Bernard Dan, Le garçon du Rwanda

Nuits d’insomnie

Bernard DAN, Le garçon du Rwan­da, L’Aube, coll. « Regards croisés », 2014

Auteur du remar­qué Livre de Joseph (édi­tions de l’Aube, 2011), le neu­ropé­di­a­tre Bernard Dan pour­suit, par­al­lèle­ment à sa car­rière de médecin et de chercheur, sa tra­jec­toire en lit­téra­ture, avec la pub­li­ca­tion de son deux­ième roman, Le garçon du Rwan­da.

À tra­vers une intrigue foi­son­nante, qui mêle les sou­venirs d’enfance de l’héroïne, l’histoire de sa famille, et les réc­its des pro­tag­o­nistes, le romanci­er nous narre la ren­con­tre entre Esther, philosophe et souf­frant d’insomnie, et Camille, jeune homme d’origine rwandaise, qui tra­vaille dans l’hôpital où Esther est soignée. Cette ren­con­tre, noc­turne, qua­si fan­tas­ma­tique, déclenche chez ces deux soli­taires une envie de se dire l’un à l’autre et de se con­ter leurs his­toires et celles de leurs orig­ines. Et sur l’électroencéphalogramme d’Esther, qui enreg­istre nuit après nuit l’activité de son cerveau, les réc­its de Camille pro­duisent l’effet des rêves – ceux-là mêmes qui se refu­saient à elle jusque-là.

Onirique, écrit dans une langue d’une lim­pid­ité admirable, le roman de Bernard Dan brasse les thé­ma­tiques les plus graves : la tragédie rwandaise, la mal­adie, la judéité, la fil­i­a­tion, la mémoire… sont tour à tour con­vo­quées, mais tis­sent un réc­it lumineux, et empreint d’une cer­taine drô­lerie. Le garçon du Rwan­da se veut d’ailleurs « une his­toire de trans­mis­sion […] de relais, de pas­sage ». La mémoire et le sou­venir, partagés par la parole, créent ici le lien entre les indi­vidus et rassem­blent, l’espace de quelques nuits, des êtres qui se sont croisés for­tu­ite­ment, au gré d’une insom­nie.

Nau­si­caa Dewez


Arti­cle paru dans Le Car­net et les Instants n° 180 (2014)