Benoît Jacques : auteur, artiste, auto-éditeur

Benoît Jacques

Benoît Jacques

L’auberge de Tinong Binong, pre­mier vol­ume de l’an­tique Légende de Pioung Fou, vient de paraître aux édi­tions Benoît Jacques Books. On sait peu de chose au sujet de son auteur pré­sumé : il s’a­gi­rait d’un cer­tain Beno Wa Zak, qui vécut en Pala­chine vers la fin de l’ère Glang.  L’honor­able lecteur de cette vénérable épopée est traité avec beau­coup d’é­gard dans le dédale d’une nar­ra­tion rocam­bo­lesque com­men­tée et car­ac­térisée par de folles digres­sions qui auraient réjoui Lau­rence Sterne. Sans doute, les prochains vol­umes racon­teront-ils ce qu’il advint du petit Pioung Fou, scan­daleuse­ment exploité à l’auberge de Tinong Binong et choisi comme héri­ti­er spir­ituel par le vénérable  Ping Lou Bû.  Beno Wa Zak nous est con­nu par un ouvrage très remar­qué au moment de sa pub­li­ca­tion chez Benoît Jacques Books, Wa Zo Kong, écrit dans une langue hila­rante, syl­labique et phoné­tique qu’il faut décrypter pour com­pren­dre les mésaven­tures d’un oiseau peu doué, inca­pable de vol­er, et qui finit bouf­fé par un chat. Si Beno Wa Zak reste mys­térieux en dépit de nos inves­ti­ga­tions, l’éditeur de ses œuvres,  Benoît Jacques, « nav­i­ga­teur soli­taire », est une fig­ure bien con­nue en Com­mu­nauté française Wal­lonie Brux­elles.

Sous le signe de la liberté et du changement

Dans le cat­a­logue de l’exposition Féerie pour un autre livre qui ten­tait de « faire le bilan des ren­con­tres entre l’art et le livre en Com­mu­nauté française de Bel­gique pour la péri­ode allant de 1985 à 2000 », Benoît Jacques qui entrelace art graphique et créa­tion poé­tique, com­mu­ni­ca­tion visuelle et richesse textuelle, décon­struc­tion-recon­struc­tion du lan­gage, audace formelle et var­iété des sup­ports, expli­quait quelle était sa démarche zigza­gante :

J’ai un foulard qui me bande les yeux. Et j’avance. Oui, mais je n’avance pas vite. Et puis, je n’avance pas du tout en ligne droite. Sou­vent aus­si, sans m’en ren­dre compte, je tourne sur place, ou je fais quelques pas de côté. Par­fois même je recule. Et aus­si, très sou­vent et c’est très drôle, je me cogne ou je me casse la figure…Or, phénomène étrange, tout ceci ne me décourage pas. J’ai tou­jours envie d’avancer. 

Et il est bien vrai que l’artiste ne cesse d’avancer. À l’aveuglette peut-être, mais surtout en toute lib­erté ! Rai­son pour laque­lle Benoît Jacques évite de con­fi­er ses œuvres à de grandes struc­tures édi­to­ri­ales. Certes, il y a bien eu Vir­gule, texte de Véronique Fleurquin (1994), chez Syros, La Genèse, tra­duc­tion de Lemaître de Sacy  (1995), aux édi­tions du Chêne, Elle est ronde (1997), chez Albin Michel, Louisa (2001), à L’École des loisirs, et quelques autres… Mais, à chaque fois, il a eu le sen­ti­ment d’être dupé ou bridé. Une excep­tion cepen­dant, L (2010) pub­lié par L’Association, dans le plus grand respect de son auteur. Ce  jour­nal de crise à visée presque thérapeu­tique, dess­iné avec rage et pas conçu pour être pub­lié, dit, sous forme de BD muette, les souf­frances et le cha­grin dus à une rup­ture amoureuse. Il dit égale­ment la ter­ri­ble lutte con­tre la soli­tude.

Aus­si, Benoît préfère-t-il « exis­ter dans la marge », et par­courir les chemins de tra­verse. Lui con­vient par­ti­c­ulière­ment la petite édi­tion où l’on peut créer en dehors de toute visée com­mer­ciale et où la sin­gu­lar­ité la plus incon­grue est per­mise. Ain­si, en est-il de Plan S inté­gral (2005), superbe carte à dépli­er, un titre paru aux édi­tions Bruno Robbe de Frameries, et de Au Jardin (2005), pub­lié par le Petit Jau­nais, à Nantes, suite lith­o­graphique imprimée en deux couleurs, reliée par une ficelle écrue. Presque du brico­lage. Un livre qui ferait penser à un assem­blage fou de feuil­lets de dimen­sions var­iées, fait par un enfant en âge d’école mater­nelle, qui n’a pas encore inté­gré les codes imposés. Il arrive d’ailleurs à Benoît, qui assume pleine­ment sa matu­rité d’adulte, de se deman­der s’il a jamais quit­té l’école mater­nelle !

