Daniel Fano, Henri Vernes & Bob Morane. Une double vie d’aventures

Henri Vernes écrivain

Daniel FANO, Henri Vernes & Bob Morane. Une double vie d’aventures, Castor astral, coll. « Escales des Lettres », 2007

fano henri vernes et bob morane une double vie d aventuresBob Morane a été un déclencheur du goût de la lecture pour un grand nombre de jeunes des années 50 et 60, dont il a marqué l’imaginaire. Certains sont à leur tour devenus écrivains. Des livres ont été consacrés à ce héros, reflet des profonds changements qui affectent une certaine société occidentale, et au phénomène éditorial qu’il représente. Mais on s’est peu intéressé à l’aspect littéraire de ces romans un peu vite étiquetés littérature populaire de grande consommation. C’est cet aspect que Daniel Fano a voulu mettre en évidence dans un livre éclaté en fragments, étrangement sous-titré biographie : entretiens, carnet de notes, témoignages, cahier photos, anthologie d’extraits de Bob Morane mais aussi de préfaces ou d’autres textes. De cet ensemble se dégage par petites touches disséminées un portrait littéraire.
Vernes, c’est d’abord un univers mental, avec des thèmes à forte valeur imaginaire : les ruines, les souterrains, le respect de la nature (et, déjà, la défense de thèses écologiques). Les dinosaures, bien avant le regain actuel; plusieurs témoignages insistent sur l’impact qu’a eu Les chasseurs de dinosaures. Surtout, l’exploitation d’un fonds légendaire, privilégiant le Moyen Âge; au-delà des légendes, c’est tout un esprit inspiré de la chevalerie qui va caractériser les héros, bons ou mauvais, et leurs actions. Le livre contient aussi d’intéressants commentaires de Vernes sur l’élaboration de ses personnages ou sur la difficulté de trouver une fin, nécessairement déceptive, à un roman d’aventures, sur les effets de série, sur les étonnantes conditions de censure avec laquelle il a dû composer. Un écrivain encore aux nombreuses références, qui ne se prive pas de jouer avec les stéréotypes littéraires.

Mais on découvre surtout un auteur amoureux de la langue : utilisateur du subjonctif; extrêmement soucieux de la ponctuation (essentielle à ses yeux dans un récit d’action); soignant spécialement les incipit; revendiquant, à ses débuts, «un style nourri, classique, à la Dumas», où le portrait d’un personnage se fait en quelques mots rapides avant de le laisser s’épanouir dans l’action; attentif, comme Dumas, aux détails de décor, d’atmosphère, car un détail change complètement la recréation mentale que se fait le lecteur; et pratiquant l’humour qui peut être noir ou parfois même de non-sens. Un écrivain!

Joseph Duhamel


Article paru dans Le Carnet et les Instants n°149 (2007)