Les temps de Bob Morane

Évo­quer Bob Morane, c’est évo­quer la ren­con­tre de l’imaginaire d’un écrivain et de celui de la jeunesse, une ren­con­tre dont l’intensité sur­prit Hen­ri Vernes lui-même, et entraî­na un suc­cès foudroy­ant pour les édi­tions Marabout dès la paru­tion de La val­lée infer­nale en 1953. D’instinct, l’écrivain savait sen­tir les aspi­ra­tions de son pub­lic, capter dans l’air du temps ce qui pou­vait le fascin­er.

Un panorama du monde et de la littérature

Si la pre­mière qual­ité de Bob Morane – et la prin­ci­pale source de ses ennuis – est la curiosité, celle-ci se reflète dans le car­ac­tère par­ti­c­ulière­ment éclec­tique des aven­tures dans lesquelles il se jette ou se laisse entraîn­er. Générale­ment, une série de lit­téra­ture pop­u­laire est asso­ciée à un genre (polici­er, aven­ture, fan­tas­tique, fan­ta­sy…), à une époque ou à un con­texte géo­graphique et his­torique dans lequel évolue son héros. Ces cadres définis­sent son iden­tité et la relient à un lec­torat poten­tiel qui con­naît les codes d’un genre, le type de pro­tag­o­nistes qui le car­ac­térisent, les topos qui jalon­nent ses intrigues… Ces codes, le lecteur aime les retrou­ver et, plus encore, les voir détournés et réin­ven­tés. Or, Hen­ri Vernes n’a pas choisi cette voie pour dévelop­per sa série. Bob Morane sem­ble, au con­traire, vouloir tou­jours sub­ver­tir les fron­tières qu’elles soient tem­porelles, spa­tiales ou génériques. Il dif­fère ain­si du Nick Jor­dan d’André Fer­nez, autre série phare de la col­lec­tion Marabout junior, pub­liée de 1959 à 1968, qui s’inscrit dans le genre du roman d’espionnage et dans l’univers de la guerre froide. Au con­traire, le lecteur de Bob Morane ne s’étonne pas de pass­er, d’un roman à l’autre, d’une jun­gle africaine à un château du Moyen Âge, d’une aven­ture par­faite­ment réal­iste à des univers étranges, du polar à la sci­ence-fic­tion la plus débridée. La série offre ain­si un panora­ma de tous les gen­res pos­si­bles de la lit­téra­ture pop­u­laire et de jeunesse. Elle sem­ble inviter les lecteurs ado­les­cents à élargir sans cesse l’horizon de leurs lec­tures. Le plus éton­nant est que cette diver­sité ne nuise pas à l’identité de la série, une iden­tité pro­fonde qu’atteste son suc­cès s’étalant sur cinq décen­nies.

Les dangers du pas

Avec un héros pilote d’avion et grand reporter pour le mag­a­zine Reflet, les pre­miers Bob Morane s’inscrivent dans la veine des aven­tures exo­tiques. De la Papouasie à l’Égypte, des jun­gles brésili­ennes aux savanes du Cen­tre-Afrique, des Antilles à l’Arabie ou au Pôle Nord, sans oubli­er l’Asie qui, de l’Inde à la Chine, nour­rit l’imaginaire d’Henri Vernes et son goût pour le mys­tère, les aven­tures de Bob Morane offraient la clef du monde à des lecteurs en quête d’évasion, à une époque – les années 50 – où le tourisme n’avait pas encore ren­du les con­trées loin­taines acces­si­bles au plus grand nom­bre. Le héros de la RAF, recon­ver­ti en décou­vreur de tré­sors et sauveur d’innocents, réal­i­sait les rêves d’une jeunesse qui voulait tourn­er la page de la guerre et voy­ait s’ouvrir devant elle une ère nou­velle, celle des Trente Glo­rieuses.

bob morane masque de jade.jpgCes aven­tures amè­nent, tout d’abord, Morane à se con­fron­ter au passé de l’humanité que représen­tent les peu­ples dits « prim­i­tifs ». Il se révèle un citoyen du monde qui exècre le sen­ti­ment de supéri­or­ité des Occi­den­taux vis-à-vis de ceux qu’ils con­sid­èrent comme des sauvages. S’il est con­fron­té à des peu­plades qui men­a­cent de le tuer, il ne les con­sid­ère jamais comme ses enne­mies. Il com­prend que leurs com­porte­ments vio­lents et par­fois cru­els sont dic­tés par un mélange de croy­ances religieuses et de peurs ances­trales dont ils sont pris­on­niers et qu’il faut accepter[1].

Quant à leur hos­til­ité à l’égard de l’homme blanc, Bob doit recon­naître qu’elle n’est pas sans fonde­ment. La véri­ta­ble bar­barie est, pour lui, du côté des « civil­isés » qui méprisent les « sauvages », des explo­rateurs sans foi ni loi qui vien­nent les déranger, volent leurs tré­sors, pro­fa­nent leurs idol­es et n’hésitent pas à les mas­sacr­er avec leurs armes mod­ernes.

