François Weyergans live

François Weyergans

François Weyergans

Désormais les publications du prix Goncourt 2005 porteront la mention François Weyergans, de l’Académie française. Élu en mars 2009, le nouvel académicien sera reçu quai de Conti le 16 juin prochain par Erik Orsenna. Quant à lui, il prononcera ce même jour deux éloges, celui de Maurice Rheims auquel il succède, mais aussi celui d’Alain Robbe-Grillet, élu au fauteuil de ce dernier et décédé avant de l’occuper. Nous l’avons rencontré à Paris, plutôt rieur, enthousiaste, plein de projets, littéraires sans doute, mais aussi académiques : le prochain texte qu’il destine au public devrait bien être un discours en habit vert, élégant à coup sûr, et à la pointe de l’épée dansante de Maurice Béjart. Et, n’en doutons pas, une œuvre originale de plus.

 

D’entrée de jeu, je vous vois d’excellente humeur et malicieux me tendre un volume d’André Gide et cette déclaration liminaire sur la méfiance qu’il a toujours eue à l’égard des interviewers.

Le livre de Gide s’intitule Interviews imaginaires. Ce qui veut dire qu’on n’est jamais mieux servi que par soi-même ! Voici les premières phrases : « Je n’aime pas les interviewers. Bons pour ceux, de quelque profession que ce soit, qui peuvent avoir de grandes et fécondes idées, mais dont le métier n’est pas précisément de les dire. Nous, littérateurs, nous n’avons nul besoin, pour atteindre le public, d’un truchement qui, le plus souvent, travestit fâcheusement notre pensée, fût-ce avec la meilleure volonté du monde. » Je trouve amusant de commencer une interview en compagnie de Gide. Vous avez vu qu’il dit « littérateur », c’est un mot plutôt péjoratif aujourd’hui, mais peut-être déjà du temps de Gide qui se permettait parfois de délicieuses coquetteries. Entretemps, l’interview est devenue un genre, avec ses chefs-d’œuvre, Hitchcock et Truffaut, Francis Bacon et David Sylvester, même si, là, on quitte l’interview pour l’entretien. Et ce sont des livres, pas des articles. Gide a l’air de penser qu’il n’y a que les littérateurs qui échappent au travestissement de leur pensée, mais regardez comme les gens d’image écrivent bien, de nombreux cinéastes, le texte de Fellini sur Rimini, le livre de Josef von Sternberg, et puis Picasso, Giacometti, le Journal de Delacroix ! Et les lettres écrites en français par Van Gogh, c’est un chef-d’œuvre de la littérature française. J’ai beaucoup appris en lisant très jeune les Interviews imaginaires, des réflexions sur le roman, sur le roman qui n’est jamais parfait, contrairement au théâtre de Racine, disait Gide. C’est un livre que j’aurais fait lire à toute ma classe si j’avais enseigné. Gide y rappelle le conte des Mille et une nuits, où un pauvre est invité par un riche marchand à un dîner somptueux. Le menu est extraordinaire, mais les assiettes resteront vides. Le nom des plats, annoncés par le marchand, remplace les plats eux-mêmes. Le mendiant est nourri de mots. Je suis en train de vous parler à bâtons rompus.

Vous êtes d’accord avec Gide, ou n’est-ce là qu’un peu de provocation à l’égard des critiques littéraires ?

J’aime lire les interviews des autres, je n’aime pas en donner. Il faudrait nuancer. J’adore les interviews dans les pays étrangers, où la lecture de mes livres n’est pas la même qu’en France ou en Belgique. Ils repèrent d’autres choses. Des pages qui évoquent le catholicisme ne sont pas lues de la même façon dans les pays protestants ou au Japon. Dans l’ex-Allemagne de l’Est, on m’a souvent dit : « Votre enfance catholique me fait penser à la mienne, qui fut communiste. » Quand j’étais à Taiwan, à Taipei et à Kaohsiung, on m’a posé des questions auxquelles je ne m’attendais pas du tout mais je préfère garder ça pour moi et m’en servir comme source d’inspiration pour un chapitre dans mon prochain roman, et ce sera mon personnage Weyergraf qui répondra. Vous voyez, c’est un des problèmes que j’ai avec les interviews : je n’ai pas envie de dévoiler ou gaspiller des choses qui seront la matière première de pages à venir.

