Hubert Antoine, Tohu-bohu et brouhaha

Un vacarme amical

Hubert ANTOINE, Tohu-bohu et brouha­ha, Le cormi­er, 2013

antoine tohu bohu et brouhahaExilé au Mex­ique depuis quelques années, Hubert Antoine nous avait habitués à de jubi­la­toires recueils de poèmes en prose, loufo­ques et légers. Le présent recueil, moins assour­dis­sant que ne l’an­nonce son titre, scelle ses retrou­vailles avec le vers libre. Dans cette forme égale­ment s’ex­prime l’in­ven­tiv­ité d’un auteur qui parvient à mari­er humour et pro­fondeur comme à pass­er sans hia­tus du sourire au ric­tus.

Ce recueil se divise en cinq sec­tions aux inti­t­ulés exo­tiques et fes­tifs : tabou, tout bas, bahut, haro et ha, ha, soit une approx­i­ma­tion d’ana­gramme du titre sur le mode de l’al­litéra­tion. Les poèmes en sont var­iés, tous dédi­cacés à la manière d’une offrande, sans flagorner­ie, à de gens aimés, amis, con­nais­sances ou par­ents, et même à ses édi­teurs (Ver­he­sen, Chenot et Tes­sa).
Bien sûr, on ne croira pas trop Hubert Antoine, quand, par­lant de son écri­t­ure, il récuse l’in­flu­ence sur­réal­iste. Regardez-le embrass­er « les lèvres d’une femme / qui sera pois­son le dimanche / et mer à toute heure » ou not­er d’un front qu’il « fab­rique de la neige / pour con­naître l’in­térieur d’un nuage / et voir les traces du dernier oiseau ». Peut-être finale­ment est-ce plutôt du côté du dandysme dada d’un Paul Neuhuys qu’il faudrait aller voir si vrai­ment on veut lui chercher à tout prix une lignée. Poète habile, magi­cien de la langue, Hubert Antoine nous rav­it en nous lançant au vis­age des per­les à chaque page. Il aime ajuster la musique et la couleur des mots ; il en joue et jamais ne sur­joue. Presque chaque poème, même le plus incon­gru, recèle matière à sourire ou à s’émer­veiller. Au-delà de tout cela, une fois le livre refer­mé, demeure le sen­ti­ment fur­tif et ras­sur­ant, d’avoir partagé l’in­tim­ité d’un artiste de sa vie, à la fois poète et homme, au meilleur de sa forme et de son art, avec qui il doit être bien agréable de partager une crêpe, une gaufre, voire un moment d’ami­tié.

Quentin Louis


Arti­cle paru dans Le Car­net et les Instants n°178 (2013)