Martin Ryelandt, L’incendiaire

L’amour à mort

Mar­tin RYELANDT, L’incendiaire, Car­nets d’Ostrov, 2006
Mise à jour du 14/08/2026 : une réédi­tion du roman parait au print­emps 2026 aux édi­tions F dev­ille : Mar­tin RYELANDT, L’incendiaire, F dev­ille, 2026, 112 p., 7,50 € / ePub : 5,49 €, ISBN : 9782875992208

Avec L’in­cen­di­aire, Mar­tin Rye­landt abor­de le roman. Du moins, la pre­mière et la qua­trième de cou­ver­ture l’indiquent. Il racon­te bel et bien une his­toire, ou plutôt une pos­si­bil­ité d’his­toire, une intrigue à devin­er plus qu’à lire, d’une adresse à l’autre, dans un suivi décalé. Le com­men­taire de Daniel De Bruy­ck­er le sig­nale au dos du livre : « Tan­tôt ‘Il’, tan­tôt ‘Elle’ : C’est donc un roman à deux voix… » En effet, deux « nœuds de nerfs », deux cœurs « affamés et anorex­iques à la fois », deux détress­es par­lent, sans se par­ler vrai­ment parce qu’elles s’é­coutent peu.

Attribués à « Il » ou à « Elle », les chapitres d’une prose incan­ta­toire et bruis­sante qui se suc­cè­dent tien­nent par­fois plus du poème que du roman. À moins que l’au­teur n’ait voulu faire du roman un poème, ou encore du poème un roman, en sou­venir de Rim­baud, auquel il voudrait tant ressem­bler, tout sim­ple­ment, car « Rim­baud sus­cite l’en­vie d’être Rim­baud ». « Être Rim­baud, avoir la grâce »… Pas facile à assumer au demeu­rant. Tout comme la per­fec­tion du vol de l’oiseau est insup­port­able à vivre pour le chat!

Ce réc­it d’amour et de fureur retrace par­al­lèle­ment le dif­fi­cile par­cours d’une écri­t­ure qui se cherche : con­cept réfléchi ou geste machi­nal, car « seule­ment copi­er, ça aide ». Mais com­ment décrire « l’ex­quise douleur » quand la vir­tu­osité lex­i­cale ne suf­fit pas ? Com­ment évo­quer la dif­fi­culté de vivre avec le seul lan­gage de l’hôpi­tal psy­chi­a­trique, les mots de la « san­té men­tale »? Com­ment dire la femme aimée, ses petits pieds « en forme de vir­gule » sans la quit­ter, l’a­ban­don­ner ? Pro­jet ambitieux et com­plexe que celui-là ! L’homme veut tout : aimer, soign­er les arbres, incendi­er le maquis, pra­ti­quer l’écoguerre, chang­er le monde. Lancer un défi « au chem­ine­ment fatal de la vie ». En bref, au lieu de « s’en­dormir et atten­dre que ça passe », comme « elle » le fait, choisir, ce qu’il résume ain­si, de « vivre jusqu’à sa mort ». C’est pour­tant « elle » qui aura le dernier mot, envers et con­tre « il », et surtout con­tre la mort. De beaux éclairs zèbrent le texte et arrachent l’amour au huis clos. Car « les rêves ne mentent pas » et l’é­mo­tion se man­i­feste « à ciel ouvert ». Le feu destruc­teur et salu­taire renou­velle l’il­lu­sion qu’un recom­mence­ment est tou­jours pos­si­ble.

Jean­nine Paque


Arti­cle paru dans Le Car­net et les Instants n°145 (2006)