Guy Goffette : écrivain honoré par un prix honorable

guy goffette

Guy Gof­fette

Ils étaient cinq, les final­istes du prix Rossel 2006. Ils étaient deux, ceux entre qui la par­tie s’est jouée : Guy Gof­fette (Une enfance lingère, Gal­li­mard) et Marc Pir­let (Le pho­tographe, Labor). Il n’a plus été qu’un, le vain­queur : Guy Gof­fette, comme tout le monde le sait.

Le 11 jan­vi­er 2007, je l’ai ren­con­tré dans la mai­son Gal­li­mard, bureau qu’il partage avec J.-B. Pon­tal­is. Je voulais con­naitre ses impres­sions, depuis la récep­tion de ce prix. Avec peu de ques­tions posées, j’ai eu plus de phras­es que n’en néces­si­tait cet arti­cle, sa parole ne ces­sant plus, une fois déclenchée. Extraits.

L’après Rossel : « Depuis la remise du prix, en Bel­gique, il se passe des choses, on ne cesse de m’appeler pour des entre­tiens ; Le Soir m’a demandé d’écrire un texte ; on a des arti­cles un peu partout dans la presse. C’est très agréable de se sen­tir un peu aimé dans son pro­pre pays. Je pense que le prix a fait rebondir l’attention pour ce livre-là. Tout à coup, on le réim­prime, on lui met une nou­velle bande. Cela s’est passé le 6 décem­bre, Saint-Nico­las. Ma pre­mière Saint-Nico­las depuis des années. Parce que j’y croy­ais à Saint-Nico­las, j’y ai cru pen­dant très longtemps, j’aurais pu l’écrire dans mon livre. C’est une sorte de cadeau. Les gens l’ont pris comme ça. Ils avaient leur Goncourt d’une cer­taine manière. Un Goncourt à l’échelle de la Bel­gique. »

Sur­prise ? « J’avais déjà été nom­iné pour d’autres livres. Je pen­sais réelle­ment que pour ce livre-ci je n’avais aucune chance. C’est un livre léger. Un été autour du cou le méri­tait davan­tage. J’ai été sur­pris. Je par­tais déje­uner et j’ai appris à midi et demi que je venais d’obtenir le prix. Il a fal­lu que je saute dans un train et que je paie les amendes pour rejoin­dre Brux­elles. J’avais un bil­let pour le soir car j’allais dis­tribuer la Saint-Nico­las à mes petits-enfants ».

goffette une enfance lingere

Hon­oré ? « On est hon­oré car ce sont des écrivains qui nous lisent, qui nous ont élu. Ils avaient aimé le précé­dent et ils ont con­tin­ué à vot­er pour celui-là parce qu’ils pen­saient que Guy Gof­fette devait obtenir le prix. J’en suis très con­tent ».

Une pre­mière ? « Non, ce livre-ci avait déjà eu le prix Mar­cel Pag­nol. Pour d’autres titres, j’avais aus­si obtenu des prix. En Bel­gique, le prix de la RTBF, celui de la Com­mu­nauté française en 1988 pour Éloge pour une cui­sine de province… J’ai eu énor­mé­ment de prix, les prix Mal­lar­mé, Valery Lar­baud, celui de l’Académie française pour mon œuvre poé­tique… Je n’en fais jamais éta­lage, je ne les mets pas, comme cer­tains, sur la page « Du même auteur » ; je ne les mets pas car si j’en oublie un cela devient une injus­tice. Je ne me crois pas sor­ti de la cuisse de Jupiter ; et puisque je suis, comme je l’ai écrit, un dou­teur de grand fond, qui prend dans l’encrier plus d’eau que de pois­sons, je me suis dit : Pourquoi ce serait toi ? Cha­cun peut penser ce qu’il veut mais moi je suis cer­tain que je ne m’attribuerais aucun des prix que j’ai reçus ».

Thomas Bern­hard ? « Il rece­vait ses prix mais injuri­ait tout le monde. Il démolis­sait les écrivains alle­mands quand il venait de recevoir le grand prix alle­mand de lit­téra­ture. Pareil en Autriche. Il y a chez lui une atti­tude que j’aime beau­coup. Il ne courait pas après les prix. On est tou­jours vis-à-vis des prix comme un enfant. Qui reçoit un prix de dis­tri­b­u­tion des prix. Il a bien fait son tra­vail. On n’écrit pas pour avoir des prix. On écrit pour soi d’abord, puis pour quelques autres. Pour alléger le cours du temps, comme dis­ait Borges. Je ne l’aurais pas eu, je n’en aurais pas été affec­té. Sim­ple­ment par­fois, je vois que des prix hon­or­ables vont à des écrivains qui ne le sont pas et là, ça me cha­grine ».

Michel Zumkir 

Une lecture au jour le jour

Guy GOFFETTE, Le jour­nal de l’imitateur, Fata Mor­gana, 2006

goffette le journal de l'imitateurDans son récent et sub­til essai, Com­ment par­ler des livres que l’on n’a pas lus ? (Minu­it), Pierre Bayard évoque les réso­nances intimes que peut avoir la lec­ture et pose l’écriture comme son pro­longe­ment le plus souhaitable. Le jour­nal de l’imitateur est pré­cisé­ment cela : une œuvre de lit­téra­ture née de la lec­ture. De L’imitateur, un texte peu con­nu de Thomas Ber,hard. Ce jour­nal débute le jour où Guy Gof­fette emprunte le livre au bib­liobus qui dessert son vil­lage (c’est à l’époque où il était encore insti­tu­teur) ; puis, il suit les méan­dres d’une lec­ture de plus en plus pas­sion­née, incor­porée (jusqu’à provo­quer des hémor­roïdes), et finit par un court texte de créa­tion, un texte tel qu’il en est dans L’imitateur : sous la forme (laconique) d’un fait divers, Gof­fette racon­te la mort de l’écrivain autrichien.

Michel Zumkir


Arti­cle paru dans Le Car­net et les Instants n°146 (2007)