Jean Louvet, Comme un secret inavoué

Le rendez-vous de la dernière chance

Jean LOUVET, Comme un secret inavoué, Lans­man, 2013

louvet comme un secret inavouéUn homme. Une femme. Une cham­bre d’hôtel. Qui sont-ils ? Pourquoi se retrou­vent-ils dans ce lieu, l’antre de l’adultère ? Il n’est pour­tant pas ques­tion d’une ren­con­tre extra­con­ju­gale. Cette dernière est plus improb­a­ble, com­pliquée, futile, mais tout aus­si intense que n’importe quelle autre. Un huis clos atyp­ique où cha­cun exprime sa dif­fi­culté d’être au monde.

Dans la foule d’un bureau de poste, Jacques a posé la main sur celle d’Édith. Un mou­ve­ment anodin, un geste de sol­i­dar­ité, un besoin subit d’aider. La femme n’a opposé aucune résis­tance. Pourquoi a‑t-il jeté son dévolu sur elle ? Deux êtres, en apparence heureux, mais en vérité pro­fondé­ment dés­espérés, joignent leur soli­tude, s’épanchent un court instant avant que l’anonymat ne les rat­trape. Les naufrages passés vont-ils faire place à un nou­veau départ ?

Jean Lou­vet, l’un des plus grands dra­maturges belges, décrit avec finesse ce rap­port à l’Autre et ce besoin pro­fond de con­tact humain. Cette mys­térieuse ren­con­tre lui per­met d’évoquer l’isolement dans lequel la ville, énorme four­mil­ière, plonge chaque indi­vidu. Dans cette human­ité en perdi­tion, les êtres recherchent inex­orable­ment un sem­blant de lien social. La moder­nité a détru­it les espaces soci­aux et entraîné la perte de tous les repères. La soli­tude avale tout sur son pas­sage. On vit, on tombe, on se relève con­tin­uelle­ment. Cette courte pièce nous par­le du vide de l’existence, du manque, d’un désert rela­tion­nel. On aurait aimé partager plus longue­ment le des­tin et le désar­roi de ces per­son­nages, mais il n’est pas néces­saire d’en dire davan­tage. Roi de l’ellipse, l’auteur sug­gère avant tout. Les mots devi­en­nent presque inutiles et font place aux silences qui en dis­ent long. La pièce a été créée en novem­bre 2013 au Rideau de Brux­elles, dans une mise en scène de Frédéric Dussenne.

Émi­lie Gäbele


Arti­cle paru dans Le Car­net et les Instants n°181 (2014)