Adamek, Contes tirés du vin bleu

Tout l’art d’Adamek en sept contes

André-Mar­cel ADAMEKCon­tes tirés du vin bleu, Labor, coll. “Espace Nord”, 2007

adamek contes tirés du vin bleuAprès dix romans écrits depuis 1970, dont un pour la jeunesse en 2002, Retour au vil­lage d’hiv­er, André-Mar­cel Adamek signe un pre­mier recueil de nou­velles, Con­tes tirés du vin bleu. Pour faire patien­ter ses lecteurs – mais aus­si son édi­teur – dans l’at­tente de la paru­tion de son prochain roman retardée pour cause de réécri­t­ure, affirme-t-il dans un demi-sourire. Car l’au­teur du Maître des jardins noirs et de La Grande Nuit, qui a fait mille et un métiers en Wal­lonie et à Brux­elles avant de fonder les édi­tions Mem­o­ry Press spé­cial­isées dans la lit­téra­ture régionale et la poésie, prend son temps. Pour que naisse un sujet l’habi­tant pro­fondé­ment et pour le met­tre en mots. Ce temps passé à polir la phrase, à trou­ver le ton juste, se retrou­ve effec­tive­ment dans la force d’une écri­t­ure jamais bâclée ni, plus bon­nement, relâchée. Cha­cun de ses livres, mul­ti­pli­ant les thèmes et angles de vue, est une pierre sup­plé­men­taire au cœur d’un ensem­ble cohérent et mag­nifique. Une œuvre en majorité pub­liée en Bel­gique où il n’y a rien à jeter et qui fait de son auteur l’un de nos écrivains majeurs. Elle a d’ailleurs été primée à de mul­ti­ples repris­es : le Prix Rossel 1974 pour Le Fusil à pétales, son deux­ième roman, le Prix Jean Macé 1984 pour Un imbé­cile au soleil, le Prix Tri­en­nal du roman de la Com­mu­nauté française 1997 pour L’Oiseau des morts, celui du Par­lement de la Com­mu­nauté française 2000 pour Le Plus Grand sous-marin du monde et, pour La Grande Nuit, les prix Mar­cel Thiry et des Lycéens.
Voici donc un recueil inter­mé­di­aire com­posé de sept con­tes dont qua­tre ont paru dans la presse ou dans des ouvrages thé­ma­tiques, sous une forme légère­ment dif­férente pour deux d’en­tre eux. Un recueil de sur­croît pub­lié dans une col­lec­tion de poche. Opus mineur, alors? Que nen­ni! On aimerait, au con­traire, que tous les livres dits «inter­mé­di­aires» soient de cette qual­ité! Il n’ex­iste pas, aux yeux d’Adamek, de grands et de petits textes, le romanci­er y met une exi­gence et une authen­tic­ité iden­tiques. On retrou­ve ici ce qui fait sa sin­gu­lar­ité, une plongée dans un imag­i­naire si proche de la nor­mal­ité : des his­toires mer­veilleuses, ou oniriques, ancrées dans des univers quo­ti­di­ens, en des temps tan­tôt loin­tains, tan­tôt indéter­minés. De quoi à la fois combler les fer­vents lecteurs de cet écrivain arden­nais et amen­er ceux qui ne le con­nais­sent pas à le décou­vrir plus ample­ment. Il est ques­tion de la recherche d’une tra­duc­tion extrême­ment rare du Can­tique des can­tiques pour le compte d’une femme aveu­gle. D’un gen­til géant qui appau­vrit appau­vrit la région par la démesure de son appétit mais dont il est dan­gereux de pré­ten­dre chang­er la taille car «tout ce qui vient en ce monde est utile un jour où l’autre». D’une oie par­ti­c­ulière­ment néfaste qui tient son pro­prié­taire sous sa dom­i­na­tion. D’un red­outable drag­on sur­gi des marais qu’af­fronte un forg­eron, Georges de Nimy, et qui, indi­recte­ment, don­nera nais­sance au Doudou mon­tois. Ou encore de la hargne féroce d’un garde-chas­se à l’é­gard d’un vigneron, qui les per­dra l’un et l’autre. Et tou­jours, c’est un regard lucide et généreux sur notre con­di­tion d’homme qui finit par se décal­quer de ces his­toires. Dans l’un des réc­its les plus authen­tique­ment fan­tas­tiques – à la demande du Seigneur, un homme con­stru­it une arche en rassem­blant des dizaines d’e­spèces ani­males dif­férentes –, le trait se fait plus aigu­isé à l’é­gard de notre pays. «Vous n’ig­norez pas, Seigneur, se désole le pau­vre bougre en but à de mul­ti­ples tra­casseries admin­is­tra­tives, qu’en ce beau pays con­damné à bien­tôt dis­paraître, on ne peut chang­er la couleur de son mou­choir sans y être autorisé par une légion de bureau­crates et de censeurs.»

Cette pique mor­dante, et bien vue, est excep­tion­nelle dans une lit­téra­ture entière­ment tournée vers l’hu­main. «Il m’in­téresse au pre­mier chef, com­mente Adamek. Je le place dans un univers créé de toutes pièces et je le regarde réa­gir en le pro­je­tant dans des sit­u­a­tions imag­i­naires. Le recours au fan­tas­tique est par­fois une sym­bol­ique.»

Michel Paquot


Arti­cle paru dans Le Car­net et les Instants n°147 (2007)