Le monde est mon trône

CEEJAY, Der­rière les paupières… l’immensité, Arbre à paroles, 2019, 298 p., 18 €, ISBN : 978–2‑87406–682‑5

ceejay derriere les paupieres l immensiteAmbitieux sans pré­ten­tion, aus­si méga­lo­mane que généreux, le recueil de Cee­Jay est volu­mineux. C’est celui d’un aveu­gle, Der­rière les paupières, qui sait qu’il ne sait rien de l’immensité. Cepen­dant, il la sent et l’aperçoit dans l’intime lumière de son âme. Il écrit sans relâche pour l’appeler à lui, la rejoin­dre.

L’auteur s’adresse à elle non dans ses replis et inter­stices, mais dans son incom­men­su­ra­bil­ité. En un arbi­traire abécé­daire de l’extrêmement grand — terre, temps, espace, astral, pen­sée, rêve… —, ses poèmes nous dis­ent, nous rap­pel­lent et provo­quent le gigan­tisme qui coule dans nos veines depuis-pour tou­jours. Le poète illim­ite nos sens, notre être venu pour don­ner et notre exis­tence avide d’air.

J’aime n’être pas immor­tel
cela donne accès à l’humanité
l’être a besoin d’immensités
qui le dépassent.

Cee­Jay ques­tionne donc ces thèmes totaux qui tra­versent, par­fois transper­cent, cha­cun au moment déli­cat de se con­stru­ire une iden­tité entre l’enfance et l’âge adulte. Si l’auteur de soix­ante-trois ans verse ain­si dans les bouil­lon­nantes écumes de l’adolescence, faut-il rap­pel­er qu’il est un réguli­er slameur, un adepte de poésie orale, urbaine, tou­jours prêt à déclamer dans les lieux de toutes natures et cul­tures ? Cee­Jay est par­venu à ne pas grandir pour emprunter la seule voix et voie qui soit : devenir libre. Et grandir lucide.

Nous avons des ailes
que nos racines reti­en­nent
quand la beauté pénètre le cœur.

Ponc­tué de ses gravures chapi­trant un dic­tio­n­naire amoureux de tout, absol­u­ment tout sur terre et au ciel, ses textes se lisent aisé­ment, avec flu­id­ité, comme un long réc­it ou un car­net de voy­age sans fin ni des­ti­na­tion. Il s’en extrait une réjouis­sance, beau­coup de paix, de la douceur tournée vers les étoiles.

Pour cette fois, la poésie n’est pas une errance intérieure mais une flèche à la pointe enflam­mée vers l’infini et au-delà. Libre d’apesanteur, elle perce ce qu’elle illu­mine, briève­ment, tou­jours plus pro­fondé­ment. Cette flèche est unique et con­nue de tous. De Cupi­don. Telle une comète, une longue traîne la pour­suit : l’histoire d’amour uni­verselle dont Reste le soufffffffffff­fle éter­nel et fon­da­teur dans le ven­tre des êtres pleine­ment vivant.

Se sou­venir que l’érosion est lente
qu’il faut cisel­er l’amour jusqu’à la per­fec­tion
aimer pour être libre.

Tito Dupret