Si, pour l’explorateur, s’enfoncer au plus pro­fond des jun­gles équiv­aut à pénétr­er dans une machine à remon­ter le Temps pour revenir aux orig­ines de l’humanité et ques­tion­ner le sens de l’évolution, d’autres dan­gers mon­tent du gouf­fre de l’Histoire. Morane est ain­si sou­vent amené à décou­vrir au fil de ses voy­ages qu’un pan du passé a con­tin­ué à vivre clan­des­tine­ment en marge du présent qu’il gan­grène au point de ris­quer de pren­dre le pou­voir sur lui. Ain­si la con­frérie des Thugs que tous croy­aient dis­parue se révèle-t-elle exis­ter encore dans La mar­que de Kali (1956) et être prête à ren­vers­er le frag­ile équili­bre de la république indi­enne pour ramen­er les maharad­jahs au pou­voir en ravi­vant les con­flits eth­niques. L’histoire du Masque de jade (1957) présente un cas extrême de ces anom­alies tem­porelles. Bob y décou­vre qu’une société secrète a survécu plus de deux mil­lé­naires à ce qui aurait dû être sa fin. Il revient alors à l’aventurier de clore cette par­en­thèse tem­porelle d’un coup de gong qui mar­que le point final d’une his­toire qui n’aurait jamais dû être, mais a par­a­sité le cours de siè­cles à coups de crimes, de chan­tages et de ter­reur.

Tout au long de la série, la fas­ci­na­tion exces­sive pour le passé ou la dette éprou­vée envers lui peut engen­dr­er bien des folies et men­er des hommes à leur perte. On ne compte plus les for­bans qui, emportés par l’ivresse qu’engendre un tré­sor, oublient toute pru­dence et meurent ou finis­sent mutilés au moment où ils pen­saient enfin le pos­séder. Par­fois, l’obsession pour le passé tourne à la mal­adie men­tale. Dans L’île du passé (1970), Bob est ain­si pris dans le piège anachronique créé par un mil­liar­daire que son goût de l’Antiquité a poussé à fonder une nou­velle Rome, dont il est l’empereur de pacotille. La résur­gence du passé prend un tour plus trag­ique dans Le secret des Mayas (1955) où une pop­u­la­tion d’Indiens tente de faire revivre la civil­i­sa­tion des Mayas dont ils con­ser­vent pieuse­ment l’héritage. La résur­rec­tion du passé se révèle cepen­dant impos­si­ble : le fil de l’Histoire a été coupé trop longtemps et trop vio­lem­ment. Les Lacan­dons n’ont gardé de l’histoire qu’un enfer­me­ment mor­tifère et, s’ils ont rejeté le monde mod­erne, ils lui ont sub­sti­tué la super­sti­tion et la crainte qu’inspirent les dieux anciens. Bob Morane tente en vain de les ramen­er à la rai­son tem­porelle, mais il assiste à la répéti­tion absurde de l’Histoire puisqu’ils renon­cent à vivre dans le lieu où les derniers Mayas ont atten­du leur tré­pas.

Ce roman est révéla­teur de la manière dont l’archéologie nour­rit de nom­breuses aven­tures. Bob Morane y appa­raît comme un héros qui tente de ramen­er des pans du passé à la sur­face du présent et d’arracher des hommes et des peu­ples à la sec­onde mort qu’est l’oubli pour leur don­ner la place qui leur revient dans la grande et douloureuse aven­ture de l’humanité. Bob ne se con­tente en effet pas d’être un homme d’action, il répond à l’idéal human­iste d’un homme uni­versel chez qui le développe­ment du corps est mis au ser­vice de l’esprit. Ain­si, ne manque-t-il jamais d’aller pren­dre con­seil chez des savants avant de se lancer dans une aven­ture et saisit-il tou­jours l’occasion de les escorter dans leurs mis­sions sci­en­tifiques périlleuses. L’archéologie lui donne surtout l’occasion de méditer sur la mort et la des­tinée. Ceci explique que Morane soit un étrange décou­vreur de tré­sors qui sou­vent, au lieu de faire con­naître les ves­tiges du passé, devient le gar­di­en de leur secret. Ain­si fait-il le ser­ment au dernier des Musus de ne jamais révéler l’emplacement de la cité mythique per­due au milieu de la jun­gle pour la préserv­er des pilleurs et des curieux (Sur la piste de Faw­cett, 1954). Le passé n’est ain­si sou­vent mis à jour que pour être réen­seveli.

