Guy Goffette, Tombeau du Capricorne

D’une constellation défaite

Guy GOFFETTE, Tombeau du Capri­corne, Gal­li­mard, 2009

goffette tombeau du capricorneAu Capri­corne, restau­rant parisien, se retrou­ve chaque jeu­di une bande de qua­tre amis. Mais voilà : l’un d’en­tre eux va mourir et les autres n’ont rien vu venir. Dans ce poème in memo­ri­am, Guy Gof­fette fait revivre avec pudeur et pré­ci­sion des moments rares de sa longue ami­tié avec le poète Paul de Roux.

Parce qu’elle est uni­verselle, la nos­tal­gie de Gof­fette est con­tagieuse : elle embrasse les occa­sions per­dues, les promess­es non tenues, un sac de billes sur un trot­toir et tout  « ce qu’un cœur peut cacher / sous des mots trans­par­ents ». Il nous par­le du quo­ti­di­en, de blessures aus­si, que l’amitié n’aide pas à cica­tris­er. Gof­fette nous a habitués à une forme poé­tique orig­i­nale et limpi­de, faite d’un vers libre volon­tiers impair qui chevauche les stro­phes en traçant son chemin, comme s’il suiv­ait le fil d’une émo­tion. Ici, en tout, qua­tre par­ties et qua­torze sec­tions pour un long poème. Le poète y  adapte à son pro­pos plusieurs formes, le son­net, la bal­lade, le tombeau et bien sûr l’élégie. La mal­adie et l’absence habitent cette écri­t­ure qui n’est jamais grave, mais dont l’inquiétude coule pour atter­rir en douceur. Car quelle que soit la forme qu’il revis­ite, Guy Gof­fette excelle à boucler ses poèmes par une chute magis­trale, sorte de couperet métaphorique. Des cita­tions extraites des car­nets du poète dis­paru accom­pa­g­nent son évo­ca­tion et ce livre émou­vant s’achève sur un essai de bib­li­ogra­phie à la dérobée, pré­texte à con­stru­ire avec brio trois poèmes autour de titres de Paul de Roux …  

Quentin Louis


Arti­cle paru dans Le Car­net et les Instants n°158 (2009)