Un professeur d’université taïwanais a donné un cours sur moi en ma présence (on me traduisait, bien sûr !) et il a parlé de Kawabata, ça me changeait de Woody Allen ! Il paraît que la traduction chinoise de Trois jours chez ma mère parue en mandarin à Taipei est meilleure que la traduction en chinois simplifié publiée à Beijing. Un sinologue me l’a dit et ce me fut confirmé par une hôtesse de l’air très cultivée, Madame Lin, au cours des treize heures du vol Paris-Taipei sur Eva Air.

Nous ne parlerons pas tout de suite de vos sentiments académiques ou non, mais de la Belgique. Vous êtes le premier écrivain belge élu à l’Académie française. Bernard Gheur, un journaliste et romancier belge de vos amis a écrit à votre propos : « Pas mal de terre belge reste collée à ses semelles. Et l’on peut être sûr qu’il ne se brossera pas les pieds avant d’entrer sous la Coupole. » Dans certains milieux ou en privé vous évoquez volontiers la Belgique et notamment Bruxelles, le lieu de votre naissance où vous aimez parfois séjourner.

Bernard Gheur, on s’est rencontré grâce à une interview ! Il m’a reçu chez lui à Liège. Je connais si mal Liège… Nous sommes très cinéphiles tous les deux. Des titres comme La scène du baiser et Nous irons nous aimer dans les grands cinémas sont formidables. Mais si Bernard m’avait parlé de « terre belge » au téléphone, je lui aurais dit : « Plutôt le pavé bruxellois. » Si terre il y a, ce serait la Provence, la Haute Provence. Je revois de modestes chapelles romanes au milieu des champs de thym, sans frises ni frontons, mais pas moins solides que le mont Ventoux qui avait, de loin, la même couleur que leurs pierres de taille. J’apprivoisais des lézards, on cueillait des pêches dont le goût s’est perdu. « Vous êtes rhénano-méditerranéen », me disait Pierre Klossowski. J’ai vécu à Bruxelles mon adolescence, cette période de la vie un peu négligée au profit de l’enfance. Ce n’est pas parce que j’y suis né que j’aime Bruxelles : c’est une ville qui n’a pas attendu ma naissance ! Je tournerais volontiers un film documentaire sur elle, comme Manoel de Oliveira a tourné Porto de mon enfance. Mais il faudrait reconstruire en studio  le jardin du Mont des Arts, tel qu’il était avant la construction de cet ensemble quasi mussolinien dont fait partie la Bibliothèque royale où l’étudiant que je fus découvrit avec ferveur tant d’ouvrages qu’il ne pouvait pas s’acheter. Je pense à toutes les librairies qui ont disparu. Ce qui a surtout disparu, ce sont les heures que j’y ai passées. Thème connu… Heureusement, il y a de merveilleuses librairies aujourd’hui à Bruxelles, quel que soit leur nombre de mètres carrés, de Chapitre XII à Tropismes, de Filigranes à La Licorne ; La Licorne qui se trouve un peu loin, chaussée d’Alsemberg, mais loin de quoi, finalement ? Et la librairie d’occasions boulevard Adolphe Max où je trouve toujours des livres épuisés sur le cinéma. Autres disparitions, des salles de cinéma, des hôtels ! Mais tant qu’on a l’hôtel Métropole, tout va bien. L’équipe de tournage de mon film Couleur chair habita l’hôtel Métropole pendant tout l’été 1976, Bianca Jagger, Veruschka, Anne Wiazemsky, Dennis Hopper, Laurent Terzieff, Roger Blin… La chambre que j’occupais, sublime, a disparu, c’est devenu une salle de réunion. Mais ils ont très bien restauré le bar. Et mes sœurs et moi avons fêté au Métropole l’anniversaire de notre mère l’année dernière (histoire de vous dire que ma mère va bien !). Mais je ne vais pas vous faire un guide de Bruxelles ! Chaque fois que j’y reviens, je fais un petit pèlerinage place Rouppe, où se trouvait jadis la gare du Midi. C’est là que Verlaine a tiré sur Rimbaud. Connaissez-vous le texte de l’examen médical de Verlaine en prison, reproduit dans les années 80 pour la première fois par Françoise Lalande, avec description du pénis et de l’anus de l’auteur des Fêtes galantes, de « Votre âme est un paysage choisi… » ? C’est à Bruxelles que Rimbaud et Lautréamont choisirent de se faire imprimer, ce n’est pas rien ! Cela dit, Victor Hugo fut expulsé de Belgique par le gouvernement de l’époque. Et puis la Grand-Place sera toujours la Grand-Place, n’est-ce pas ? Une place de cette importance sans édifice religieux, c’est plutôt rare et agréable. À Bruxelles, j’achète des cahiers Atoma made in Belgium. Je m’en servais à la fin de mes études et on en fabrique toujours. Leur reliure, que je suppose brevetée, est très pratique. 

