Francis DANNEMARK, Les agrandissements du ciel en bleu

Blues génération

Fran­cis DANNEMARK, Les agran­disse­ments du ciel en bleu, Robert Laf­font, 1992

Fran­cis Dan­nemark nous avait d’abord emmené en Voy­age il pins d’un titre, pass­er L’hiv­er ailleurs, pour nous con­fi­er Des choses qu’on dit la nuit entre deux villes. Aujour­d’hui, c’est le retour. Et pour­tant, il n’a jamais été aus­si proche de cette lit­téra­ture des trav­ellers-writ­ers dont le suc­cès d’outremer vient croître désor­mais sur le vieux con­ti­nent. Pour eux comme pour lui. — l’imag­i­na­tion, c’est clans la vie qu’il faut la met­tre, et. après, on peu met­tre un peu de la vie dans les livres. De la vie d’une ville, par exem­ple. Les agran­disse­ments du ciel en bien, son dernier roman, fixe des images grandeur nature d’un été sous la pluie, à Brux­elles. Autant dire que les charmes du voy­age y ont per­sisté. Rarement un écrivain a réus­si une si belle évo­ca­tion de la métro­pole: c’est peut-être surtout parce qu’il a su la voir avec ces yeux d’ex­il qu’il prête à son per­sonnage. Théo. « Ce qui m’im­pres­sionne, dit ce dernier, c’est que Brux­elles soit dev­enue une ville inter­na­tionale en si peu de temps. Ce qui me ras­sure, c’est qu’elle est restée très provin­ciale. Para­doxe plein de charme. »  Théo tra­verse la ville, et y lit son passé avec cette tran­quil­lité que donne la souf­france apprivoisée. Sous l’in­spi­ra­tion d’un maître du jazz, ses gestes, ses regards, effleu­rant les choses et les gens sans les juger, respec­tant la triv­i­al­ité de leur quo­ti­di­en, consti­tuent autant de vari­a­tions sur les thèmes désor­mais sou­vent asso­ciés du désir amou­reux et de la soli­tude. Avec ce roman. Dan­nemark s’est fait écrivain de blues.

Sémir Badir


Arti­cle paru dans Le Car­net et les Instants n°72 (1992)