Dans son atti­tude par rap­port au passé, Morane s’oppose aux chas­seurs de tré­sors qui ne voient que la valeur matérielle des objets anciens et non leur valeur humaine, mais il peut aus­si être en désac­cord avec les archéo­logues qui ne voient que leur valeur sci­en­tifique et veu­lent les expos­er dans des musées. Ne vaut-il pas mieux les laiss­er là où les hommes ou les hasards de l’histoire les ont placés ? Tout au long de la recherche de la momie dans La galère engloutie (1954), Bob s’interroge sur le bien-fondé d’une telle entre­prise et se demande si arracher la défunte aux fonds marins qui sont son tombeau depuis des mil­lé­naires n’est pas un manque de respect. Il est alors fréquem­ment celui dont la mis­sion est de remet­tre à leur place des tré­sors que d’autres ont trou­vés pour calmer le passé ou éviter d’en réveiller les blessures mal cica­trisées (La mar­que de Kali ; L’œil de l’émeraude, 1957).

Par­fois, le passé his­torique et ses tré­sors fab­uleux se mêlent en let­tres de sang au passé famil­ial de jeunes gens et pèsent sur eux comme une men­ace. Il revient alors à Morane de jouer les pères de sub­sti­tu­tion pour leur ren­dre leur héritage, con­jur­er la malé­dic­tion liée au passé et les pro­téger des dan­gers qu’il entraîne dans le présent (Échec à la main noire, 1957 ; La couronne de Gol­conde, 1959…).

Les troubles de l’actualité 

Le passé par les ves­tiges qu’il laisse ou les sociétés secrètes qui s’y attachent n’est pas le seul ter­rain d’aventure de Bob Morane. Le présent avec ses ten­sions poli­tiques lui four­nit quan­tité de dan­gers à affron­ter et de peu­ples à sauver. Hen­ri Vernes veille toute­fois à ne jamais ancr­er trop pré­cisé­ment ses his­toires dans une actu­al­ité, ce qui ris­querait de les dater. Bob déjoue ain­si les plans de puis­sances étrangères, dont l’identité est sous-enten­due, en les empêchant de pren­dre pos­ses­sion de ressources naturelles comme le pét­role (La cité des sables, 1956). Le dou­ble vol­ume des Dents du Tigre (1958) reflète quant à lui l’angoisse d’une troisième guerre mon­di­ale dans laque­lle Morane reprend du ser­vice dans l’armée de l’air pour vain­cre un dic­ta­teur asi­a­tique et ramen­er la paix.

bob morane henri vernes

Hen­ri Vernes — © Thier­ry du Bois

Les ten­sions de l’époque se reflè­tent égale­ment dans des aven­tures d’espionnage lorsque Bob doit empêch­er que des décou­vertes sci­en­tifiques ou des armes tombent dans les mains d’organisations ter­ror­istes ou de gou­verne­ments enne­mis. Il sauve ain­si la ville d’Anvers de l’explosion d’une bombe nucléaire minia­ture (L’espion aux cent vis­ages, 1960). Il doit égale­ment livr­er bataille à l’organisation Smog et à l’espion Roman Orgonetz. Celui-ci est un caméléon qui évolue d’un présent à l’autre, sous des iden­tités mul­ti­ples pour ven­dre ses ser­vices au plus offrant en se sou­ciant seule­ment de son intérêt. Son physique flasque et sans formes est à l’image de sa per­son­nal­ité.

Bob Morane peut aus­si jouer les espi­ons à con­di­tion que la cause soit juste, par exem­ple pour infil­tr­er, pour le compte des États-Unis ou des ser­vices de ren­seigne­ment français, une base secrète (Oasis K ne répond plus, 1955 ; Les mangeurs d’atomes, 1961) ou men­er l’enquête pour démas­quer un traître (Mis­sion pour Thulé, 1956). Bob Morane n’est cepen­dant pas Nick Jor­dan ou Kim Carnot, le héros de Jacques Legray dont les aven­tures pub­liées, elles aus­si, chez Marabout se car­ac­téri­saient par la com­plex­ité et le réal­isme d’intrigues géopoli­tiques inspirées par l’actualité. Con­traire­ment à eux, Bob n’aime pas être en mis­sion pour le compte d’un gou­verne­ment. Tout au plus accepte-t-il d’agir en éclaireur pour la police dans L’Ombre Jaune (1959) ou se rend-il compte que tel est le rôle qu’on lui a fait jouer dans La mar­que de Kali. À l’opposé, il se trou­ve par­fois dans le rôle du sus­pect traqué par les forces de l’ordre. Ain­si, le lecteur est-il plongé dans La riv­ière de per­les (1963) dans une ambiance de polar où Bob n’a d’autre solu­tion pour se dis­culper que de men­er l’enquête afin de trou­ver les coupables.

