Alexis Alvarez Barbosa, Exercices de chute

Poésie rock and roll

Alex­is ALVAREZ BARBOSA, Exer­ci­ces de chute, Arbre à paroles, coll. “iF”, 2014

alvarez barbosa exercices de chuteLes « exer­ci­ces de chute » sont une suc­ces­sion de courts poèmes décalés, délurés, dés­abusés avec des frag­ments de prose poé­tique tout aus­si allumés. Le poète se fait plaisir, il ose tout, ou presque. Il s’oppose claire­ment à une poésie trop « clas­sique » et ce qu’elle déclenche : « attention/ vous lisez/ de la poésie/ vos paupières/ sont lourdes/ les mots/ sont/ soporifiques/ mais vous êtes/ sopori­fiques ».

Désen­chan­té, il s’interroge sur le sens de la vie quo­ti­di­enne avec un pen­chant affir­mé pour le nihilisme. Il bous­cule le lecteur, les mots choi­sis étant sou­vent triv­i­aux. C’est une poésie de la con­tra­dic­tion, l’auteur oscil­lant sans cesse entre des moments plus pro­fonds : « je passe sou­vent tout près du lan­gage » et un cynisme drôle et cinglant « mes yeux / ne regar­dent / que moi/ mes limites/mes lunettes ». Sa langue peut être méchante «viens/ on sera/ juste toi/et moi/et tous les voyeurs/ assis dans le sofa ». Mais, ses textes sont  aus­si frag­iles, déli­cats, blessés « N’oublie pas que les rêves, pour la plu­part, finis­sent par éclater tout douce­ment, comme des coc­cinelles sous le pouce ». Sans ver­nis, le monde du poète n’est ni beau ni gen­til. Il n’est pas lisse. Il n’est pas doux. Il s’écaille et il l’écrit : « Je me suis levé pour frap­per le mur et qu’en sor­tent les lézards ». L’écriture d’Alexis Alavez Bar­bosa, c’est un ton sin­guli­er, des mots justes et per­cu­tants à la lec­ture. Des mots glauques qui sec­ouent. Qui font mal. C’est rock and roll, ça sonne. Ça choque. Ça ren­tre dans la tête. C’est un auteur avec une vraie sen­si­bil­ité, et c’est son pre­mier livre. Apprêtez-vous à avoir le ver­tige. Au creux de la noirceur, il y a cette ques­tion sans réponse et qui appelle, peut-être, d’autres textes à venir : « Qui décrit des cercles/ au-dessus de nos têtes ? ».

Mélanie Godin


Arti­cle paru dans Le Car­net et les Instants n°181 (2014)