Ghislain Cotton, Le passager des Cinq Visages

Fatale attraction

Ghis­lain COTTON, Le pas­sager des Cinq Vis­ages, Weyrich, 2012

cotton le passager des cinq visagesMaxime Cordier est jour­nal­iste et son regard est accroché par les titres des infor­ma­tions judi­ci­aires qui font état de l’incarcération de Romain Bal­agne, un avo­cat mon­tois qu’il a jadis con­nu. À l’époque, ce fort en gueule l’avait frap­pé par son audace, son anti­con­formisme. Mais à vrai dire, son nom ravive chez Cordier un autre sou­venir plus vif encore : celui de Tina Con­stan­ti­ni, la superbe épouse de l’avocat dont il était lui-même tombé amoureux.

Dès ce moment, une force irré­sistible l’attire vers Mons et il met tout en œuvre pour revoir la belle Ital­i­enne. D’abord en ren­con­trant Bal­agne à la prison de Mons. Et quand ce dernier lui pro­pose de s’installer chez eux pour tenir com­pag­nie à Tina et jouer aux échecs avec elle, rien ne le retient plus. Ce qu’il ignore encore, c’est que la mai­son de la rue des Cinq Vis­ages est au cen­tre de ten­sions et drames aux­quels il va se trou­ver mêlé. Dans ce jeu rela­tion­nel aux inter­ac­tions mul­ti­ples et à la ten­sion crois­sante, Cordier va per­dre ses derniers repères, les faits faisant de lui, par la force de la pas­sion, un témoin et un acteur évi­dent. Le per­son­nage de Bal­agne est certes fasci­nant : séduc­teur de haut vol, attachant, cul­tivé, généreux et rebelle, il aimante ceux qu’il croise tout en se ren­dant insai­siss­able.

Les faits, ren­dus sous la forme d’un jour­nal qui tente de dire et cherche à com­pren­dre, restent chargés de mys­tères et d‘hébétude. On y retrou­ve une ambiance en demi-teinte, imprégnée de cul­ture musi­cale, livresque et artis­tique, tout à la fois éru­dite et légère, à laque­lle l’auteur nous a habitués. Avec ce sep­tième roman, Ghis­lain Cot­ton donne le meilleur de lui-même : il nous livre un exer­ci­ce bril­lant de brièveté et d’intensité qui laisse le lecteur éton­né en sus­pens, comme au sor­tir d’une con­fes­sion embar­ras­sante.

Thier­ry Deti­enne


Arti­cle paru dans Le Car­net et les Instants n°173 (2012)