L’ancien com­man­dant, qui aime répéter qu’il ne com­mande plus rien, est au fond de lui un lib­er­taire qui n’agit pas par idéolo­gie et encore moins par patri­o­tisme. Il s’identifie à la race des cheva­liers errants qui ten­tent de sec­ourir la veuve, l’orphelin et les opprimés. Bob se trou­ve naturelle­ment du côté des peu­ples qui se bat­tent pour leur lib­erté et ten­tent de repren­dre pos­ses­sion de leur présent et de leur avenir en sec­ouant les tyrans qui les oppri­ment (L’héritage du fli­busti­er, 1958 ; Les com­pagnons de Dambal­lah, 1958…). Mais il est aus­si là pour défendre le jeune prési­dent du Pérou, men­acé par un coup d’État qui vise à réin­stau­r­er la dic­tature (Tem­pêtes sur les Andes, 1958). Bob Morane se dis­tingue, dans ces cir­con­stances, par sa force de con­vic­tion. Il est celui qui rend l’espérance et réveille l’envie de se révolter chez ceux qui n’en ont plus la force ou qui pensent qu’il n’est pas pos­si­ble de chang­er le cours des événe­ments, comme les esclaves résignés à qui Orgonetz fait cul­tiv­er de l’opium (La fleur du som­meil, 1957) ou le peu­ple que le roi Zog a lit­térale­ment réduit au silence (Le maître du silence, 1959).

Il faut toute­fois not­er une évo­lu­tion dans la série. Les attentes des ado­les­cents des années 1970 n’étaient en effet plus celles des jeunes gens des années 1950 et Hen­ri Vernes en prof­i­ta pour faire évoluer les aven­tures de son héros en leur don­nant des accents de la Série noire qu’il affec­tion­nait. Les Bob Morane dev­in­rent plus som­bres ; leur cadre, plus réal­iste ; leur style, plus direct et dia­logué, épicé d’expressions pop­u­laires ou argo­tiques. Le per­son­nage de Morane se mon­tre alors plus dur, mais surtout il sem­ble per­dre cer­taines de ses illu­sions dans un univers où la dis­tinc­tion du bien et du mal devient floue. Dans Piège au Zacadal­go (1972), lui qui venait aider le fils d’un ami et pen­sait per­me­t­tre à un peu­ple de se libér­er, se rend compte qu’il est le jou­et d’une manip­u­la­tion où le pou­voir et ses opposants marchent main dans la main. De même, Guéril­la à Tum­ba­ga (1975) jette un regard som­bre sur les révo­lu­tion­naires. Cette veine des romans de Bob Morane sem­ble annon­cer la série des Don qu’Henri Vernes lancera dans les années 1980 sous le pseu­do­nyme de Jacques Colom­bo. Don est un Bob Morane qui aurait été vain­cu par le cynisme ambiant dans un monde où il n’est plus pos­si­ble d’élire un idéal. Il se laisse entraîn­er dans une surenchère de vio­lence, de meurtres et de sexe qui l’enchaînent de plus en plus, comme s’il était inca­pable de se rebeller con­tre un Des­tin qui le mèn­era tôt ou tard à la mort après qu’il l’a semée aux qua­tre coins du globe. La com­para­i­son de l’aventure de Bob Morane Panne sèche à Ser­a­do (1973) avec celle de Don L’ange de Man­agua (1983), qui reposent sur des scé­nar­ios iden­tiques, révèle la dif­férence de per­spec­tive entre les deux séries. Si Bob est pris par erreur pour un tueur à gages dans un imbroglio poli­tique, Don est un véri­ta­ble tueur et là où le Bob Morane se finit sur une note opti­miste avec le rétab­lisse­ment de la république, l’épilogue du Don sem­ble mon­tr­er qu’il est illu­soire de ten­ter de sec­ouer le car­can du présent pour l’ouvrir sur un futur plus désir­able. Seule la fuite est pos­si­ble, une fuite per­ma­nente qui trans­forme la vie en une suc­ces­sion absurde d’instants. Bob Morane tente au con­traire tou­jours de don­ner au présent la dynamique d’un sens, celui de l’espoir.

La science-fiction : Bob Morane gardien du Temps

Les aven­tures de Bob Morane peu­vent aus­si se con­juguer au futur. En tant qu’ingénieur et pilote de chas­se, Bob Morane s’intéresse aux tech­nolo­gies nou­velles. Il est cepen­dant un homme para­dox­al dans sa rela­tion au pro­grès, à la fois curieux et méfi­ant : « Notre ami Bob, fit sir George en riant, ne rate jamais une occa­sion de pester con­tre la civil­i­sa­tion, lui l’homme des avions à réac­tion, l’homme plus rapi­de que le son… »[2].

Bob Morane est un écol­o­giste dans l’âme à une époque où l’écologie n’était pas au cen­tre des préoc­cu­pa­tions. L’exploitation aveu­gle des ressources naturelles et le mas­sacre des espèces ani­males font par­tie des reproches que cet amoureux des grands espaces et de la vie sous toutes ses formes, surtout les plus sauvages, fait à la civil­i­sa­tion mod­erne[3]. Dès sa pre­mière aven­ture, il est même ten­té de retrou­ver dans la jun­gle une vie plus sim­ple au rythme de la nature[4].

