Archives de l’auteur : Le Carnet et les Instants

Italie-Belgique : 1-1

Lorenzo CECCHI,Comme un tango, préface Patrick Delperdange, Traverse, 2021, 285 p., 20 €, ISBN : 978-2-93078-339-0  

cecchi comme un tangoLes auteurs belges francophones issus des familles italiennes qui ont émigré en Belgique à la moitié du 20e siècle ont marqué notre patrimoine littéraire d’une empreinte forte. Ils nous ont donné des œuvres qui font désormais partie de notre bien commun et dont la valeur n’est plus à démontrer. Lorenzo Cecchi est au nombre de ceux-ci et le dixième ouvrage qu’il nous livre aujourd’hui, qui comporte deux parties distinctes,  y apporte une note spécifique. Continuer la lecture

Éric Brogniet : depuis la profondeur

Un coup de cœur du Carnet

Éric BROGNIET, Lumière du livre suivi de Rose noire, Taillis Pré, 2021, 18 €, ISBN : 978-2-87450-183-8

brogniet lumiere du livre suivi de rose noireViolence est innée au vivant
À la rose, son épine
À la dent, son tigre
Au pouvoir, son rameau insurrectionnel 

Nous entrons dans le recueil Lumière du livre suivi de Rose noire d’Éric Brogniet non comme on pousse les portes du sommeil, mais comme on repousse les frontières de la perception, comme on entre en initiation. La traversée du sens n’est pas immédiatement donnée : elle s’éprouve à chaque page qui nous tient, littéralement et métaphoriquement, en éveil. Continuer la lecture

Antoine Boute. L’écriture comme cheval de Troie

Antoine BOUTE, On peut boire la transpiration d’un cheval, Les petits matins, 2021, 128 p., 15 €, ISBN : 9782363833198

boute on peut boire la transpiration d'un chevalCracheur de feu sonore, activiste expérimental, écrivain, performeur, philosophe biohardcore, professeur aux Écoles supérieures des Arts ERG et Saint-Luc à Bruxelles, Antoine Boute explore, depuis Terrasses, Les morts rigolos, S’enfonçant, spéculer, Inspectant, reculer, Manuel de civilité biohardcore, Apnée, Prompt…, des formes textuellement modifiées. Affectionnant les écritures plurielles, la création collective (avec Vincent et Lucas Boute, Stéphane de Groef, Adrien Herda, Chloé Schuiten, Clément Thiry, Jeanne Pruvot-Simonneaux…), il livre avec On peut boire la transpiration d’un cheval une partition chorale rock. Continuer la lecture

Les prix Fintro livrent leur palmarès

jean d'amerique

Jean d’Amérique

Les prix Fintro, qui soutiennent les jeunes créateurs et créatrices belges, ont livré leur verdict.

Les prix Fintro

La banque Fintro a lancé cette année une vaste opération de soutien aux jeunes créateurs et créatrices belges ou résidant en Belgique, âgés de 18 à 32 ans. Quatre catégories ont été crées : Histoire écrite – Littérature francophone, Histoire écrite – Littérature néerlandophone, Histoire visuelle (peinture, sculpture et photographie) et Histoire corporelle (cinéma, danse et théâtre). Pour chacune d’elles, un.e lauréat.e a été désigné par un jury de professionnel.le.s, tandis que le public attribuait lui aussi un prix via un vote en ligne. Le jury professionnel a établi son choix final à partir de la liste restreinte de trois artistes dans chaque catégorie, tandis que le public devait désigner son lauréat à partir de listes plus larges (10 candidat.e.s par catégorie). Continuer la lecture

Dire une fille à la rue

Fanny GARIN, La porte de la chapelle, Publie.net, 2021, 184 p., 17 € / ePub : 5,99 €, ISBN : 978-2-37177-618-0

garin la porte de la chapelleUne fille à la rue : comment en parler sans tomber dans le piège de son propre regard, privilégié, de voyeur.euse ? C’est le défi ambitieux que Fanny Garin s’est lancé dans  ce premier roman.

Aussi, les hommes ou garçons auxquels elle s’adresse ne savent pas exactement ce que désire cette fille ; cigarette, argent, sexe ; ni ce que propose ce regard. Et la fille, elle, ne sait pas non plus ce qu’elle propose dans son regard. Nous avons eu des modèles ; nous reproduisons ; on nous a dit de battre des paupières ; alors nous battons des paupières ; et plus tard nous arrêtons de battre des paupières. Mais avant, nous ne savons pas ce qu’un geste contient, nous ne savons pas ce que contient notre regard. Et puis la fille veut seulement boire encore; profiter du soleil ; fumer des cigarettes ; oublier tout le reste – mais le reste c’est quoi. « Tout le reste » c’est quoi. Continuer la lecture

