Archives de l’auteur : Le Carnet et les Instants

« Tu crois que les gens sont morts mais en fait ils ne meurent pas »

Un coup de coeur du Carnet

Stéphanie BLANCHOUD, Jackson Bay, Lansman, 2017, 64 p., 12€, ISBN : 978-2-8071-0131-9

blanchoud jackson bayJackson Bay, Nouvelle-Zélande. Le bout du monde. Les touristes y vont pour sa nature sauvage, ses plages escarpées, sa faune locale… et surtout sa solitude de baie isolée du reste du monde. Le beau temps n’est pas toujours de la partie. Norman, Jeanne, Fish et Mendy y sont coincés. Les intempéries les obligent à rester enfermés dans la kitchenette du camping. L’envie de s’évader est très présente, mais chacun doit prendre son mal en patience. Dans ce huis-clos non désiré, on tue le temps et on apprend peu à peu à se connaître. Norman et Jeanne, la quarantaine, voyagent ensemble en camping-car. Norman a perdu sa femme, Claire, depuis peu. Il réalise son plus grand rêve : voyager en Nouvelle-Zélande, à défaut d’avoir pu le faire avec elle, si ce n’est à travers la lecture du Lonely Planet. Jeanne n’est pas très heureuse dans cette relation. Elle comble son mal-être en parlant beaucoup. Elle aimerait que Norman soit plus tendre, mais il reste dans sa bulle. Fish et Mendy, la trentaine, voyagent en solitaire. Eux aussi ont emporté avec eux leur lot de malheurs. Ils semblent se plaire et se rapprochent l’un de l’autre. Continuer la lecture

C’est l’amour et l’humanité qu’on assassine

Un coup de coeur du Carnet

Georges EEKHOUD, Escal-Vigor, Tusitala, coll. “Insomnies”, 2017, 188 p., 13 €, ISBN : 979-10-92159-11-0

eekhoudComme ils s’aimaient ces deux-là ! Tel qu’on s’aime dans les légendes et parfois dans la vraie vie : dans le bonheur, l’adversité et jusqu’à ce que mort s’ensuive. On aurait tant voulu que la folie et la haine des hommes et des femmes n’entraînent pas leur mise à terre et à mort. Mais Georges Eekhoud (1854-1927), ce brillant écrivain flamand de langue française, n’a pas transigé avec son projet romanesque, poétique et politique, n’a pas tourné en bluette la lutte contre les préjugés sectaires qu’il a entamée après le procès d’Oscar Wilde. À son époque (et encore aujourd’hui dans certains pays, et parfois (près de) chez nous) on pouvait se retrouver en geôle ou lynché par des hordes en furie quand on vivait hors la loi sexuelle commune. Aussi Escal-Vigor ne pouvait finir moins tragiquement. Dans ce roman, plus que deux hommes, c’est l’amour et l’humanité qu’on assassine. La violence de la scène finale n’a d’égal que le sublime de l’écriture pour la raconter. Continuer la lecture

Portrait intime d’un psychopathe meurtri

Martine ROLAND, C’est un secret entre nous, Memory, 2016, 199 p., 19 €, ISBN :  978-2-87413-264-3

roland

Les plus impitoyables meurtriers naissent-ils avec un goût prononcé pour le sordide inscrit dans leurs gènes, ou est-ce leur vécu qui les amène à commettre le pire ?

Dans son premier roman, intitulé  C’est un secret entre nous, Martine Roland nous fait vivre l’insupportable en nous plongeant dans l’esprit sombre et torturé d’Alban Soquet. Continuer la lecture

Où l’on navigue avec plaisir au radar

Un coup de cœur du Carnet

Véronique WAUTIER, Godelieve VANDAMME, Cabaner Chavirer, Éranthis, 2017, 82 p., 16 €, ISBN : 978-2-874830-12-9

wautierJe lis Cabaner Chavirer puis je le relis puis je pense : les poèmes de Véronique Wautier sont des havres. Des haltes provisoires. Des façons de se construire une cabane où s’abriter. Provisoirement. De se mettre deux secondes quinze ou trois minutes à l’abri de la violence du monde. Des drames persos. Ou des grandes tragédies du siècle comme on dit. De tous ces événements qui emportent avec eux les voisins. Les amis. Les êtres chers. Les êtres tout court. Les poèmes de Véronique Wautier sont des cabanes de mots. Des territoires fragiles. Des petits totems faits de bric et de broc. Construits au petit bonheur. À l’aveugle. Sans qu’on sache où l’on va. En suivant son instinct. Continuer la lecture

