Barbara Abel : une petite nouvelle qui tout d’une grande

barbara abel

Bar­bara Abel

Pas­cale Fonte­neau et Nadine Mon­fils ne sont plus les deux seules femmes en Bel­gique à se frot­ter à l’univers du polar. Depuis 2002, il faut compter aus­si avec Bar­bara Abel.

Le pre­mier roman de Bar­bara Abel, L’instinct mater­nel, pub­lié au Masque, a obtenu le prix Cognac 2002. Son deux­ième, Un bel âge pour mourir, paru fin 2003 au Masque encore, a été sélec­tion­né par le jury du prix du roman d’aventure, et est déjà en cours d’adaptation pour le ciné­ma.

Un par­cours explosif pour une œuvre encore jeunette, mais que l’on sent toute prête à nous offrir de beaux développe­ments.

De Bar­bara Abel elle-même nous ne révélerons pas grand-chose, si ce n’est qu’elle a 34 ans, qu’elle est maman, comé­di­enne et roman­iste de for­ma­tion, sim­ple, mod­este et chaleureuse.

Mais quels sont donc les ingré­di­ents qui expliquent le suc­cès ren­con­tré par ses deux romans, prin­ci­pale­ment auprès du lec­torat féminin aux dires des libraires… ?

C’est qu’on y trou­ve du sus­pense, sin­gulière­ment relevé, et des per­son­nages féminins com­plex­es, bour­reaux et vic­times tout à la fois, enfer­més dans leurs fêlures orig­inelles. Face à ces femmes d’une per­ver­sion inimag­in­able, une héroïne un rien pas­sive et dépassée dans L’instinct mater­nel, une autre – tiens, une jeune mère qui se bat pour garder son enfants – net­te­ment plus com­bat­ive et révoltée dans Un bel âge pour mourir.

Les hommes sont quelque peu éloignés de leurs affron­te­ments, si ce n’est sous la forme sym­bol­ique du père ou du mari absent, celui qui détient le pou­voir… et l’argent.

Mais on sent tout cela prêt à évoluer : Un bel âge pour mourir s’inscrit déjà dans une réal­ité sociale plus tan­gi­ble, les émo­tions se nour­ris­sent d’épreuves (juridiques, par exem­ple) remar­quable­ment doc­u­men­tées.

Bref, avec le sens de l’intrigue tout à fait red­outable et l’imagination tortueuse de Bar­bara Abel qui se déploie pleine­ment au fil des mul­ti­ples épisodes, on peut garan­tir au lecteur ama­teur du genre un ren­dez-vous riche en sur­pris­es et rebondisse­ments hale­tants.

abel l instinct maternel

On sera, à regret, moins élo­quent sur le style : cer­taines formes nar­ra­tives nous ont sem­blé ampoulées ou redon­dantes, et des change­ments soudains dans les temps util­isés nous ont par­fois expul­sé du fil du réc­it.

Cela dit, c’est moins à Bar­bara Abel que l’on a envie d’adresser ce reproche qu’à son édi­teur : voilà des intrigues fortes, orig­i­nales et bien cam­pées, qui, pour autant qu’on puisse en juger en deux livres, évolu­ent rapi­de­ment vers plus de réal­isme et une plus grande matu­rité, et on n’a pas jugé utile de leur offrir ce fil­tre essen­tiel qu’est la relec­ture atten­tive et cri­tique. Une lacune – due à la paresse ? ou à une poli­tique d’économie ? – que nous ne pou­vons que déplor­er chez la plu­part des édi­teurs aujourd’hui, qui man­quent ain­si de respect au lecteur et, plus grave encore, de générosité à l’égard de leurs auteurs.

Judith Szwarc


Arti­cle paru dans Le Car­net et les Instants n°132 (2004)