Mais surtout, avec les exi­gences qui sont les siennes, choix du for­mat, de la reli­ure, des papiers, de la cou­ver­ture, de la typo, du type d’impression, Benoît a été amené à s’autoéditer. Qu’il pub­lie ses pro­pres textes et ses dessins ou qu’il édite des textes d’autres auteurs accom­pa­g­nés de ses images.

Si vous lui deman­dez com­bi­en de titres il a pub­lié, comme il est « nul en cal­cul », il ne pour­ra vous répon­dre. Beau­coup, beau­coup ! Il est vrai que cer­tains d’entre eux ne comptent que quelques pages et de mini for­mat : 16 pages, pour la col­lec­tion « Brins de livres ».

Impos­si­ble par ailleurs de com­pren­dre com­ment Benoît Jacques peut men­er de front autant d’activités. À ses dizaines de livres, ses nom­breux « flip book », du Chap­er­on rouge à The Tem­pest d’après Shake­speare, il faut ajouter les cen­taines et cen­taines de dessins qu’il a dis­per­sés dans la presse inter­na­tionale, The Guardian, The Times, The Sun­day Times, The Observ­er, The Sun­day Express, The Tele­graph, The New York Times, The New York­er, Die Zeit, Vogue Ger­many, Elle France, Elle Alle­magne, Elle Ital­ie, Cos­mopoli­tan, Le Monde, Libéra­tion, Le Mag­a­zine Lit­téraire, Lire, Téléra­ma, Le Soir, El Pais ou dans des mag­a­zines tels que Je Bouquine.

De plus, par-delà les affich­es, les logos, l’édition, la gravure, la pein­ture, l’écriture, la poésie, Benoît Jacques  sculpte, tra­vaille le métal, le bois, la terre, et, même, le lin et le fil de coton. Il crée des instal­la­tions et réalise des per­for­mances. En 2001, il installe à La Véner­ie de Boits­fort, ses « planch­es », des dessins à l’encre de Chine sur lames de cagette. Pour la Foire inter­na­tionale du livre pour la jeunesse de Bologne, en 2007, lorsque notre Fédéra­tion Wal­lonie-Brux­elles était l’invitée d’honneur, il se fait ébéniste et présente ses livres dans un petit meu­ble bib­lio­thèque à l’image de la « petite édi­tion ».  À Liège, en 2008, au Musée d’Ansembourg, il expose les broderies réal­isées avec Hari­zo Rako­toma­la à la suite d’un séjour à Mada­gas­car. Pour l’expo « Toy Comix » au Musée des Arts déco­rat­ifs de Paris, en 2008, il mon­tre une série de jou­ets volants, des para­chutistes en terre cuite et des anges en bois avec des ailes en plumes de poulet. Il appelle ça : Poudre d’anges. En 2009–2010, il investit le château de Blandy-les-Tours. Artiste en rési­dence, il y crée le Lab­o­ra­toire des Ecri­t­ures Pro­liférantes et y reçoit amies et amis pour le plus grand plaisir du pub­lic, Natali Forti­er, Goele Gewan­kle, Jean-Vin­cent Senac, José Par­ron­do, Lau­rent Grisel, Chris­t­ian Ros­set… On a pu revoir, à cette occa­sion, son extra­or­di­naire chat géant « Chari­vari » (1995) – (bois, métal, objets en terre cuite et livres) – et son « Bateau fan­tôme » (2000) – (bois de cagette, toile, fil de fer, dessins à l’encre de Chine). Pour le Salon du Livre et de la Presse jeunesse de Mon­treuil, en 201l, sur le thème du cirque, il imag­ine « funam­bu­li­bili », six funam­bules far­felus qui tra­versent l’espace … Incroy­able Benoît.

Repères bio-bib­li­ographiques

Chaque fois que la cri­tique française fait écho à l’œuvre de Benoît Jacques, elle com­mence par rap­pel­er que Benoît est belge, comme pour jus­ti­fi­er sa sin­gu­lar­ité.