D’autres souvenirs abondent. Vous pouvez parler longuement de l’enseignement chez les jésuites, dont vous avez gardé une mémoire très vive, que vous avez utilisée dans certains de vos romans, comme Franz et François, par exemple. Des lieux vous ont marqué durant ces années de votre adolescence, de vos premiers apprentissages.

J’ai fait mes « humanités gréco-latines » dans deux collèges, Saint-Michel et puis Saint-Boniface. C’est là que j’ai appris que Louis XIV avait fait bombarder la Grand-Place ! On ne le dit pas en France, ça. Mon professeur de troisième latine s’appelait Monsieur Lahaye. Je mets son nom quand un ordinateur pose la question secrète au cas où on oublierait son mot de passe : « Votre professeur préféré. » Il m’a écrit lorsque j’ai publié mes premiers livres. Il disait être fier de moi. Dans les années 80, j’ai rencontré à Tokyo un autre de ses anciens élèves et nous lui avons envoyé une carte postale. Il mourut peu de temps après, je crois. Pendant un cours de français, je m’étais disputé avec lui à propos de Cocteau, sans savoir qu’un demi-siècle plus tard ce serait l’exemple de Cocteau qui me pousserait à me présenter à l’Académie française ! L’Expo 58 a été très importante. J’ai eu dix-sept ans pendant cette exposition, j’ai découvert des films, des peintres, des êtres humains exceptionnels : ce serait une belle séquence pour mon film, avec reconstruction du pavillon américain et de la fresque de Saul Steinberg. Le stabile de Calder, transfuge de ce pavillon, s’est retrouvé, lui, entre l’ancien Old England et la nouvelle Cinematek. Et si on parlait de Venise, la ville où je suis allé le plus souvent ? Il n’y a pas que Bruxelles ! De toute façon, j’aime toutes les villes où je vais, c’est une chance, c’est peut-être dû à une curiosité que je considère comme un instrument de travail…

Que pensez-vous de la Belgique actuelle ? Quel est aujourd’hui votre sentiment à l’égard de votre pays ou de votre ville d’origine, des relations entre communautés et des problèmes présents en général ?

Alors là, je tiens beaucoup à dire le plus grand bien de la vie intellectuelle en Flandre. Déjà, en 1967, c’est la télévision dite flamande, la BRT, qui m’a commandé un film d’une heure sur Baudelaire, à l’occasion du centième anniversaire de sa mort. J’ai pu tourner avec un chef opérateur et un ingénieur français. Mon titre était Baudelaire is gestorven in de zomer. Il y a deux ou trois ans, j’ai fait des lectures en français, surtitrées en néerlandais, dans une dizaine de théâtres, de Brugge à Hasselt, de Knokke à Gent, à Sint-Niklaas, à Aalst, à Mechelen et dans l’extraordinaire théâtre Bourla d’Antwerpen, en compagnie de confrères néerlandophones, Anne Provoost, Bernard Dewulf entre autres. Et même à… Brussel ! Je logeais à Anvers, on y rentrait tous les soirs en minibus. C’était organisé par l’étonnant Luc Coorevits, l’inventeur de Behoud de begeerte et la tournée s’appelait « Saint Amour Vlaanderen ». Saint Amour, c’est à cause du vin de Bourgogne ! Chaque soir, je lisais en français devant un public en or, plutôt jeune et extrêmement attentif, dans des théâtres qui étaient complets. Il y avait un partage de rires et d’émotions, une complicité forte. Ces soirs-là, elle était aux oubliettes, la malsaine frontière linguistique. Là encore, je voudrais me servir de cette tournée, ces dix jours incroyables, dans un roman. Si je vous en parle davantage, ce sera moins intériorisé, moins mystérieux pour moi. Pour rester du côté néerlandophone de cette frontière linguistique utilisée de la pire des façons, laissez-moi ajouter que je m’intéresse de très près, par admiration, au travail de trois peintres dits flamands : Thierry De Cordier, Luc Tuymans et Michaël Borremans. Je vais finir par acheter des dessins de Thierry De Cordier.

