Cindy VAN WILDER ZANETTI, La clé d’obsidienne. Fleur fantôme (tome 1), Chatterley, 2024, 346 p., 17,90 € / ePub : 9,99 €, ISBN : 978–2‑3857–9013‑4
Emon, le grand prêtre de Coulia, annonce à sa nièce Zina une nouvelle importante : le dernier fils vivant de l’empereur Apatli, représentant du dieu Flamboyant, vient d’être retrouvé mort, ce dernier déclare alors l’Ayotl, une série de trois épreuves sacrées pour huit candidates de chaque province. Celle qui les remportera montera sur le trône afin de donner un nouvel héritier à l’empire de Pahel, les sept candidates en échec subiront toutes le même sort : la mort.
Avec l’appui d’Emon et de sa tante Carme, Zina propose sa candidature à l’événement, non pas pour épouser l’empereur, mais pour mener une enquête sur la cause exacte de la mort de sa sœur, officiellement exécutée pour haute trahison. Là où les choses se corsent, c’est que Zina n’est pas une adepte du Feu, de l’Air, de l’Eau ou de la Terre comme ses rivales, c’est une Ixquen, entendez qu’elle est née sous le signe de l’Obscur et manipule les ombres plutôt que les éléments. Jadis, la magie de l’Obscur était perçue comme protectrice des morts, mais les temps ont bien changé : aujourd’hui, elle est synonyme de maladies, mort et malheurs.
Vous l’aurez compris, la première épreuve de l’Ayotl démarre sous tension dû à la présence dérangeante de Zina. Les festivités ont été lancées suite à l’exécution froide de la précédente épouse d’Apatli, qui a murmuré un énigmatique « fleur fantôme » à l’oreille de Zina, emplie de perplexité face à ce nom inconnu. Ajoutez à cela la candidate Kailani, ni plus ni moins fille du Grand prêtre du Flamboyant, partie favorite pour les épreuves et bien décidée à les trafiquer pour assouvir son ambition, vous avez ainsi le jeu de cartes complexe dans lequel Zina doit jouer.
Dans cette entreprise périlleuse, notre héroïne bénéficie du soutien de Carme, capable de se faufiler partout lorsqu’elle est transformée en jaguar, mais le duo ne suffit pas, car il est cerné par les ennemis. Zina tente de se faire des alliés, mais ils ne sont pas toujours ceux que l’on croit et les traîtres ont parfois un visage angélique…
Le jeu de cartes est rebattu lors de la deuxième épreuve, où Zina en apprend plus sur ses origines et celles de la clé d’obsidienne qui pend à son cou, l’Ayotl passe alors au second plan pour une quête plus vaste et peut-être plus périlleuse encore. L’équilibre entre les dieux est rompu et elle peut en effet agir pour tenter de sauver le Mitclan, le royaume des morts, qui menace de disparaître…
Dans le premier tome de cette trilogie, Cindy Van Wilder Zanetti nous donne à lire une « romantasy » jalonnée des caractéristiques typiques de la fantasy mâtinée d’une romance.
Sa main effleure mon épaule. Des frissons se répandent le long de ma colonne vertébrale. Je renverse la tête en arrière, dévoilant mon cou. Ashur mordille la peau découverte, avant de la lécher en une caresse obscène qui m’arrache des frissons. J’ai l’impression de me transformer en flamme, en torche vivante qu’aucun prêtre n’aurait le pouvoir d’éteindre.
On sent au style fluide de l’autrice et au rythme haletant de l’intrigue qu’elle n’en est pas à ses débuts en matière d’écriture. Elle nous emmène dans son imaginaire foisonnant où l’on plonge avec une aisance qui rend la lecture addictive. Même si la maison d’édition se positionne dans la catégorie des romances, celle qui parcourt La clé d’obsidienne est au second plan face aux thématiques engagées abordées : avidité des hommes et des dieux, société patriarcale où les femmes sont soumises aux hommes et élevées dans la rivalité, préjugés sur la différence, condamnation à mort gratuite…
L’univers de Cindy Van Wilder Zanetti est fictif, mais il nous pousse à nous interroger, tout comme l’héroïne, sur le type de vie que nous souhaitons en fonction de nos objectifs personnels et collectifs.
C’est bien beau de rendre hommage à Nawi, et d’accomplir la mission que m’a donnée L’Obscur. Mais j’ai aussi envie de vivre. De profiter du soleil sur ma peau, du vent dans mes cheveux, des bras d’Ashur autour de moi. Un sentiment profond d’injustice m’ébranle de la tête aux pieds, alors que les Ombres dansent de plus belle, se nourrissant sans vergogne des émotions puissantes qui m’assaillent. Si je continue à me laisser submerger, je vais me retrouver épuisée plus vite qu’il ne faut pour le dire.
Quelle qu’elle soit, la quête d’un héros n’est jamais anodine, elle s’enracine dans son identité profonde, quitte à le blesser et l’étouffer un peu, pour mieux le transmuter. Nous nous réjouissons de découvrir le tome 2 pour lire l’alchimie à l’œuvre…
Séverine Radoux