Rachel M. CHOLZ, Trois pour cent sauvages, Lettre volée, 2025, 80 p., 15 €, ISBN : 978–2‑87317–6670‑9
Dans la collection « Poeisis » des éditions La Lettre Volée, Rachel M. Cholz signe un récit poético-statistique traçant les contours d’une vie humaine banale, évoluant dans les méandres mathématiques d’un système porté sur le rendement à tout prix.
Les % déterminent l’importance des choses bien plus loin que nos organes donnent à la bombe la portée d’un regard étalé sur des pâquerettes avant de tomber dans un noir trou un espace coupé en deux entre l’horizon et la masse
À travers les différentes dynamiques qui orientent les décisions de Belhomme, protagoniste aux yeux bleus et à la bague d’or pur (à 50 % seulement), Rachel M. Cholz expose les rapports entre système global et choix individuels, macro et micro, écrivant une poétique de la mise en relation :La peau pèse quatre-vingts pyramides de Khéops quand le béton mensuel pèse nos muscles et nos cerveaux la production annuelle du coton 100 %
De la même manière qu’il voyage entre les structures porteuses de sens, le texte alterne les temps, les personnes et les regards : entre passé, présent et future, un tu, un il et un je se croisent et se mélangent au fil de ce récit d’abord porté sur scène par les comédiens Alex Guillaume, Clément Delhomme et Aurélien Leforestier en 2021, dans une mise en scène de l’autrice. Cholz transpose ainsi de la scène au papier la tension entre organique et statistique, pourcentages désincarnés et émotions sensibles – après tout, Belhomme cherche sa place et « l’amour avec un grand A ».Il récupérera des petits fossiles d’ammonites pour décorer sa cheminée Il accumulera les gros animaux il les chassera ou les rendra domestiques Il leur écrira des poèmes
Il leur fera faire des spectacles sur la dureté du monde et leur donnera un sucre en songeant qu’il les aime
Porté par un doute constant, cet humain beta, « petit animal dont les dix doigts suffisamment souples et écartés apprirent à faire le feu », traverse l’existence en expérimentant ce qui rassemble et réunit, mais peut-être avant tout ce qui distingue : à l’intersection de la peur et du désir se trouve la posture depuis laquelle Belhomme contemple le monde. Peut-être est-ce en le mettant à distance qu’il parvient à entrer en relation avec son environnement. Trois pour cent sauvages désosse la vie humaine pour en présenter la moelle : accumulation de sentiments et de matière, accumulation de chiffres pour ouvrir des parenthèses et des trous noirs. Car vivre = se noyer dans l’infini jusqu’à la dissolution.mais tout le monde st bel et bien en voie de disparition et le jeu même de disparaître peut être
une bonne raison pour s’entraîner à manger ses enfants
Louise Van Brabant