François Emmanuel, Sept chants d’Avenisao

Quête d’aède 

François EMMANUEL, Sept chants d’Avenisao, dessins d’Anne Leloup, Esper­luète, 2010

emmanuel sept chants d avenisaoComme très sou­vent chez les écrivains qui pra­tiquent tant la prose que le vers, la pro­duc­tion romanesque de François Emmanuel est mieux con­nue que son œuvre poé­tique (excep­tons toute­fois son boulever­sant recueil Porte­ment de ma mère qui a con­nu d’emblée une belle notoriété, encore favorisée par sa réédi­tion dans la col­lec­tion de poche Espace Nord).

Ces Sept chants d’Avenisao sont inspirés par le mythe grec d’Orphée. Cette légende antique, l’une des plus inspi­ra­tri­ces d’œuvres musi­cales, pic­turales et lit­téraires, a con­nu plusieurs ver­sions et développe­ments, mais celle dont s’inspire François Emmanuel est sans doute la plus féconde et la plus répan­due. Ain­si, pour retrou­ver son Eury­dice, Orphée n’hésite pas à descen­dre aux Enfers où son aimée avait été pré­cip­itée par la mor­sure mortelle d’un ser­pent. Hélas, alors que l’aède avait réus­si à charmer les gar­di­ens du séjour des morts et obtenu le retour à la vie d’Eurydice, il nég­lige le fatal inter­dit (de ne pas la regarder avant leur sor­tie des Enfers) et la perd pour tou­jours…
Tan­tôt en de longues phras­es incan­ta­toires, tan­tôt en vers irréguliers, la mélopée de notre mod­erne aède s’élève en sept chants qui « mar­quent le dépouille­ment pro­gres­sif du nar­ra­teur, sa mort peu à peu con­sen­tie, sa tra­ver­sée de pays indéfi­nis, son errance au gré des voix et des présences, jusqu’à cette lumière tant espérée qui scel­la jadis la ren­con­tre », ain­si que le résume fidèle­ment l’éditrice qui, par ailleurs, a enrichi l’ouvrage de dessins sur papi­er calque, offrant ain­si au lecteur par super­po­si­tions suc­ces­sives des jeux de lignes et de couleurs aus­si trou­blants qu’enchanteurs.

Chris­t­ian Libens


Arti­cle paru dans Le Car­net et les Instants n°166 (2011)