L’Adeb et le Pilen ont publié les résultats de leur étude annuelle sur le marché du livre en Belgique francophone. Ils concernent l’année 2023. Globalement bons, ils ne compensent cependant pas l’inflation et l’augmentation des coûts de production.
Les chiffres présentés additionnent les ventes directes des éditeurs de Wallonie et de Bruxelles, collectées par l’Adeb, et les données obtenues par GfK, entreprise spécialisée dans les études de marché chargée par l’Adeb d’étudier les chiffres de vente réalisés chez les vendeurs de livres (librairies généralistes et spécialisées, grandes surfaces spécialisées, internet, grandes surfaces alimentaires).
Marché du livre : une stabilisation en trompe‑l’œil…
Pour l’année 2023, le marché du livre s’élève à 264,8 millions €. Ce chiffre désigne le montant total TVAC des ventes de livres (belges ou étrangers) réalisées en Wallonie et à Bruxelles sur l’année 2023, via les différents canaux couverts par les travaux de GfK et de l’Adeb. Le chiffre est quasi stable par rapport à 2022 (-0,3 %) et nettement supérieur aux montants enregistrés dans la période pré-Covid.
L’inflation a toutefois été de + 10% entre 2022 et 2023 : la stabilité apparente des chiffres cache en réalité un recul pour les acteurs de la chaine du livre. Le prix moyen d’un livre a en outre augmenté de 5,1 % : le nombre d’exemplaires vendus est donc en nette baisse par rapport à 2022.
… et des performances contrastées
Une analyse qui prend en compte à la fois les canaux de vente et les genres littéraires (on parle dans ce cas de « segments ») montrent que chacun concourt inégalement au résultat enregistré.
Du point de vue des canaux de vente, le volume d’affaires des librairies a augmenté par rapport à 2022, en hausse de + 2,9 %. Les ventes en ligne, dans les grandes surfaces spécialisées et les chaines de librairie enregistrent quant à elles une baisse de 3 %. Grandes surfaces alimentaires et ventes directes des maisons d’édition restent stables.
Concernant les segments éditoriaux, les livres pratiques et livres pour la jeunesse enregistrent une baisse importante (respectivement – 9,2 % et – 7,1%). La bande dessinée baisse elle aussi, mais de manière beaucoup plus légère (- 1,3 %). Suffisamment toutefois pour perdre sa première place en faveur de la littérature générale. Laquelle connait quant à elle une hausse spectaculaire (+ 8,6 %), due en particulier à l’excellente santé du livre de poche.
La production éditoriale
Le deuxième volet de l’étude concerne la production éditoriale, c’est-à-dire le chiffre d’affaires des maisons d’édition installées en Wallonie et à Bruxelles, additionnant la vente directe, la vente via les différents types de vendeurs de livres, et les cessions de droits. Les chiffres indiqués ici sont des montants HTVA.
Le chiffre d’affaires 2023 s’élève à 327 millions €. Il est certes en hausse par rapport à l’année précédente (+ 1,5 %), mais il doit lui aussi être analysé en tenant compte de l’inflation et de l’augmentation, comprise entre 30 % et 100 %, des coûts de production.
Ici encore, le chiffre global cache des disparités. Ainsi, alors que le livre papier et les cessions de droits sont en (léger) recul, le livre numérique connait quant à lui une progression importante (+ 8,65 %). Mais ce format ne profite quasi qu’aux sciences humaines et au livre scolaire.
Les résultats enregistrés sur le versant de la production éditoriale dépendent quasi entièrement de 4 genres littéraires, qui représentent à eux seuls 96 % du chiffre total : la bande dessinée, les sciences humaines, les livres scolaires et les livres jeunesse. Il est intéressant de noter que la littérature générale, qui arrive en première place dans le volet « marché du livre » (qui concerne aussi les ventes de livres étrangers en Belgique) n’occupe du côté de la production (qui ne concerne que les livres édités en Belgique) qu’une place minime.
De nouveaux choix éditoriaux
L’observation des résultats enregistrés par les maisons d’édition belges met en évidence des stratégies éditoriales basées sur la prudence, imposée surtout par la hausse des coûts de production. Le nombre de titres publiés (nouveautés et rééditions) est en baisse, alors que les ventes moyennes par titre sont en hausse (4 357 exemplaires par titre en moyenne) : ces deux tendances illustrent le choix des maisons d’édition de miser surtout sur les valeurs sûres, au risque de perdre en audace et en diversité.
Par ailleurs, le prix moyen du livre vendu par les éditeurs de Wallonie et de Bruxelles a peu augmenté par rapport à 2022 (+ 2,5 %). Cette augmentation ne contredit pas le constat établi depuis 10 ans de l’appétence du public pour le livre bon marché. Le prix moyen d’un livre acheté était ainsi de 10,22 € en 2014 ; il est à 7,44 € en 2023. Cette tendance de fond réduit les marges des différents maillons de la chaine du livre et constitue donc un défi économique pour l’ensemble de la filière du livre.
Et l’Adeb et le Pilen de plaider pour une réflexion sur le prix du livre : sans une hausse significative du prix de vente, la diversité éditoriale pourrait bien être en péril. Affaire à suivre.
L’infographie est fournie par l’Adeb.



