En souvenir d’Odette Blavier

Comment ne pas être attristé au plus haut point par la disparition soudaine d’Odette Blavier ? Elle avait bien voulu me confier quelques collages originaux pour un recueil de poèmes que je publiai en 2001, intitulé Vin rouge au poing (L’arbre à paroles). Elle n’avait pas émis la moindre objection à ma notice la présentant : collagiste pataphysicienne. Et j’avais ajouté : « Toujours sous le signe, évidemment, des temps mêlés, emmêlés, démêlés ». J’évoquais alors deux récentes expositions, l’une à la galerie La Marotte, à Theux, l’autre au Chalet de Haute Nuit, à Bruxelles.

Odette Blavier collage

Collage d’Odette Blavier

Ses collages, d’une poésie subversive, avaient l’art de toucher du doigt des domaines très divers : collages d’amour et de dérision, de douce ironie également. Tout le monde connait le principe du collage (qui a, bien sûr, ses lettres de noblesse) mais chez Odette Blavier, l’insolite et le sarcastique faisaient bon ménage. Mots découpés et assemblés en dépit du sens initial, et cela donnait, par exemple : « Il ne faut pas perdre l’envie d’avoir des envies sous peine de mort ».

Elle et André allèrent jusqu’au bout de la perpétuité remise en cause des morts et des signes, infatigablement. Chez Odette, le détournement d’images nous emmène dans des régions de haute perplexité, et toujours avec bonheur. Présents, les travers de l’époque. Sous un autre collage : « Preuves d’amour. Arrête… et pour de bon, cette fois-ci ». Autre collage, encore de 2001 ; elle y a, d’une certaine façon, très justement défini l’esprit même du collage : « IMAGINEZ L’INIMAGINABLE ».

J’ai une faiblesse toute particulière pour un très beau collage de 1996 : une bande de couleur brune sur la gauche, le plafond à poutrelles d’un immense hangar et, par-dessus, en lettres majuscules, ce simple mot : « FADE ».

Je terminerai par une courte phrase que j’extrais d’un collage de 2001 : « En cas d’urgence, brisez la glace ».

Jacques Izoard


Article paru dans Le Carnet et les Instants n°129 (2003)