Xavier HANOTTE, Derrière la colline

Entre 14 et 18

Xavier HANOTTE, Derrière la colline, Belfond, 2014 ; Xavier HANOTTE et Claude RENARDLes anges de Mons, Fondation Mons 2015, 2013

La guerre 14-18 a été, dès son premier roman et avant la mode contemporaine, une source d’inspiration importante pour Xavier Hanotte. Deux publications y reviennent.

Les anges de Mons est un très bel album dans lequel les superbes dessins de Claude Renard donnent un relief particulier au scénario et aux textes de Xavier Hanotte. Comme souvent chez l’écrivain, deux récits s’entremêlent étroitement. En août 14, le soldat Newman participe à la bataille de Mons et voit les anges venus protéger la retraite des troupes britanniques. Les couleurs qu’utilise Cl. Renard pour cette partie du récit servent bien l’effet merveilleux de l’apparition dans le ciel d’été.

En novembre 18, le temps – et les dessins – sont gris : quatre années d’horreur ont laminé l’espoir. Newman est mort, non sans avoir eu le temps de se confier au lieutenant Watkins. Aimanté par la cathédrale Sainte-Waudru, celui-ci y découvre une étrange statue. Est-ce là l’ange de Mons ? Tout ne devient-il pas « étrange dans ce monde déréglé» ? Une dernière visite à Mons quelques années plus tard renforce l’hésitation sur le sens de ce qui s’est passé là.

Par ailleurs, Belfond réédite Derrière la colline. Là aussi, le récit est double. Et un raccourci s’opère dans le temps, entre 1916, l’offensive britannique sur la Somme, et 1948, un moment de la vie d’un survivant. Et le roman s’articule autour de l’étrange mémorial de Thiepval. Dans l’édition originale, un bref épisode final situé dans les années 1990 confirmait certaines hypothèses d’interprétation du roman. Cet appendice a été supprimé, laissant au lecteur la liberté d’imaginer. Par contre, une belle préface de Philippe Claudel a été ajoutée, qui s’interroge sur cette « constance obstinée » à revenir sur ces quatre années terribles. Lui qui, dans Les âmes grises, réfléchit aussi sur ce
qui se passe « derrière la colline ».

Joseph Duhamel


Article paru dans Le Carnet et les Instants n° 180 (2014)