Par sa cri­tique de la civil­i­sa­tion et son atti­tude para­doxale vis-à-vis du Pro­grès, Bob se rap­proche éton­nam­ment de deux de ses enne­mis les plus red­outa­bles, Ming et Le Tigre, Jules Labor­de. Ming, le maître de la Vieille Chine[5], s’affiche en effet en enne­mi de la moder­nité. De même, le Tigre veut exter­min­er la pop­u­la­tion de la Terre pour ren­dre la planète à nou­veau vierge et pou­voir la recolonis­er avec un petit groupe d’élus qui y fonderont une civil­i­sa­tion de paix, plus proche de la nature. Bob, s’il se sur­prend à être en accord avec cer­taines de leurs cri­tiques, ne peut accepter leurs procédés ter­ror­istes. Il relève l’hypocrisie de Ming qui retourne le Pro­grès con­tre lui-même et se sert des tech­nolo­gies les plus avancées pour faire revenir les hommes à un mode de vie passé. Il est plus indul­gent envers Labor­de qui est lui-même une vic­time de la sci­ence. Il lit dans les con­tra­dic­tions de son utopie géno­cidaire la schiz­o­phrénie d’un être qui, par les capac­ités cog­ni­tives dont il a été pourvu, anticipe les décou­vertes des siè­cles à venir, mais est sans cesse ramené à l’instinct prim­i­tif de l’animal. Dans un geste de rédemp­tion, Labor­de fini­ra par sauver l’humanité des pro­jets de Ming, grâce à sa sci­ence, avant de revenir à sa vie ini­tiale de clochard inof­fen­sif se lais­sant dériv­er à la sur­face du présent.

bob morane 2Le dan­ger d’une sci­ence qui devient l’instrument des fan­tasmes de toute-puis­sance des hommes vis-à-vis de la nature et de la vie est un des fils con­duc­teurs de la série. Bien longtemps avant Juras­sic Park, Hen­ri Vernes imag­ine les rav­ages que pour­rait engen­dr­er le clon­age d’une espèce dis­parue – en l’occurrence le mam­mouth (Les géants de la Taï­ga, 1958). Les buts du pro­fesseur Ille­vitch sont certes nobles – résoudre le prob­lème de la famine –, mais sa ten­ta­tive de vio­l­er les lois du Temps ne peut qu’entraîner la cat­a­stro­phe. Si les utopistes peu­vent se révéler de red­outa­bles appren­tis sor­ciers, Morane croise le plus sou­vent sur sa route des savants fous qui cherchent dans la sci­ence le moyen d’assouvir leur méga­lo­manie. Le pre­mier d’entre eux est le doc­teur Semenof (Les faiseurs de déserts, 1955) qui, après avoir voulu sauver l’humanité grâce à des céréales biologique­ment mod­i­fiées, envis­age de la détru­ire au moyen d’un virus de son inven­tion qui détru­it la végé­ta­tion. Hen­ri Vernes antic­i­pait ain­si, dès le milieu des années 1950, les débats autour des OGM et l’angoisse d’une guerre bac­téri­ologique.

Le monde tech­nologique de Bob Morane appa­raît, dans les pre­mières années de la série, à la pointe de la moder­nité, mais tou­jours par­faite­ment plau­si­ble. Ain­si, le satel­lite de Mis­sion pour Thulé précé­dait-il d’un an le lance­ment de Spout­nik. L’aventure s’inscrivait dans une course tech­nologique qui han­tait l’imaginaire de l’époque et lui don­nait une réso­nance sup­plé­men­taire. Il n’en va pas de même de la machine à voy­ager dans le Temps du pro­fesseur Hunter (Les chas­seurs de dinosaures, 1957). La sci­ence devient alors un moyen d’élargir le périmètre des aven­tures du héros et Hen­ri Vernes s’embarrassera de moins en moins du réal­isme des inven­tions qui lui offrent de nou­velles pos­si­bil­ités d’intrigues. Ain­si résout-il l’épineux prob­lème du retour du méchant grâce à un dupli­ca­teur qui per­met à Ming de don­ner vie à un dou­ble chaque fois qu’il est tué.