Né à Brux­elles en 1958, il a fait ses études à l’Académie des Beaux Arts de sa ville natale, puis il s’est spé­cial­isé en com­mu­ni­ca­tion graphique à La Cam­bre. Mais, ce qui a surtout mar­qué l’auteur de Jardin du trait, ce sont les années passées au stu­dio graphique Pen­ta­gram Design de Lon­dres où il s’est ini­tié à l’efficacité de l’approche anglo-sax­onne de l’image et de la com­mu­ni­ca­tion. Il a ren­con­tré là-bas quelques-unes des stars du graphisme inter­na­tion­al, à com­mencer par l’un des fon­da­teurs du stu­dio, Alan Fletch­er qui devint son ami et auquel il voue une grande admi­ra­tion. De plus, lors d’un pas­sage aux Etats-Unis, il a tra­vail­lé quelques mois, avec R.O. Blech­man, alors au som­met de sa car­rière. De retour en Europe, il s’installe en France, à Mon­tigny-sur-Loing, petite com­mune en bor­dure de la forêt de Fontainebleau. C’est de là qu’il expédie ses livres, après les avoir soigneuse­ment embal­lés, écrivant lui-même de sa belle écri­t­ure les adress­es des des­ti­nataires.

Quelques titres 

jacques play it by earSon pre­mier livre, Play it by ear, paraît en 1989 : des par­ti­tions musi­cales s’y muent en poésies visuelles. Il est suivi en 1990 par Le Bes­ti­aire expres­sion­niste : des cor­re­spon­dances entre expres­sions anglais­es et français­es cen­trées sur les ani­maux, en 55 papiers découpés. Puis, c’est au tour d’Oiseaux-lire, de paraître en 1992, une ency­clopédie fan­tai­siste de la gent ailée. Chef d’œuvre ! en 1995, Le Jardin du Trait ! Jubi­la­tion de « faire » des lignes, pro­liféra­tion de motifs archaïques, gri­bouil­lages con­trôlés à ten­dance fig­u­ra­tive où l’œil atten­tif du lecteur quelque peu égaré par ces dessins labyrinthiques déniche, sans trop com­pren­dre, des his­toires, des sou­venirs, des rêver­ies… qui s’enracinent dans le monde des jardins. Que ceux-ci soient sauvages, potagers, urbains, médié­vaux, ludiques, prop­ices à la paresse ou à l’amour. Qu’on y tonde le gazon, qu’on y court, qu’on y bêche, qu’on s’y mouille, qu’on y flirte, ou qu’on y ratisse à la façon des moines zen qui lais­sent des traits dans les graviers de la méditation…En 1993 com­mence la folle aven­ture des « Brin de Livre » qui s’achèvera cinq ans plus tard. Ces opus­cules de quelques pages sont sou­vent accom­pa­g­nés d’une sur­prise, un minus­cule objet inso­lite. Le dessin de Benoît rigole, s’éclate, saigne, s’encanaille, en liai­son avec des textes far­felus écrits par lui-même ou par des amis tels que Jean-Pierre Blan­pain, grand ama­teur d’histoires grandguig­no­lesques. Jeu de plumes, texte de France Borel, en 1996, s’inscrit dans cette veine en accen­tu­ant le non sense. En 2001, paraît Salto Solo, texte de Pas­cale Petit, aux édi­tions de l’Inventaire et surtout Comique Trip, « jubi­la­toire détourne­ment de matéri­aux ver­baux et graphiques pour recom­pos­er d’improbables ban­des dess­inées », com­mente le site « Cri­tiques Libres ». Avec Per­mis A, en 2004, Benoît adopte la réforme orthographique  pro­posée par Alphonse Allais dans son célèbre réc­it « O DS FMR » qui pré­fig­u­rait le lan­gage SMS util­isé par les jeunes aujourd’hui. Le réc­it de Benoît est dans le ton, avec son curé buveur de bière au volant de sa 2 CV et la belle en DS.

Brouilleur de pistes

jacques louisaÀ par­tir de 2001 et de Louisa, même s’il réserve aux adultes quelques-unes de ses créa­tions au nom­bre desquelles on cit­era Bes­ti­aire Corse, poésies de Lau­rent Grisel (2005),  et bien sûr, L (2010), Benoît Jacques élar­git son pub­lic en direc­tion de l’enfance, tout en restant fidèle à lui-même – et dans son écri­t­ure, et dans ses recherch­es lan­gag­ières, et dans son style graphique, et dans sa sin­gu­lar­ité.

