Serge Noel, Danser avec le diable!

Noir et rose

Serge NOEL, Danser avec le dia­ble !, Edi­tions gaies et Les­bi­ennes – La Ceri­saie, 2014

noel danser avec le diableNoir est le qua­trième roman de Serge Noël, Dan­ger avec le dia­ble !. Noir comme la mort, la nuit (surtout lorsqu’elle est blanche), la vio­lence (sex­uelle, sociale) ; noir comme la mis­ère, la finance, la mal­adie du monde. Noir comme un polar de la Série. Dont il mélange des ingré­di­ents clas­siques (sexe, pou­voir, argent) à d’autres plus con­tem­po­rains (homo­sex­u­al­ité, extrême-droite, trafics humains) pour les servir en nour­ri­t­ure à son écri­t­ure mélan­col­ique.

Noir, enfin, comme la tristesse, celle qui étreint depuis tou­jours le com­mis­saire Brahim Sara­houi, per­son­nage décou­vert dans Un flic ordi­naire (Cylib­ris, 2007). Inspecteur à la crim­inelle dans une pre­mière enquête (un homme d’affaires gay, politi­cien de droite est retrou­vé, sur la plage, la gorge tail­ladée à coups de machette ou de couteau de bouch­er), détec­tive privé dans une sec­onde (un jeune homme plein de sève fréquen­tant « une sorte de franc-maçon­ner­ie homo­sex­uelle de la haute » a dis­paru), Brahim Sara­houi incar­ne ces deux fig­ures du polar d’une façon plus humaine et vac­il­lante qu’héroïque. Ses enquêtes sont faites d’errances intimes et urbaines (ce qui donne à lire de très belles pages sur Brux­elles et Ostende). Il se laisse désta­bilis­er par ce qu’il voit, entend, ressent. Jusqu’à provo­quer le dan­ger. Pour l’enquête certes, mais peut-être et surtout pour affron­ter ses pro­pres démons. C’est ain­si qu’il se lais­sera entraîn­er jusqu’au bout de son être par le leader fasci­nant et fas­cisant d’une secte gay et néon­azie. Mais, sans doute mieux armé émo­tion­nelle­ment que cer­taines vic­times, « curieux de toute human­ité » comme de la sienne, il vivra cette mise en abîme telle une épreuve ini­ti­a­tique, en réus­sis­sant à éviter le néant final. Si le roman de Serge Noël est tein­té d’un noir pro­fond et orageux, il est transper­cé d’éclats de lumière. Il se col­ore même de rose dans son épi­logue. Car durant toutes ces épreuves, Brahim Sara­houi aura été soutenu par Vin­cent, un amoureux retrou­vé qui lui redonne – peut-être – croy­ance en l’amour.

Michel Zumkir


Arti­cle paru dans Le Car­net et les Instants n° 183 (2014)