Les voy­ages dans l’espace et le Temps vont rapi­de­ment créer une série au sein de la série. Dès le huitième vol­ume de ses aven­tures, Les mon­stres de l’espace (1956), Bob Morane est con­fron­té à une créa­ture extrater­restre qui sur­git bru­tale­ment dans le cadre d’une aven­ture précé­dente, La val­lée des bron­tosaures (1955). En écrivant cette ver­sion de La guerre des mon­des en plein Cen­tre-Afrique, Hen­ri Vernes sem­ble vouloir mon­tr­er, alors que le suc­cès de la série va crois­sant, qu’il ne se can­ton­nera pas dans un genre, le roman d’aventures exo­tiques, mais diver­si­fiera ses sources d’inspiration au gré de ses envies. La patrouille du Temps fait son appari­tion deux romans plus tard et va per­me­t­tre de mul­ti­pli­er les pos­si­bil­ités de jeux sur les para­dox­es tem­porels. Ain­si, à la fin des Chas­seurs de dinosaures, Bob se retrou­ve-t-il blo­qué dans une boucle tem­porelle puisque le colonel Craigh le ramène dans le présent au moment où l’aventure a com­mencé. Tout au long de ce cycle, Bob et Bill risquent sans cesse de devenir des « naufragés du Temps »[6] ; ils sont pour­tant les gar­di­ens de son archi­tec­ture et lut­tent con­tre Ming qui veut la per­turber. Celui-ci enferme ain­si Paris dans une cloche spa­tio-tem­porelle pour pou­voir observ­er la dégénéres­cence de ses habi­tants comme on observe des four­mis dans le vase clos d’un ter­rar­i­um. Il essaie aus­si de piller les tré­sors de l’Histoire et de percer ses secrets pour aug­menter sa puis­sance. Il tente en out­re de mod­i­fi­er le passé pour empêch­er le présent de se réalis­er et pren­dre le con­trôle du futur.

Dès son appari­tion, Ming est habité d’un fan­tasme divin. Il veut être le maître du Des­tin, incar­n­er la Fatal­ité pour ses vic­times à qui il fait répéter comme un cré­do : « L’Ombre Jaune est la vie, mais il est aus­si la Mort… il peut sauver l’humanité, mais il peut aus­si la détru­ire »[7]. La pos­si­bil­ité de voy­ager dans le Temps et de s’allier à des puis­sances galac­tiques décu­ple ses ambi­tions. Son désir de pos­séder l’hégémonie sur l’ensemble de l’arc du Temps le pousse même à ten­ter d’égaler Dieu.

En voy­ageant dans le Temps, Morane décou­vre aus­si la con­fir­ma­tion des dan­gers que la tech­nolo­gie fait peser sur les hommes puisque, dans un futur loin­tain, un ordi­na­teur les a réduits en esclavage. Il choisit alors de ne pas respecter les lois de la Patrouille du Temps, qui pre­scrivent de ne pas inter­venir dans le déroule­ment de l’Histoire, détru­it le mon­stre infor­ma­tique et libère le peu­ple des enfants de la Rose qui con­stitue l’utopie d’une human­ité qui, débar­rassée de ses démons, retrou­verait l’innocence des orig­ines.

Au-delà des frontières du réel : l’étrange, le fantastique et la fantasy

Dans son explo­ration du Temps, Morane ne se lim­ite pas au con­tin­u­um spa­tio-tem­porel « ordi­naire », il s’aventure dans d’autres univers et dans des tem­po­ral­ités diver­gentes sans que la logique de la série en soit affec­tée. Si Hen­ri Vernes a été con­fron­té, comme tout auteur d’une série à suc­cès, au risque de l’essoufflement, ce type de roman cor­re­spond à une ten­dance pro­fonde de son imag­i­naire[8], qu’il trou­ve l’occasion d’insuffler dans les Bob Morane des années 1970. Son héros est alors entraîné de plus en plus fréquem­ment aux portes de l’étrange, dans des univers cauchemardesques où il fait l’expérience de phénomènes para­nor­maux. Com­man­do épou­vante (1970) présente ain­si l’exemple d’une aven­ture entière­ment vécue au con­di­tion­nel. Bob s’y trou­ve con­fron­té à des vam­pires ain­si qu’à des per­tur­ba­tions des lois de la physique. Après avoir assisté à la mort de Bill, il est tué à son tour avant de se réveiller et de com­pren­dre que ces péripéties étaient virtuelles. Mal­gré le résul­tat négatif du sim­u­la­teur tem­porel, il décide d’affronter le dan­ger, mais le roman s’arrête au moment où l’aventure va pass­er au présent de l’indicatif ; le lecteur ne saura jamais com­ment elle s’est réelle­ment déroulée.

Si les aven­tures de Bob Morane se prê­tent naturelle­ment à des développe­ments vers l’étrange, c’est parce que les dis­tor­sions tem­porelles et le jeu sur les mon­des par­al­lèles font par­tie de la série dès son orig­ine. Ain­si, dans La val­lée infer­nale, Bob Morane décou­vre-t-il un espace coupé du reste du monde auquel on ne peut accéder qu’en tra­ver­sant la mort sym­bol­isée par les boy­aux du vol­can. Cette val­lée est un par­adis trompeur qui retient ses occu­pants hors du Temps. Bob y ren­con­tre des sol­dats que tous croient morts et qui ne savent pas que la Deux­ième Guerre mon­di­ale est ter­minée. Pour eux, le Temps a cessé de couler et se répète à l’infini dans un espace bouclé sur lui-même. Il revient alors à Morane de les guider pour les recon­duire dans le temps « nor­mal », celui de la vie qu’il menait avant de tomber dans cette val­lée.