Légende de là-bas et graphisme d’ici

Sylvain ALZIAL (auteur) et Loïc GAUME (illustrateur), L’île aux deux crabes, Versant sud, 2021, 40 p., 14,50 €, ISBN : 9782930938400

alzial et gaume l'ile aux deux crabesL’histoire de L’île aux deux crabes appartient à la tradition kanak et se transmettait originellement en iaaï (langue parlée à Ouvéa, comptant aujourd’hui un peu moins de quatre mille locuteurs). Au début de l’ouvrage, il est précisé que Françoise Ozanne-Rivierre, une linguiste spécialiste des langues et civilisations à tradition orale, l’a recueillie en Nouvelle-Calédonie à la fin des années 1980 de la bouche d’un certain Taï Waheo. Quelques décennies plus tard, Sylvain Alzial s’en empare et facilite son inscription, à travers les âges et au-delà des frontières, par le biais d’un conte amusant et plein de la sagesse de feu Madame Bouba. Continuer la lecture

On la nomme Bleue

Tarek ESSAKER, La Fille de la Rivière, MaelstrÖm, 2021, 102 p., 8 €, ISBN : 978-2-87505-404-3

Essaker la fille de la riviereLa Fille de la Rivière de Tarek Essaker figure désormais au catalogue de la jeune collection de poche de chez MaelstrÖm reEvolution : la collection Rootleg, qui promet à ses lecteurs « des racines-embryons de travaux en cours ou textes finis », autrement dit, « des radicaux livres ». Présenté comme étant un « texte fragmentaire et fragmenté », le long poème en prose qu’est La Fille de la Rivière dresse le portrait évanescent d’une femme pauvre et sauvage, sans terre ni âge.  

Cette femme, « on la nomme Bleue », mais aussi « Fille de la Rivière ». Elle finira d’ailleurs par vivre aux abords de la « rivière », lieu abstrait et lieu de passage, y mêlant sa vie et son être au point de fusionner avec la nature qui l’entoure : Continuer la lecture

Les 20 bourses de traduction Passa Porta sont attribuées

lamarche le jour du chien

La situation sanitaire n’ayant pas permis d’accueillir des traducteurs et traductrices en résidence à Seneffe, Passa Porta, qui coordonne la résidence, décernait cette année 20 bourses de traduction, en collaboration avec la Fédération Wallonie-Bruxelles. Les lauréates et lauréats sont connus. Continuer la lecture

Imperfectible finesse

Un coup de cœur du Carnet

Gwen GUÉGAN, Confidences, Chat polaire, 2021, 86 p., 12 €, ISBN : 978-2-931028-08-7

guegan confidencesUn titre tel que Confidences est sans danger, voire courant, mais il est intimement engagé, jamais innocent. D’autant que sur la couverture, un cœur noir aux traits clairs est mis sous cloche de verre et posé sur sa base rouge sang. Nulle doute que Gwen Guégan, bruxelloise de cœur et bretonne de corps, se montre ici sans peur et sans reproche, et frontale : toute de contrastes forts, de lignes nettes et limpides en noir et banc surtout, ou en trichromie tout au plus : noir, blanc et rouge ou bien noir, blanc et un turquoise profond. Continuer la lecture

Au-delà du réel

Jean LEMAÎTRE, Le vrai Christophe Colomb, Jourdan, 2021, 239 p., 19,90 €, ISBN : 978-2-87466-665-0

lemaitre le vrai christophe colomb« Peut-on revendiquer le titre de journaliste en restant dans sa bulle, sans avoir éprouvé sa qualité de citoyen du monde, sans capacité d’empathie avec les populations en souffrance ?» Max, un journaliste à la retraite (un autoportrait de l’auteur ?), a de la suite dans les idées. Ayant développé un lien intime avec l’Alentejo, une région méridionale du Portugal, il décide de réaliser un vieux rêve et de gratter sous le vernis d’une légende croisée des années plus tôt dans l’un de ses villages, Cuba : Christophe Colomb, le Découvreur, y serait né, à l’encontre de tout ce qui se lit dans les livres depuis des siècles. Continuer la lecture

Dans le silence de la nuit

Alia CARDYN, Archie, Robert Laffont, 2021, 274 p., 18,50 € / ePub : 12,99 €, ISBN : 9782221249369

cardyn archieNé d’un père absent et d’une mère toxicomane, Archie est un jeune homme de seize ans placé en institution depuis sa naissance. Amoureux des mots et de l’écriture de poèmes, il est toutefois accablé par le mutisme lors de ses rencontres avec sa mère, marquées par les mots perdus, les gestes maladroits, le désir de réparation, mais le pardon coincé.

Habité par la solitude de son sentiment d’échec et d’inaptitude à être aimé, Archie est viscéralement marqué par la souffrance de sa mère. Oscillant entre l’angoisse et la colère face à tout ce gâchis, mais aussi le désir de vivre, le jeune homme s’essouffle d’attendre des miettes d’un amour maternel trop ambivalent. Continuer la lecture