Souvenirs d’un truand à l’ancienne

”de

Moi, Petit-Jacques voleur intermittent

Autrice : Pas­cale de Trazeg­nies

Mai­son d’édition : Édi­tions Mau­rice Nadeau

Année d’édition : 2026

Nom­bre de pages : 132

Prix : 19 €

Livre numérique : /

EAN : 9782862316901

Pas­cale de Trazeg­nies a prêté sa plume à Petit-Jacques, un homme qui est sou­vent passé par la case prison pour faits de vol. Son réc­it, qui nous est livré à la pre­mière per­son­ne, ne fait pas l’économie de retrac­er sa petite enfance mar­quée par l’arrestation de son père dont il décou­vre à cette occa­sion les racines algéri­ennes. Puis il revient sur son sou­venir aigu de l’abandon mater­nel, opéré sans un mot, sur les séjours en insti­tu­tion et en famille d’accueil, déjà mar­qués par la souf­france et les bar­reaux entre la vie enviée et une réal­ité sor­dide.

Devenir quelqu’un. Quit­ter l’enfance.
Je ne suis plus qui j’étais. Je suis devenu rien, moins que moi-même et plus qu’un autre. Je ne suis qu’un homme avec des sou­venirs. Dans ma main, du sable … Seul jou­et qui me reste … 

Dès l’adolescence, une fas­ci­na­tion de tou­jours pour les moteurs et tout ce qui roule le con­duit au pre­mier vol de scoot­er, puis vient le ser­vice mil­i­taire où il devient le chauf­feur d’un gradé. Nou­veau vol de scoot­er, puis d’une pre­mière voiture. On est dans les années 1960, les cabri­o­lets de luxe sont faciles à dérober, il les aban­donne quand le réser­voir est vide en pen­sant déjà au prochain mod­èle recher­ché. Petit-Jacques sait être là quand il le faut et où il faut, il inspire la sym­pa­thie.  Le voici chauf­feur de star, il côtoie de grands noms du ciné­ma et du monde du spec­ta­cle. Il est l’homme de con­fi­ance, celui qui sort les autres du pétrin. Il prend gout au luxe, aux nour­ri­t­ures rares, aux vins raf­finés et à l’argent facile qui per­met de frimer, de séduire, d’accéder aux plaisirs qui en exi­gent tou­jours plus. Ceux qui mon­tent les coups plus auda­cieux ont tou­jours besoin d’un chauf­feur, de quelqu’un à qui con­fi­er des mis­sions plus déli­cates. Mais ce sont aus­si les petites mains qui s’exposent et qui se font avoir par la police qui aime fouiller le passé de ceux qui ne filent pas droit. Les détours der­rière les bar­reaux ajoutent des noms à son car­net d’adresses, il côtoie des mal­frats qui défraient les chroniques judi­ci­aires et il nour­rit des désirs de revanche sur la vie qu’il s’empresse de ten­ter d’assouvir en fin de déten­tion. Jusqu’à ce que la mort se rap­proche de trop près pour rester sous l’emprise du rêve …

Sur ce passé en dents de scie, Moi, Petit-Jacques voleur inter­mit­tent jette un regard empreint de nos­tal­gie et de lucid­ité. L’homme qui se con­fie à nous mesure qu’il nous par­le d’un temps qui n’est plus et qui ne revien­dra pas, celui d’une forme d’artisanat presque con­vivial. Mais dans un même temps, il con­sid­ère son par­cours avec lucid­ité et sans fan­faron­ner, con­scient de ce que la vie ne lui a pas fait de cadeau, mais que ses choix, quand ils étaient pos­si­bles, n’ont pas tou­jours été judi­cieux.

Pas­cale de Trazeg­nies s’est effacée devant celui qui s’est con­fié à elle, elle ne laisse aucune trace explicite des moments où elle a recueil­li ce réc­it, des inter­ac­tions avec son locu­teur, des sen­ti­ments que sa con­fes­sion a lev­és en elle. Mais si on perçoit son souci de ren­dre le pro­pos en col­lant aux pro­pos retran­scrits, la prose dans laque­lle elle nous les restitue ray­onne d’une sim­plic­ité tout à la fois limpi­de et légère­ment poé­tique, ce qui con­tribue à la qual­ité indé­ni­able du pro­pos.

Thier­ry Deti­enne