Si le con­texte est dif­férent, la fonc­tion du héros est iden­tique dans le cycle d’Anankè (1974–1979). Bob y est plongé dans un « dédale [de] monde[s] parallèle[s] »[9] ou plus exacte­ment de mon­des gigognes qui se déploient en cer­cles con­cen­triques clô­turés par des murailles. Entre celles-ci se déploient des univers aux lois absur­des, où l’écoulement du Temps est déréglé et qui sont peu­plés de créa­tures effrayantes. Si, dès le départ, Bob est ouvert au mys­tère et a fait sienne la phrase d’Hamlet, « Il y a plus de choses sur la terre et dans le ciel, Ora­tio, que n’en imag­ine ta philoso­phie… »[10], les mon­des d’Anankè dépassent tout ce à quoi il pou­vait s’attendre.

La réal­ité de ce monde n’est jamais dis­cutée par les pro­tag­o­nistes et le lecteur ne saura jamais ce qu’est exacte­ment Anankè ni quels sont les maîtres de ce monde. Ce cycle dif­fère par-là d’autres Bob Morane où les phénomènes para­nor­maux trou­vent in fine une expli­ca­tion. Ain­si, dans Le cratère des Immor­tels (1967), Bob décou­vre-t-il au fond de la jun­gle un cratère où un camp nazi sem­ble con­tin­uer à exis­ter anachronique­ment. Le roman qui com­mence comme un mélange d’aventure exo­tique et d’intrigue d’espionnage glisse rapi­de­ment dans l’étrange avant de trou­ver la sci­ence-fic­tion comme point de chute. La répéti­tion inlass­able du même frag­ment de temps s’explique par une machine à pho­to­copi­er le présent qui per­met de sauve­g­arder son image dans une autre dimen­sion de l’espace-temps, mais qui s’est enrayée. Il revient alors, une nou­velle fois, à Bob Morane de bris­er la boucle tem­porelle pour remet­tre le cours du Temps sur ses rails.

Ce besoin de fournir une expli­ca­tion pseu­do-sci­en­tifique en guise d’alibi pour jus­ti­fi­er des man­i­fes­ta­tions étranges se retrou­ve dans La vapeur du passé (1963), mais de manière plus ambiguë. Pour expli­quer com­ment des fos­siles de dinosaures con­servés dans un tem­ple, décou­vert par des archéo­logues en Sibérie, peu­vent repren­dre vie sous l’action d’un mys­térieux brouil­lard vert, Bob avance deux hypothès­es con­cur­rentes qui lui sem­blent plau­si­bles, mais dont aucune n’est absol­u­ment cer­taine. Par­fois, une sit­u­a­tion défi­ant a pri­ori les lois de la logique finit par se révéler n’être qu’un tour de passe-passe. Ain­si, le manège de Ren­dez-vous à Nulle Part (1971) qui sem­ble trans­porter ses occu­pants au beau milieu du XIXe siè­cle n’est-il pas lié à une brèche dans l’espace-temps, mais à une sim­ple mise en scène our­die par le doc­teur Xhatan.

Le pre­mier roman de la série à rester d’un bout à l’autre dans le reg­istre de l’inexplicable est Krouic (1972) où le réel et l’irréel devi­en­nent impos­si­bles à dis­tinguer. Cette hési­ta­tion n’est plus de mise dans le cycle d’Anankè, dont Krouic est une pre­mière esquisse. Dans cette fresque de fan­ta­sy, le sur­na­turel est pleine­ment accep­té, mais la mis­sion de Bob Morane reste la même que celle qu’il avait dès sa pre­mière aven­ture : ramen­er ses com­pagnons sains et saufs dans le monde auquel ils appar­ti­en­nent. Tout au long de la tra­ver­sée des cer­cles d’Anankè, il incite les peu­ples à la révolte con­tre les lois absur­des, il apaise les con­flits immé­mo­ri­aux, sup­prime les lois bar­bares. Cette aven­ture, qui sem­ble s’étaler sur des années, se révèle cepen­dant n’être qu’une abom­inable excrois­sance tem­porelle. Lorsqu’ils parvi­en­nent à échap­per au monde par­al­lèle, Bob, Bill et Flo­rence, se retrou­vent à leur point de départ, quelques instants seule­ment après avoir pénétré dans le pavil­lon de Simon Lusse.

