Serge Demoulin, Le carnaval des ombres

Mès cu s’pass’t‑i lâvâ ?

Serge DEMOULIN, Le car­naval des ombres, Lans­man, 2012, 58 p., 10 €

demoulin le carnaval des ombresLe passé som­meille en nous, les fan­tômes de nos ancêtres nous hantent. La grande His­toire se con­fond sou­vent avec notre his­toire famil­iale et l’ombre de la sec­onde guerre mon­di­ale n’est jamais très éloignée. Nous avons tous un grand-père, un oncle, un frère, un père mort au com­bat ou déporté.

Serge Demoulin se racon­te et revient sur un sujet his­torique mécon­nu : l’annexion des can­tons de l’Est par l’Allemagne nazie en 1940. Orig­i­naire de Waimes, près de Malm­e­dy, Serge étudie au Con­ser­va­toire de Brux­elles. Un soir, dans un bar, il se fait traiter de « Boche » par un cama­rade de classe. Cette réflex­ion déplacée le tour­mente : les can­tons de l’Est, « ces can­tons rédimés », étaient-ils nazis ? Les ques­tions se bous­cu­lent dans sa tête. Devenus citoyens alle­mands, son grand-père et ses oncles ont été enrôlés de force dans la Wehrma­cht. Com­ment résis­ter ? Pourquoi le reste de la Bel­gique est resté silen­cieux lors de cette annex­ion ? Serge ne peut trou­ver répons­es à ses inter­ro­ga­tions auprès de ses par­ents qui n’abordent jamais le passé. Il décide alors d’enterrer cette his­toire. Toute­fois, le passé le rat­trape trois ans plus tard, lors du Car­naval de Malm­e­dy. La fête bat son plein, au rythme des ker­mess­es et de l’alcool. Les déguise­ments les plus fous sont de la par­tie dont celui d’un offici­er de la Wehrma­cht… La mémoire de tous les oubliés de l’Histoire sera enfin hon­orée.

Dans une ambiance de car­naval wal­lon, avec humour, sérieux et déli­catesse, sans provo­ca­tion ni com­plai­sance, Serge Demoulin, prix de la cri­tique du meilleur comé­di­en 2009, rend hom­mage à ses racines, sa région et ses habi­tants. Le car­naval des ombres est son pre­mier texte édité. La pièce, inter­prétée par l’auteur lui-même, a été créée à Malm­e­dy en févri­er 2012.

Émi­lie Gäbele


Arti­cle paru dans Le Car­net et les Instants n°173 (2012)