Nadine MONFILS, Les fleurs du crime de monsieur Baudelaire : La femme sans tête, Verso, 2025, 320 p., 17,99 € / ePub : 12,99 €, ISBN : 9782386431135
La série de romans Les folles enquêtes de Magritte et Georgette de Nadine Monfils, lancée en 2021, tirait sa révérence en mars dernier. Le neuvième tome, Pataquès à Cadaqués, portait ainsi le poids d’un au revoir, un peu amer, pour l’autrice qui aurait souhaité continuer les pérégrinations policières de ses deux détectives amateurs. Malgré cette déception, Nadine Monfils avait de quoi rebondir rapidement puisqu’elle vient de publier, sous le label « Verso » des éditions du Seuil, une nouvelle série policière basée sur un principe similaire : Les fleurs du crime de monsieur Baudelaire.
Le peintre belge passe ainsi le flambeau au poète français qui, pour l’occasion, s’improvise enquêteur dans une mystérieuse affaire de meurtres directement liés, du moins à première vue, à sa personne et à ses poèmes.
L’idée rappelle de manière évidente la dernière série de l’autrice et l’éditeur souhaite très visiblement s’inscrire dans son fructueux sillage. Passé pourtant cette ressemblance manifeste, le ton de La femme sans tête apparait comme bien différent. L’autrice abandonne en grande partie l’ambiance bon enfant du cosy mystery pour une atmosphère sombre, plus apte à saisir le profil psychologique et le contexte social de Charles Baudelaire. L’humour caractéristique des Magritte et Georgette apparait ainsi comme le grand absent de ce nouvel univers, au profit d’une ironie plus grave. Un registre où l’on attend certainement moins l’autrice mais dans lequel elle s’est déjà illustrée avec succès par le passé (Babylone dreampour n’en citer qu’un). Car cette nouvelle proposition demeure une très belle réussite. Nadine Monfils maitrise parfaitement son art. Le livre, fait de chapitres courts, de rebondissements perpétuels et de personnages solidement caractérisés, se lit, une fois de plus, d’une seule traite.
L’enquête policière fort classique, presque accessoire, n’entache aucunement le plaisir de déambuler dans les bas-fonds de l’ile Saint-Louis qui concentre l’ensemble de l’intrigue et lui donne des allures de huis-clos. Fidèle à sa méthode, Nadine Monfils s’est minutieusement documentée avant de se lancer dans l’écriture. Le roman lie ainsi, sans accros, fantaisies romanesques et réalité historique. Les personnages imaginaires se mêlent aux figures historiques, au premier rang desquels on citera assurément la comédienne franco-haïtienne Jeanne Duval, compagne et muse de Baudelaire. L’occasion pour l’autrice d’effleurer, avec cette philosophie teintée d’individualisme anarchiste qui caractérise son œuvre, la question du racisme et de l’intolérance sans pour autant réduire le personnage à ses origines. Véritable contrepoint du poète, Jeanne Duval permet en effet à la romancière de rejouer la partition du duo René et Georgette, tout en explorant une configuration sentimentale inédite entre les deux protagonistes principaux.
Si l’on pouvait craindre un recyclage hasardeux de la recette mise en place avec succès dans sa précédente série, force est de constater que Nadine Monfils a réussi un virage pourtant périlleux. Conservant le meilleur tout en s’adaptant aux spécificités de son sujet, elle assure, avec ce premier volume des fleurs du crime, un démarrage réussi à ces nouvelles aventures, assurément promises à un bel avenir.
Nicolas Stetenfeld