Ce rapi­de sur­vol de la série des Bob Morane mon­tre que son unité réside, en deçà de la diver­sité des gen­res abor­dés, dans des con­ti­nu­ités thé­ma­tiques et dans une éthique de l’aventure qui sous-tend l’action du per­son­nage prin­ci­pal, quel que soit le type des péripéties auquel il est con­fron­té. Bob Morane est un héros pacifi­ca­teur qui com­bat des dérè­gle­ments tem­porels, qu’il s’agisse d’obsessions mal­adives pour le passé, de malé­dic­tions his­toriques, de ten­ta­tives d’appropriation du présent, de mise à sac du futur, de sci­en­tisme fou qui mène droit à l’Apocalypse ou de phénomènes étranges qui ouvrent des tem­po­ral­ités destruc­tri­ces et déviantes. L’éthique tem­porelle de Bob Morane réside dans une forme de mesure face à des enne­mis qui comme Ming cul­tivent l’ubris et veu­lent se ren­dre maîtres du Temps dans toutes ses dimen­sions. Au con­traire, Bob Morane cherche tou­jours à recen­tr­er l’arc du Temps sur un présent vécu dans un mélange de mod­estie et de ténac­ité avec un ent­hou­si­asme per­ma­nent, mais aus­si avec la con­science d’un dan­ger tou­jours latent.

Si Bob Morane croit en une chose, il s’agit de la Fatal­ité qui gou­verne le monde, cette Fatal­ité que les Grecs appel­lent Ananké et les indigènes du Cen­tre-Afrique, « Juju »[11]. Elle régit le Des­tin et sera tour à tour la chance ou l’infortune suiv­ant les cir­con­stances. L’oublier revient à croire que tout est pos­si­ble et mène à la démesure et aux fan­tasmes de l’homme-dieu ; se résign­er, à devancer la mort, comme la vieille dame qui se laisse dépérir dans Le sul­tan de Jarawak (1955) ou les Atlantes qui renon­cent à vivre dans Opéra­tion Atlantide (1956) parce qu’ils pensent que l’Histoire est écrite et que la leur n’a plus de sens et est finie. Entre ces deux impass­es, Bob Morane a choisi une voie médi­ane, celle d’un opti­misme forcené, mais mesuré.

Si l’homme ne peut pas tout, s’il ne maîtrise pas les ressorts ultimes de la For­tune, le Des­tin doit être sans cesse for­cé ; la chance, sol­lic­itée. L’œuvre d’Henri Vernes déploie deux ver­sions com­plé­men­taires et opposées de l’existence : celle de Don qui est du côté de la mort et du nihilisme ; celle de Bob qui est du par­ti de la Vie. La soif d’aventure est, pour Morane, une injonc­tion morale. L’aventure est un état d’esprit avant d’être une per­for­mance physique. Elle est l’expression de la jeunesse, d’une jeunesse qui résiste et n’a rien à voir avec l’âge, mais est une dis­po­si­tion de l’âme. Vivre en aven­turi­er, c’est vivre à l’affût, refuser tout ce qui pour­rait ren­dre l’homme blasé. L’aventure appa­raît alors comme l’hommage que l’homme rend à la Vie, à une volon­té de vivre qui résiste en lui jusque dans la dernière des extrémités.

François-Xavier Lavenne


[1] « La val­lée infer­nale », dans Tout Bob Morane 1, édi­tion numérique, Ananké, 2013, emplace­ment de lec­ture 1619.
[2] « La cité des sables », dans Tout Bob Morane 6, édi­tion numérique, Ananké, 2013, emplace­ment de lec­ture 5587.
[3] « L’Ombre Jaune », dans Le cycle de l’Ombre Jaune 1, édi­tion numérique, Ananké, 2014, emplace­ment de lec­ture 4323.
[4] « La val­lée infer­nale », op. cit., 2142.
[5] Telle est la tra­duc­tion du nom de l’organisation dont Ming est le chef, le Shin Tan.
[6] « Les bulles de l’Ombre Jaune », dans Tout Bob Morane 33, édi­tion numérique, Ananké, 2014, emplace­ment de lec­ture 6796.
[7] « L’Ombre Jaune », op. cit., 2416.
[8] Dans ses mémoires, Hen­ri Vernes révèle le goût qu’il avait enfant pour les réc­its d’épouvante qu’il pou­vait suiv­re dans les jour­naux. Le développe­ment de la veine fan­tas­tique des Bob Morane porte en out­re l’influence de Jean Ray dont Hen­ri Vernes fut l’ami et dont il con­tribua à tir­er l’œuvre de l’oubli. Il lui a con­sacré plusieurs pré­faces ain­si qu’un essai.
[9] « Les caves d’Ananké », dans Tout Bob Morane 47, édi­tion numérique, Ananké, 2015, emplace­ment de lec­ture 4347.
[10] « La val­lée des bron­tosaures », dans Tout Bob Morane 4, édi­tion numérique, Ananké, 2013, emplace­ment de lec­ture 485.
[11] Ibid., 457.


Arti­cle paru dans Le Car­net et les Instants n° 196 (2017)