Dans son propre rôle

Un coup de cœur du Car­net

Stéphane BISSOT, Après nous les mouch­es, Oiseaux de nuit, 2022, 142 p., 10 €, ISBN : 978–2‑931101–53‑7

bissot apres nous les mouchesComé­di­enne, Stéphane Bis­sot a l’habitude de don­ner vie à des per­son­nages imag­inés par d’autres. Cette fois, c’est son pro­pre rôle qu’elle écrit et incar­ne. Elle racon­te ses sou­venirs, ses racines surtout, sa famille. De blessures en man­i­fes­ta­tions de ten­dresse, elle revient sur les allers-retours entre ses par­ents divor­cés, les liens avec cha­cun d’eux et avec sa grand-mère, les clins d’œil de la vie, ses mau­vais tours aus­si. Dès le début, le ton est don­né : des sujets tristes vont être abor­dés, mais non sans humour voire même une cer­taine légèreté.

J’ai envie de com­mencer avec les sand­wichs mous.
Le sand­wich mou est à l’enterrement ce que l’air est au vent… Le pouce à [l’]enfant… Le poil au pubis… Hum. Je veux dire que le sand­wich mou
nous sur­vivra tous. 

L’attachement et le deuil revi­en­nent en fil rouge dans une com­po­si­tion orig­i­nale de faits et de réflex­ions, dévoilant simul­tané­ment le par­cours et la per­son­nal­ité de l’autrice. Le réc­it n’est pas chronologique : le texte reflète la spon­tanéité d’un dis­cours oral, bal­adant le lecteur en ric­o­chets ou boomerang, d’un per­son­nage et d’une époque à l’autre, d’évènements majeurs en anec­dotes savoureuses, de la nar­ra­tion au com­men­taire. On pour­rait presque croire le mono­logue créé d’une traite. Mais l’ouvrage présente la ver­sion orig­inelle inté­grale à la suite de la ver­sion scénique, con­fir­mant qu’une appar­ente sim­plic­ité est la face émergée d’un tra­vail con­séquent, d’habitude invis­i­ble pour spec­ta­teurs et lecteurs.

Quiconque a appré­cié le jeu de Stéphane Bis­sot à l’écran ou sur les planch­es sera heureux de retrou­ver sa per­son­nal­ité attachante à tra­vers ses pro­pres mots, et de les imag­in­er inter­prétés avec sa présence et son tal­ent. Et si le réc­it est auto­bi­ographique, Après nous les mouch­es touche naturelle­ment à des thèmes aus­si intimes qu’universels : l’amour, notam­ment celui porté à et reçu de ses par­ents, la sépa­ra­tion, les con­di­tions dans lesquelles on grandit et se con­stru­it, la vieil­lesse, la voca­tion, la mal­adie, le deuil, la joie aus­si… partout, tou­jours. « La joie est partout, tout le temps, si on la cul­tive », lui a appris sa mère.

La lec­ture de la ver­sion scénique ter­minée, on en rede­mande, curieux d’en savoir plus sur cette famille dans laque­lle on vient de débar­quer. La ver­sion orig­inelle comble alors les envies de demeur­er encore par­mi eux, met­tant au pas­sage sub­tile­ment en lumière les con­traintes de l’écriture pour la scène.

Estelle Piraux