De l’autre côté de la haie…
Barbara ABEL, Après la fin, Fleuve Noir, 2013
« Un quartier en banlieue parisienne. Une rue calme, bordée de maisons familiales, havres de paix dans lesquels on se retrouve le soir, après le boulot ou après l’école. Un abri où il fait bon vivre. Peu de passage, peu de bruit, pas d’histoire. Un refuge. Une fenêtre sur le bonheur. » C’est dans ce cadre presque idyllique que Tiphaine et Sylvain mènent une vie aux apparences banales avec Milo. Recueilli par le couple une décennie auparavant dans des conditions tragiques, cet adolescent de quinze ans s’est enfermé dans une forteresse intérieure de solitude et affiche une profonde indifférence face au monde qui l’entoure. Jusqu’à ce qu’Inès, jeune fille irradiant de beauté et d’enthousiasme, emménage dans la demeure mitoyenne avec sa mère Nora – une ravissante quadra grisée par sa liberté reconquise – et son petit frère Nassim.
Une simple haie sépare les deux foyers. Au travers de ce camouflage végétal, les regards, les ondes, les souvenirs, les désirs, les tensions se frayent une troué, s’infiltrent et se propagent. Comme certaines plantes dont Tiphaine maîtrise les moindres potentialités, les humains se montrent toxiques les uns pour les autres, et leurs existences se désagrègent parfois dans un compost putride. Une légère variation, et le fragile équilibre entre les éléments se brise, la digue se rompt, le vernis se craquelle, les masques tombent. Éternel retour. Et c’est par le biais de cette rupture, de ce rappel du sort, que Barbara Abel examine avec finesse des psychologies torturées et des âmes meurtries évoluant dans un quotidien rassurant.
Des maisons jumelles pour des désespoirs en miroir. Et tout le thriller Après la fin (suite de l’opus Derrière la haine paru en 2012) de se révéler une glaçante illustration de son incipit : « Derrière ces façades de respectabilité, des jardins secrets s’étendent de part et d’autre d’une haie, dissimulant sous les déchets de nos vies tourmentées le cadavre d’un passé que l’on tente d’oublier. »
Samia Hammami
Article paru dans Le Carnet et les Instants n°180 (2014)