Mais il fallait à l’époque quitter Bruxelles, « monter » à Paris ? C’était irrésistible?

N’oubliez pas que ma mère et donc la moitié de ma famille sont françaises. Un de mes oncles, sociologue, habitait Paris. Et après un passage à l’IDHEC (l’Institut des Hautes Études Cinématographiques), et mes premiers articles dans les Cahiers du Cinéma, je suis revenu un mois à Bruxelles pour y tourner en avril 1961 mon premier court-métrage professionnel en 35 mm, sur un jeune chorégraphe qui s’appelait Maurice Béjart. Avec ce film, j’ai eu un Grand Prix au festival de Bergame, où j’ai rencontré Marcel Duchamp. Le prix, c’était un chèque d’un million de lires, que j’ai reçu en liquide dans une banque lombarde. J’avais vingt ans. Ah, l’Italie ! Qu’est-ce qu’on serait sans l’Italie ? à propos, vous avez vu sur YouTube l’intervention de Riccardo Muti à l’Opéra de Rome ? Il interrompt la représentation d’un opéra de Verdi et s’adresse à la salle, où se trouvait le sieur Berlusconi, pour s’indigner des coupes dans le budget de la Culture. J’avais la chair de poule. Il faut absolument regarder ça.

C’est aujourd’hui le plus parisien des écrivains belges, peut-être celui que l’on attendait le moins, qui va revêtir l’habit vert, porter l’épée et prononcer le discours de circonstance. Peut-on supposer, espérer, en cette occurrence, qu’il s’agira, outre la pratique convenue de l’éloge, d’un objet hautement littéraire et tout à fait personnel ?

