et l’autre. Aus­si appa­rait-il claire­ment que cha­cune des pier­res de la mosaïque com­posée par Marc Quaghe­beur est de nature iden­tique. Chaque per­son­nal­ité provient du ter­ri­toire de Bel­gique ou l’occupe. Mys­térieuses, elles bril­lent par la force de leur car­ac­tère et la fatal­ité du des­tin qui les attend. Enfants d’une époque, elles en por­tent la mar­que et les séquelles : l’originalité se décou­vre au départ des con­ven­tions. Con­tin­uer la lec­ture