La mémoire de l’eau

Céline DE BO, Étang de Thau, miroir de vies, Lans­man, 2024, 64 p., 11€, ISBN : 9782807104259

de bo étang de thau miroir de viesCéline De Bo a répon­du à une com­mande d’écriture de l’adjoint à la cul­ture de Mèze, com­mune riveraine de l’étang de Thau. Elle rend compte par les mots de cette éten­due d’eau et inter­roge les habi­tants sur leur rela­tion à l’étang, qui, soit dit en pas­sant, est en réal­ité une lagune. Situé à plus de 1.000 kilo­mètres de Brux­elles, dans le départe­ment de l’Hérault, l’étang de Thau est un grand plan d’eau, un cen­tre vital, végé­tal et ani­mal autour duquel l’homme a fait société et cul­ture.

Selon Yves Pietrasan­ta, « les Mézois et les Mézois­es sont des hommes et des femmes d’accueil et de com­mu­ni­ca­tion. Attachés aux tra­di­tions, ils ont sans cesse leurs regards tournés vers l’avenir et le pro­grès. » L’autrice et nar­ra­trice en témoigne. En arrivant à Mèze, elle est d’abord frap­pée par la douceur de l’air, ain­si que par l’accueil chaleureux et souri­ant. Ses mots pour décrire cette pre­mière ren­con­tre ren­dent par­faite­ment compte du cadre du lieu, des émo­tions qu’il occa­sionne, du délice que pro­cure chaque impres­sion nou­velle :

J’aime ren­con­tr­er un lieu pour la pre­mière fois. C’est un moment à fleur de peau où les émo­tions volti­gent dans tous les sens. Je deviens poreuse aux sen­sa­tions, à l’air ambiant, au vent, aux sons.
Empreinte du lieu en vrac : un port, une éten­due d’eau, un ciel ouvert, des plages de sable fin. Les mou­ettes bâil­lent, une pluie fine tapote sur mon épaule. Aux cartes des ter­rass­es : huîtres, fruits de mer, vin blanc de la région. Des rues étroites aux couleurs pas­tel. Un accent qui claque. Une odeur ambiante qui habille. 

L’autrice cible quelques lieux où elle veut se ren­dre et part ain­si à la ren­con­tre des habi­tants. De fil en aigu­ille, elle fait la con­nais­sance d’un large spec­tre de pro­fils, cha­cun l’amenant à décou­vrir un nou­veau per­son­nage. Au boulo­drome, elle accoste un groupe d’hommes âgés qui par­lent de leur petite vie de pêcheurs, de la pol­lu­tion et de la vie d’avant. Elle fait la con­nais­sance d’un nat­u­ral­iste pas­sion­né qui, à coups de chiffres et de doc­u­ments, lui par­le de l’étang et de sa faune. Elle ren­con­tre un cou­ple d’ostréiculteurs qui lui par­lent de leur méti­er dif­fi­cile, dont ils restent mal­gré tout amoureux, ain­si que de la bataille des femmes pour y trou­ver leur place. Il y a aus­si cette mère qui veut un avenir dif­férent pour ses enfants ou ces ado­les­cents qui n’ont pas envie d’élever des coquil­lages comme leurs grands-par­ents. À chaque coin de rue, elle ren­con­tre des êtres hauts en couleurs, bouil­lon­nants de vie, et boit leurs paroles.

Comme le dit si bien un jeune garçon qui s’appelle Mohamed, l’étang de Thau regarde le temps qui passe et pro­cure à tout un cha­cun un sen­ti­ment de lib­erté, une envie de con­quérir le monde. À la fin de sa rési­dence, l’autrice sera-t-elle prête à se jeter dans l’eau ? Aura-t-elle domp­té le temps, comme la lagune ?

À tra­vers son regard à cheval entre doc­u­men­taire et poésie, Céline De Bo rend compte du quo­ti­di­en des Mézois et Mézois­es, de leur milieu et leur rap­port à l’étang. Elle com­pose un réc­it suc­cu­lent à la manière d’une recette non con­ven­tion­nelle, en toute lib­erté, où chaque ali­ment, chaque anec­dote, chaque ren­con­tre, peut don­ner de nou­velles saveurs :

Je procède comme si je com­po­sais un plat sans en con­naître le résul­tat final. Je cherche les ingré­di­ents et puis je les épluche, je les découpe, je les mouline, je trou­ve dans quelles pro­por­tions les com­bin­er, à quelle tem­péra­ture les faire cuire, en ajoutant mon grain de sel. 

Les réc­its et les mots sont tra­vail­lés pour en ren­dre leur meilleur jus. Céline De Bo dresse les por­traits de per­son­nes ten­drement humaines, attachées ou moins à leur ter­ri­toire. Elle parsème son réc­it de petits clins d’œil aux uns et aux autres, ain­si que de mots du ter­roir.

Suite à sa rési­dence, une lec­ture publique a vu le jour quelques mois plus tard, avec des habi­tants, dans le cadre de la bien­nale « Le temps de l’étang ».

Autrice, ani­ma­trice d’ateliers d’écriture et for­ma­trice pour les enseignants, Céline De Bo a déjà pub­lié plusieurs pièces chez Lans­man, notam­ment dans la col­lec­tion « La scène aux ados ». Étang de Thau, miroir de vies est son sep­tième texte par chez cet édi­teur.

Émi­lie Gäbele

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