Le plus parisien des écrivains belges, où allez-vous chercher ça ? J’ai écrit les trois quarts des cinq cents pages du Pitre à Cannes, à Avignon, à Venise, à Londres, à Munich, à Amsterdam et Macaire le Copte dans une maison de campagne en Sologne. J’ai commencé de rédiger Je suis écrivain à Montréal. J’ai récemment vécu un an en Suisse. Cela dit, j’aime écrire à Paris, où vivent mes enfants et mes petits-enfants, et où sont mes éditeurs. Et puis c’est à Paris que je trouve tout ce dont j’ai besoin, l’amour, l’amitié, les restaurants, centres culturels du monde entier ou presque, la Seine. Pour les restaurants, Bruxelles n’est pas mal non plus. Pour l’amour aussi, j’imagine ! Mais l’adjectif « parisien » ne me plaît pas. Quant à « écrivain belge », c’est un autre dossier, vous en conviendrez… L’Académie française, au moment où nous parlons, je n’y suis pas encore vraiment. On est d’abord élu, et ensuite reçu. Élu en mars 2009, je serai reçu le 16 juin 2011. C’est un peu long, mais de prestigieux confrères ont attendu aussi longtemps, René Clair et Edmond Rostand ! Ce fut long parce que l’Académie devait recevoir quatre ou cinq académiciens élus avant moi. L’habit est prêt, avec les broderies de feuilles d’olivier, c’est agnès b. qui l’a fait. Les essayages m’ont passionné,  Agnès ne laissant passer aucun détail, elle a l’oeil ! à propos d’oeil, elle m’a même suggéré de changer de lunettes. La réception, c’est surtout un discours. Il sera fini à temps puisque la date est arrêtée. C’est comme au théâtre, il s’agit d’être prêt pour la première (mais là, il n’y aura qu’une seule représentation). J’aimerais participer aux séances du dictionnaire, trouver les exemples. Le dictionnaire de l’Académie ne cite pas d’exemples tirés des grands auteurs : les exemples sont anonymement rédigés par les membres de la Commission du Dictionnaire. Il y a aussi l’épée. Dans un geste à la fois sentimental et réfléchi, je reprendrai l’épée de mon ami Maurice Béjart, qui fut membre de l’Académie des Beaux-Arts. Je préfère que cette épée continue de vivre plutôt que de m’en faire faire une, avec de prétendus symboles de ce qu’on appellerait mon œuvre. J’ai fait graver les lettres de l’alphabet, qui est après tout mon premier instrument de travail ! La mort de Maurice vint mettre fin à plus de quarante ans d’une amitié sans disputes. J’ai eu en novembre 2007 le douloureux honneur d’organiser ses funérailles. Elles eurent lieu dans un théâtre plutôt que dans une église. Vous savez peut-être qu’il est d’usage de former un Comité d’Honneur qui parraine en quelque sorte le nouvel académicien. Pierre Bergé m’a fait l’amitié d’en être le président. Des amis écrivains ont rejoint ce Comité : Doris Lessing, Martin Amis, Amos Oz, Mario Vargas Llosa… La ministre de la Culture et de l’Audiovisuel de la Communauté française, Fadila Laanan, en est aussi. Et j’ai ajouté le nom de dissidents chinois, qui sont… disons injoignables : leurs amis m’ont dit que cela pouvait leur rendre service. L’avocat Chen Guangcheng, par exemple, qui a défendu des femmes contraintes d’avorter à six, sept mois de grossesse ou plus, touchant à une zone taboue du pouvoir chinois : le planning familial. Sorti de prison fin 2010, il est en résidence surveillée depuis.

Outre la préoccupation immédiate de votre réception prochaine et de vos premières participations aux travaux académiques, vous êtes surtout l’écrivain que l’on apprécie, que l’on traduit dans le monde entier. Quel(s) lendemain(s) vous préparez-vous, quels projets, quels nouveaux livres vous habitent ? Sans oublier les voyages, sans quoi vous ne seriez pas vous-même, et le cinéma auquel vous souhaitez revenir ?

Quand je voyage, ça me nourrit. J’aime écrire dans les avions, je ne me suis jamais plaint qu’un vol soit trop long. Je déteste entendre le pilote annoncer que l’atterrissage va bientôt commencer. Les turbulences ne me font plus peur depuis une vingtaine d’années. Je suis un claustrophobe guéri ! Cela dit, pour écrire sérieusement, je reste assis à la même table pendant des mois. Un désordre se crée autour de cette table, qui devient peu à peu un ordre, dans l’amoncellement des papiers, des stylos, des dictionnaires, des carnets de notes, des clés USB qu’on ne retrouve pas… J’ai deux livres pratiquement terminés, il y a encore un peu de montage à faire, intervertir l’ordre de certains paragraphes, en suivant le plus précieux des conseils, donné par Mme de Sévigné : dans un récit, toujours l’effet avant la cause. Écrire est une chose, publier est une tout autre activité. Et j’ai un scénario de film que j’essaie de ne pas trop « écrire » mais de bien construire. Le cinéma s’adresse davantage au système nerveux, plus directement que la littérature. Je voudrais essayer très vite la nouvelle caméra Canon, une sorte d’appareil photo qui filme ! J’en ai parlé l’autre jour avec Mathieu Amalric qui s’en est servi pour son film Tournée. On demande aux écrivains s’ils utilisent un stylo ou un ordinateur, on ne demande pas aux cinéastes avec quelle caméra ils ont travaillé. Eh bien voilà, chère Jeannine Paque, merci de ne pas m’avoir posé de questions sur la vision du monde qui se dégagerait de mes romans !

Jeannine Paque


Article paru dans Le Carnet et les Instants n° 167 (2011)