Jean-Pierre ORBAN, Vera

L’exil et le royaume

Jean-Pierre ORBANVera, Mercure de France, 2014

On connaissait Jean-Pierre Orban pour ses œuvres théâtrales et ses écrits pour la jeunesse. Les lecteurs attentifs savent également qu’il est l’auteur de plusieurs nouvelles, dont un recueil, Chronique des fins, paru en 1989 (éditions Bernard Gilson). C’est pourtant un roman, son premier, que publient cette année les éditions du Mercure de France.

Vera commence dans les années ’30 à Londres. Les parents de Vera, des immigrés italiens, tiennent une modeste boutique à Little Italy. La petite fille est prise entre ses racines péninsulaires et la terre où elle grandit, la seule où elle ait vécu, mais qui la considère toujours comme une étrangère. Elle rejoint les organisations mussoliniennes qui recherchent ardemment de jeunes Italiens expatriés à enrôler : ces dernières lui offriront, pour un temps, un illusoire sentiment d’appartenance et de fierté nationale – avant que Vera donne à son existence une tout autre orientation.

Orban livre une œuvre romanesque ambitieuse, qui se frotte à des thématiques aussi périlleuses que l’identité, l’immigration et le fascisme. En mettant en scène une héroïne italienne dans l’Angleterre de Churchill, l’écrivain trouve un angle d’approche inattendu et évite brillamment le piège des lieux communs, sur des questions pourtant maintes fois abordées. Son évocation de l’époque s’appuie sur plusieurs témoignages : à la fois précise et sans ostentation, elle invite le lecteur à se plonger dans l’histoire de Vera. Là réside certainement la magie de ce premier roman de Jean-Pierre Orban : le sérieux du sujet, la profondeur du propos et la rigueur de la reconstitution du passé n’étouffent à aucun moment le plaisir de raconter une histoire. Ni celui de la lire.

Nausicaa Dewez


Article paru dans Le Carnet et les Instants n° 183 (2014)