Adamek, Retour au village d’hiver

Adamek, fidèle à lui-même

André-Mar­cel ADAMEK, Retour au vil­lage d’hiv­er, Labor, coll. “Zone J”, 2002

adamek retour au village d'hiverAndré-Mar­cel Adamek est un auteur qui a du méti­er. Il ne révo­lu­tion­nera pas l’his­toire du roman, mais ses ré­cits solide­ment char­p­en­tés, aux per­son­nages forts, se lisent au min­i­mum sans déplaisir — et prob­a­ble­ment n’est-ce pas si fréquent. Si Adamek a le mérite de ne pas ennuy­er, c’est peut-être qu’il aime les héros — des êtres en quête d’eux-mêmes, qui veu­lent accom­plir seuls le chemin vers leur iden­tité, leur passé, leur famille, ou vers une vérité qui les aide­rait sim­ple­ment à vivre ou à sur­vivre ; des indi­vidus qui ne craig­nent pas de s’établir dans la marge car leur répug­nent le confor­misme et la facil­ité. Son dernier roman, Re­tour au vil­lage d’hiv­er, s’in­scrit claire­ment dans cette veine et séduira le pu­blic ado­les­cent auquel il est plus par­ti­c­ulière­ment des­tiné.

Gilles Barnier n’a pas con­nu son père, Jean-Bap­tiste, dis­paru lors d’une ran­don­née en mon­tagne alors que son fils n’é­tait âgé que de deux ans. Durant toute son en­fance, il n’a cessé de rêver à ce père absent, dont il ne sait rien de pré­cis, hormis qu’il fab­ri­quait des vio­lons minia­tures et qu’il aimait l’hiv­er et la tran­quil­lité — hormis encore, peut-être l’es­sentiel, que les por­traits de lui ne le mon­traient pas, qu’il y ap­paraissait « le regard obturé par un bat­te­ment de cil ou le vis­age baigné d’une lumière floue ». Après sa dis­pari­tion, la mère de Gilles s’est instal­lée en ville et, dix ans plus tard, a épousé Mar­tin, un archi­tecte qui fait, pour le jeune garçon, fig­ure d’in­trus, d’en­ne­mi, d’homme avec lequel aucune con­cil­i­a­tion n’est pos­si­ble. Aus­si Gilles vit-il une ado­les­cence émail­lée de con­flits, qu’é­claire seule la présence de Flo­ri­anne, la fille de Mar­tin, qui devien­dra peu à peu une con­fi­dente, une amie. A l’ap­proche des dix-huit ans, et alors que sa mère vient de mou­rir, Gilles décide de pass­er la Noël à Val­daine, le vil­lage mon­tag­nard où ses par­ents séjour­naient l’hiv­er, et d’en­quêter sur son père incon­nu. D’une ren­con­tre à l’autre, il appréhen­dera une réal­ité assez dif­férente de celle qui avait nour­ri ses songes d’en­fant et d’ado­les­cent. Il fera aus­si la con­nais­sance de Nora, la fille des auber­gistes de Val­daine. Celle-ci four­nit à l’écrivain la pos­si­bil­ité de com­pos­er un beau per­son­nage de déclassé, qui est à la fois toute laideur et toute beauté, et qui charmera Gilles par sa douceur, sa dis­cré­tion bien­veil­lante : « Elle avait sur­gi d’on ne sait où pour lui deman­der, d’une voix claire et mélodieuse, s’il souhaitait du café, du thé ou du choco­lat. Il leva les yeux sur elle et demeu­ra un instant stupé­fait. Il Une sorte de nae­vus géant lui cou­vrait la moitié droite du vis­age, s’é­tendait en une bour­sou­flure noirâtre entre l’œil et la com­mis­sure des lèvres. Son pro­fil gauche, d’une beauté boulever­sante, ne pou­vait atténuer l’ef­fet sai­sis­sant de cette dis­grâce. » Gilles pour­ra-t-il quelque chose pour Nora ? Décou­vri­ra-t-il ce qui est ad­venu à son père ? Qui l’aidera, de façon déci­sive, dans sa quête ? Lau­re, la bibliothé­caire ? Gré­goire, le berg­er ? Ou le jour­nal­iste local, M. Mon­ge ? C’est ce que le lecteur ap­prendra au terme d’une intrigue dont le dénoue­ment n’of­fre guère de sur­prise. Par ailleurs, la psycho­logie des per­son­nages se mon­tre par­fois fort rudi­men­taire, et la moti­va­tion de leurs actes reste vague. En out­re, la plu­part des adju­vants que l’au­teur de La fête inter­dite place sur la route de Gilles sont des soli­taires, qui ont choisi de demeur­er en re­trait du monde — ce qui tend à faire de la soli­tude des protago­nistes un tic de nar­ra­tion par­mi d’autres. S’il con­stitue néan­moins un roman ini­ti­a­tique d’hon­nête fac­ture, Retour au vil­lage d’hiv­er me laisse donc un peu sur ma faim.

Lau­rent Robert


Arti­cle paru dans Le Car­net et les Instants n°124 (2002)