Dominique Rolin : “J’ai cent ans” — 22 mai 2013

Dominique Rolin

Dominique Rolin

Je suis née le 22 mai 1913. Je n’ai nulle­ment l’am­bi­tion d’être encore vivante en 2013, une exis­tence trop longue m’ap­pa­rait comme une greffe assez pénible à sup­port­er. On cesse invari­able­ment d’être encore fidèle à ce que l’on fut. Le voy­age est trop long, trop fati­gant, et même un peu ridicule, on entre­tient fatale­ment de soi-même une image qui ment. C’est un peu comme s’il l’on accep­tait de se con­former aux volon­tés, aus­si méchantes que banales, imposées par le Temps. J’aimerais pré­cisé­ment que l’on garde de moi le sou­venir d’une femme-écrivain têtue : elle a réal­isé avec obsti­na­tion ce qu’elle voulait, sa vie, une œuvre. Une vie pleine, heureuse. Une œuvre qui ne restera que ce qu’elle est, sans plus.

Dominique Rolin


Texte pub­lié dans Le Car­net et les Instants n°100 (1997)