« Toujours dans les reflets du fleuve »

Philippe MATHY, ill. de Pascale NECTOUX, Veilleur d’instants, Paris, L’herbe qui tremble, 2017, 128 p., 16€, ISBN : 9782918220503

mathy.gifLes fleuves sont de redoutables pourvoyeurs de poèmes ! De Rimbaud qui en descendait les rives impassibles, aux poètes contemporains comme Jacques Darras ou Franck Venaille, ils auront charrié, dans les remous de leurs rimes ou dans la vase de leurs métaphores, de nombreux vers éternels et imparables. Mythique ou réel, le fleuve porte littéralement le poème à bout de bras. Avec ce nouveau recueil, Philippe Mathy rejoint cette lignée de poètes-nautoniers ! Partageant sa vie entre le Tournaisis et la Bourgogne, le poète balance son amarre de  l’Escaut à la Loire. Continuer la lecture

Exposition : « 130 ans de théâtre belge »

affiche arlonDu 22 avril au 14 mai 2017, la Maison de la Culture d’Arlon en collaboration avec les AML accueillera une exposition consacrée à l’histoire du théâtre belge. Son nom? « 130 ans de théâtre belge, de Maeterlinck à Guy Denis ».  Continuer la lecture

Des rendez-vous manqués

Un coup de cœur du Carnet

Michel LAMBERT, Le lendemain, Pierre-Guillaume de Roux, 2017, 192 p., 19,90€, ISBN : 978-2-36371-187-8

lambert le lendemainDe rencontres fortuites en retrouvailles provoquées, ces neuf nouvelles convoquent des hommes et des femmes qui partagent, le temps d’un instant, des souvenirs surannés, envolés, la gêne d’une réunion improbable. Jean-Charles décide sur un coup de tête de rendre visite à un couple d’amis qu’il n’a plus vu depuis quinze ans. Vont-ils l’accueillir chaleureusement ? Un jeune homme recherche un peu de compagnie, un soir de fête et de grande solitude, et se retrouve attablé dans une discothèque avec un parfait inconnu, tout aussi seul que lui, rencontré quelques heures plus tôt dans un cinéma. Patricia revoit le père de son enfant qui l’a tant fait souffrir et ces lieux qu’elle a voulu fuir. Stéphane Malter sympathise avec son voisin de table dans un bar miteux de la côte. Ils renchérissent à qui aura le dernier mot et le cri le plus effrayant à la manière de Richard Widmark dans Panique sur la ville. Paul emmène sa compagne sur le champ de sa jeunesse, à travers ses premières expériences de planeur, ses premières peurs et ses premières envies de sublimer les choses par l’art. Dans un café où elle a ses habitudes, une femme attend un Xème homme rencontré sur la toile. À la terrasse du Continental, lieu qu’il fréquentait énormément lorsqu’il était journaliste, André tombe par hasard sur son ancienne maîtresse. Une autre terrasse voit l’invraisemblable réunion de Maxime Junior et d’un homme, tout de noir vêtu, qu’il avait croisé des années plus tôt, à l’hippodrome, là où Junior tentait tant bien que mal de se faire une place entre son imposant père et sa jambe boiteuse. Pour combler un manque, Roland recherche la présence d’Ingrid à la fête de fin de tournage du film dont il est le scénariste. Continuer la lecture

L’art de regarder les nuages

Jean-Louis MASSOT, Nuages de saison, photographies d’Olivia HB, Bleu d’Encre Éditions, 2017, 68 p.,12 €

massotLes suivez-vous parfois des yeux, ces Cumulus « Lourds comme des / Boules d’angoisse » ?

Regardez-vous comment « Des étoffes de Stratus / Cachent la lune et les étoiles » ?

Vous arrive-t-il de reconnaître là-haut « Des Cirrostratus / Comme de légères traces / Laissées par le pinceau / D’un peintre distrait » ? D’imaginer le message que porte peut-être, à notre insu, « Ce Cumulonimbus / Qui s’élève / Et se tortille / Au-dessus des derniers / Toits des maisons / Du village » ? D’attendre le moment où « Le soir venu / Les Altostratus / Ont commencé / À s’enlacer » ? Continuer la lecture