Henri Vernes, Bob Morane : L’ombre Jaune 3

Bob Morane, toujours jeune

Hen­ri VERNES, Bob Morane : L’Om­bre Jaune 3, Lefrancq, Coll. « Vol­umes », 1992

vernes bob morane l'ombre jaune 3Ils sont aujour­d’hui grand-pères, les jeunes lecteurs qui, en 1953 déjà, dé­cou­vraient émer­veil­lés La Val­lée infer­nalele pre­mier (et désor­mais mythique) épisode des aven­tures d’un baroudeur nom­mé Bob Morane.

Beau­coup ont gardé la secrète nos­tal­gie de ces superbes illus­tra­tions de Pierre Jou­bert qui, longtemps, ornèrent les cou­ver­tures cha­toy­antes des vol­umes alors pub­liés par les Edi­tions Marabout de Verviers. À la fail­lite de ces dernières, ce furent successive­ment la Librairie des Champs-Elysées, la Bib­lio­thèque Verte et le Fleuve Noir qui, par­fois sans grande con­vic­tion, accueil­lirent Hen­ri Vernes. En dépit d’adap­ta­tions en ban­des dess­inées, la plu­part des réc­its deve­naient introu­vables et Bob Morane sem­blait con­damné à un in­juste mais inéluctable oubli lorsqu’avec bon­heur les Edi­tions Lefrancq prirent le re­lais en 1992. Avec un réel dynamisme. À ce jour, 22 titres ont paru, alter­nant réédi­tions et inédits (le dernier en date de ceux-ci, Le Réveil de Kukul­ka, est sor­ti de presse en oc­tobre dernier).

Quar­ante ans ! Quar­ante ans qu’inlassable­ment Bob Morane et son insé­para­ble com­père Bill Bal­lan­tine, mod­ernes héros de ro­mans d’aven­ture, sil­lon­nent le globe. Homme libre et maître de son des­tin, ce pieux cheva­lier met son énergie et son désir de jus­tice au ser­vice d’autrui. Entière­ment dés­in­téressé, il aban­donne volon­tiers à d’autres la gloire et le fruit de ses com­bats. N’hési­tant pas à ris­quer sa vie pour de nobles caus­es, il sat­is­fait par la même occa­sion son appétit de dépayse­ment, sa volon­té de con­naître le vaste monde. Il est double­ment heureux lorsqu’il réus­sit à vain­cre et les puis­sances occultes du Mal et sa pro­pre peur.

Mon­sieur Ming, alias l’Om­bre Jaune, est son enne­mi n°1 (étant à notre ami de pa­pier ce que Lady est à Buck Dan­ny ou Mon­sieur Choc à Tif et Ton­du). On le pré­tend vieux de plusieurs siè­cles, immor­tel (mais que n’af­firme-t-on pas à son pro­pos ?). Ce qui est cer­tain, c’est qu’il fait ré­gner un cli­mat de ter­reur là où il passe. De 1959 à 1990, Mon­sieur Ming et Bob Morane se sont livré, 32 épisodes durant, une lutte âpre ayant pour enjeu le sort de l’hu­man­ité.

Reprenant les sept épisodes les plus récents de cet impi­toy­able duel (on se plaît à espé­rer qu’ils ne seront pas les derniers), le pré­sent vol­ume clôt la réédi­tion du Cycle de l’Om­bre Jaune.

L’on fris­son­nera, l’on trem­blera à la lec­ture de ces pages.

Agent du Ser­vice de ren­seigne­ments alliés pen­dant la guerre 1940–1945, grand voya­geur devant l’Eter­nel, Hen­ri Vernes a accu­mulé au fil des ans une abon­dante docu­men­ta­tion, visu­al­isé les décors qu’il utilise pour la rédac­tion de ses romans. C’est ain­si qu’il a déjà pro­duit quelque 180 titres mê­lant aven­tures à dom­i­nante poli­cière, es­pionnage et antic­i­pa­tion. Les con­nais­seurs apprécieront tout particu­lièrement la post­face et la minu­tieuse bi­bliographie dues à Michel Eloy. Gageons que nos ado­les­cents éprou­veront autant de plaisir que leurs aînés à la lec­ture de ces réc­its, par­fois si décriés, mais si pal­pitants !

Michel Tack


Arti­cle paru dans Le Car­net et les Instants n°86 (1995)