Éric-Emmanuel Schmitt, Un homme trop facile

Miroir, mon beau miroir…

Éric-Emmanuel SCHMITT, Un homme trop facile, Albin Michel, 2013

schmitt un homme trop facileÉric-Emmanuel Schmitt alterne l’écriture de romans, pièces de théâtre, nou­velles qui mélan­gent bril­lam­ment le diver­tisse­ment et la réflex­ion. Un homme trop facile con­firme cette règle et affirme sa place au rang des auteurs con­tem­po­rains incon­tourn­ables.

Dans un théâtre parisien, l’effervescence est à son comble : dans une heure, com­mence la pre­mière du Mis­an­thrope. Alex, grand comé­di­en adulé par le pub­lic, se pare du cos­tume d’Alceste, dans sa loge où le chas­sé-croisé des vis­ites n’en finit plus. Il est inter­rompu par Doris, l’habilleuse fort anx­ieuse, Joséphine, sa fille prodigue, la belle Léda, qui joue Célimène, ou encore Odon Fritz, un homme dédaigneux. Alors qu’Alex s’admire dans le miroir, il voit appa­raître le vrai Alces­te, un être hau­tain et élé­gant qui s’exprime en alexan­drins, et avec qui il engage la con­ver­sa­tion. Leurs con­cep­tions de l’amour et de l’humanité diver­gent en tous points : l’un est un lib­ertin qui croque la vie et les femmes à pleines dents, l’autre est un idéal­iste. L’un aime les êtres humains, l’autre n’y voit que per­fi­die et imper­fec­tions. Tout oppose ces deux hommes qui s’affrontent dans de véri­ta­bles joutes ver­bales. Toute­fois, il est une chose qui les rap­proche : la belle Célimène. Lequel des deux aura le dernier mot ?

Cette pièce, qui a été créée en jan­vi­er 2013 au Théâtre de la Gaîté-Mont­par­nasse, revis­ite avec tal­ent Le Mis­an­thrope de Molière. Cette comédie mêle les reg­istres et flirte avec le fan­tas­tique ou encore le polar. De drôles de présages sont décou­verts dans la loge d’Alex. Qui en est l’auteur ? Son suc­cès serait-il jalousé ?

La métrique française clas­sique n’a plus de secret pour Eric-Emmanuel Schmitt qui maîtrise par­faite­ment la langue de Molière. Sa prouesse n’en est que plus admirable face à la prose qu’il dompte avec facil­ité, humour et intel­li­gence. En témoignent, pour notre plus grand plaisir, des dia­logues jubi­la­toires.

Émi­lie Gäbele


Arti­cle paru dans Le Car­net et les Instants n°176 (2013)