Jean Claude Bologne, Le marchand d’anges

Contes de Bologne

Jean Claude BOLOGNELe marc­hand d’anges, Le grand miroir, 2008

bologne le marchand d'angesJean Claude Bologne est par­ti­c­ulière­ment con­nu pour ses essais his­toriques où il explore l’in­tim­ité des généra­tions qui nous ont précédés : His­toire de la pudeur, La nais­sance inter­dite, avorte­ment, stéril­ité, con­tra­cep­tion au Moyen Âge, His­toire du mariage en Occi­dent, His­toire de la con­quête amoureuse, etc. Des ouvrages savants, doc­u­men­tés et surtout très bien écrits. Quand il explore la fic­tion, on ne s’é­tonne donc pas des nom­breuses références dont il la truffe, références à l’his­toire tou­jours mais aus­si aux mythes, aux sym­bol­es, aux légen­des. Le marc­hand d’anges col­la­tionne seize con­tes qui entraî­nent le lecteur dans des univers où le rêve le dis­pute au réel, où les légen­des rivalisent avec les faits his­toriques, où les sym­bol­es s’im­posent aux vérités.

Ain­si de ce con­te métaphorique qui racon­te la des­tinée d’un jeune sculp­teur qui passe par les trois stades d’ap­pren­ti, de com­pagnon, de maître, en tail­lant ses trois pier­res, celles du bon­heur, de la douleur et de la vie. Ou cette his­toire de cheva­lier, de drag­on, de princesse et de roi blessé qui analyse les strates psy­ch­an­a­ly­tiques d’une rela­tion père-fille. Dans le même ordre d’idées, la ques­tion de la mémoire, de la trans­mis­sion intergénéra­tionnelle est au coeur de plusieurs réc­its dont l’un prend sa source dans la savane africaine, preuve que les lieux et les épo­ques sont bien représen­tés dans le recueil. D’autres, comme la nou­velle-titre, font preuve d’un sens du mer­veilleux peu com­mun à notre époque davan­tage sen­si­ble à l’hy­per­réal­isme en lit­téra­ture. Un éro­tisme de bon aloi et un rien polis­son pointe le bout de son nez dans «Ce que la femme apprend à l’homme». Les temps moyenâgeux revi­en­nent aus­si à plusieurs repris­es, l’oc­ca­sion de met­tre en scène des moines et moinil­lons con­fron­tés à des armadas de dia­bles et dia­blotins. On ne s’é­ton­nera pas que la thé­ma­tique du secret tra­verse nom­bre de ces textes, soit qu’elle se coule dans un univers sym­bol­iste, soit qu’elle flirte avec le fan­tas­tique. Le style, quant à lui, est par­ti­c­ulière­ment soigné et reflète le soin que l’au­teur apporte à trouss­er ses phras­es.

Plus que jamais, Jean Claude Bologne man­i­feste à tra­vers ces con­tes qu’il s’in­scrit dans le mou­ve­ment de la Nou­velle fic­tion, mou­ve­ment qui prône le retour à une totale inven­tiv­ité lit­téraire par le recours à des per­son­nages du passé et de la mytholo­gie, traités en toute lib­erté imag­i­na­tive. Nou­velle fic­tion dont, à notre con­nais­sance, Jean Claude Bologne est le seul représen­tant belge à se réclamer, et à tout le moins le plus sig­ni­fi­catif. S’y ral­lient en France des auteurs comme Jean-Luc More­au, Marc Petit, Frédérick Tris­tan, Hubert Had­dad et, bien sûr, Georges-Olivi­er Château­rey­naud. Quant à Alain Absire, l’actuel prési­dent de la SGDL, il appa­raît de manière cocasse dans le dernier texte qui joue à envoy­er des clins d’yeux com­plices à ceux qui ont pu côtoy­er un artiste aus­si anachronique et fasci­nant que Cor­nelius Farouk.

Michel Tor­rekens


Arti­cle paru dans Le Car­net et les Instants n°151 (2008)