Laisser ses peurs sur le rivage

Tere­sa ARROYO CORCOBADO, Lola sur le rivage, Ver­sant Sud Jeunesse,2019, n.p., 15.90 €, ISBN : 978–2‑930358–07‑3

Nous avions décou­vert la tal­entueuse Tere­sa Arroyo Cor­coba­do avec son pre­mier album De l’autre côté du car­rousel. L’autrice-illustratrice est pub­liée chez Ver­sant Sud, dans la col­lec­tion Les Pétoches, «des albums pour rire de ce qui effraie, s’amuser à avoir les chocottes. » 

Dans De l’autre côté du car­rousel, la jeune Olivia com­mençait par lis­ter ses peurs. Sitôt fait, elle nous révélait celles de ses proches et se demandait franche­ment pourquoi les adultes lui répé­taient de ne pas avoir peur, puisqu’eux-mêmes avaient tous peur de quelque chose. Le week­end arrivant, Tere­sa Arroyo Cor­coba­do nous trans­portait au côté d’Olivia dans l’univers mag­ique de la foire. Olivia dépas­sait ses peurs, et s’envolait… les détails des scènes mis­es en couleurs sont infi­nis. L’album cha­toy­ant est gour­mand, comme une pomme d’amour ! Pomme d’amour qui grâce à ses mur­mures fan­tas­tiques au creux de l’oreille d’Olivia, lui per­me­t­tait de se décou­vrir pleine de courage et de force.

Avec ce pre­mier album, on restait ébahi par la puis­sance des couleurs et des tech­niques de dessin que l’on retrou­ve, pour cer­taines, dans Lola sur le rivage, deux­ième album tout aus­si cha­toy­ant, mais empreint de grav­ité. On y accom­pa­gne Lola.

Lola démé­nage. Lola a peur de la nou­veauté, elle se sent dérac­inée. Seule. Elle doit se réap­pro­prier un nou­veau lieu. Évidem­ment dès la pre­mière page, par ailleurs pétil­lante de couleurs, on com­prend que Lola n’a pas choisi ce change­ment. Le démé­nage­ment lui est imposé. Les enfants aux fenêtres sont tristes. C’est toute la ville, sem­ble-t-il, qui lui fait ses adieux. Même les valis­es ont des sourires à l’envers. Ses par­ents la ras­surent, mais Lola, trag­ique, a cette réflex­ion : « je regar­dais mon anci­enne vie dis­paraitre lente­ment, der­rière nous. »

Le démé­nage­ment est fait, Lola est en bord de mer ; elle a quit­té la ville pour un vil­lage. Un rivage. On décou­vre alors un con­traste graphique entre des élé­ments humains très géométriques et la nature. Nous arrivons en voiture, la dou­ble page est pro­fonde, un envi­ron­nement naturel avec une dom­i­nante de bleu et vert.

Petit à petit, la décou­verte de cet ailleurs se fait par la fenêtre, les yeux tournés vers la mer et le rivage, car isolée, Lola se met à observ­er le monde à tra­vers ses jumelles et ren­con­tre la mer. La mer entoure désor­mais Lola. Elles se ren­con­trent, se racon­tent et se lient. Le soir, dans le noir de ce bout de monde, les bruits des vagues ras­surent Lola. Quelques semaines et voilà, la mer est présente et génère tant et tant de sen­ti­ments. La mer accom­pa­gne Lola dans sa nou­velle vie et Lola accom­pa­gne sa mère dans sa tournée de postière en bateau, la gaité revient. En pleine mer Lola se sent vivante. Tout change lorsque Lola ren­con­tre le vieux marin qui lui offre sa bous­sole. Les per­son­nages ren­con­trés les uns après les autres guident Lola par leurs présents : une bous­sole pour s’orienter, un bateau qui ne coule pas, de la lumière pour voir le chemin puis des coquil­lages pour leur beauté. Par ses tré­sors offerts, elle s’intègre à la com­mu­nauté. La dernière dou­ble page présente les enfants décou­vrant ensem­ble les tré­sors de Lola.

Se déplac­er, c’est aus­si aller vers les autres et finale­ment, l’adaptation de Lola à ce nou­veau lieu se fait par le biais du partage avec les autres.

Hélène Théroux