Titi­nounours et la sousoupe au pilip­ili (2002), Je te tiens (2003), Nul en cal­cul (2003), Scan­dale au château suisse (2004), Atten­tion Extrater­restres (2005), C’est bizarre (2006), La Nuit du vis­i­teur (2008), Wa Zo Kong (2009) par­lent à tout le monde. Sans doute les plus jeunes appré­cient-ils la nar­ra­tion fofolle et ses pirou­ettes, les sur­pris­es qu’elle cache, la ten­sion qui monte au fil des pages, voire la peur qui s’en dégage… De leur côté, les aînés se mon­trent sen­si­bles aux références lit­téraires, graphiques et artis­tiques, ils s’amusent des con­traintes proches de celles de l’Oulipo que s’impose l’auteur, ils admirent son art du détourne­ment et du pas­tiche. Et tous, petits et grands, sont con­quis par les accu­mu­la­tions insen­sées de mots rimés, les vers de pacotille, les mau­vais­es coupes dans la chaîne sonore et leur trans­po­si­tion phoné­tique qui trans­for­ment même le français en chi­nois. Dans ces livres, Benoît expéri­mente les tech­niques les plus var­iées, gravure, lino­gravure, dessin, pein­ture, bichromie, trichromie… noir et blanc.

Titi­nounours et la sousoupe au pilip­ili (2002) pas­tiche la « langue bébé » util­isée par beau­coup d’adultes qui mul­ti­plient la répéti­tion des syl­labes lorsqu’ils s’adressent aux tout petits. Selon les mots de l’auteur, c’est une his­toire « cucul la pra­line ». Elle met en scène un ours en peluche au nom « gnang­nan », chargé par sa maman de faire les cours­es pour la pré­pa­ra­tion de la sousoupe du soir.  Impos­si­ble pour Titi­nounours de résis­ter aux bon­bons de Madame Lulu. Il dépense tous ses sousous. Com­ment échap­pera-t-il à la fes­sée ? Et l’histoire « bêbête » de rebondir, de plus en plus déjan­tée.

jacques la nuit du visiteur

Dans La Nuit du Vis­i­teur (2008), titre pour lequel il a reçu le prix Baobab, Benoît Jacques revis­ite le con­te du Petit Chap­er­on rouge dans une ver­sion savam­ment élaborée qui se déroule sur 112 pages. De quoi éprou­ver la résis­tance du lecteur, fait observ­er Benoît. Le lecteur atten­tif aux nuances des tons s’apercevra que nous sommes loin de la quadrichromie. «  Pour ces images, chaque couleur est obtenue à par­tir d’une lino­gravure indi­vidu­elle. Ce qui sig­ni­fie que l’objet imprimé est un orig­i­nal en couleur. »

Ce soir-là,  au fond de la forêt, alors que la Mère-Grand anx­ieuse, assise dans son lit, attend la vis­ite de sa petite fille retar­dataire, on frappe à la porte. C’est Désiré. Il vient, dit-il, avec un dîn­er pour la vieille dame. Méfi­ante, celle-ci refuse d’ouvrir. Puis, c’est au tour de Lucas qui pré­tend apporter un plateau repas. Ensuite, c’est au tour de Cyrille, livrai­son de petits plats à domi­cile…  Le livre est con­stru­it sur un rythme binaire. Alter­nance de « dou­bles pages où on est à l’intérieur de la petite mai­son – explique Benoît –  et dou­bles pages où l’on est à l’extérieur, dans la forêt som­bre et inquié­tante ». Et de pour­suiv­re : « Ce rythme est ren­for­cé par un jeu autour de la typogra­phie. J’ai joué sur une oppo­si­tion entre la voix de la grand-mère faible et mono­corde à l’intérieur et celle de l’extérieur qui com­mence par chu­chot­er au début du livre pour s’élever pro­gres­sive­ment et finir par hurler (il y a une aug­men­ta­tion pro­gres­sive du corps des car­ac­tères typographiques (1)» Le lecteur, au vu  des images, a com­pris le dan­ger que courait la Mère-Grand.  Se sou­venant de l’emploi du sin­guli­er dans le titre, il n’est pas sur­pris d’apprendre à la fin du réc­it que se cachait le loup der­rière tous ces per­son­nages.

Main­tenant, vous savez tout. /Je suis ici pour vous manger, / comme con­venu. / Alors soyez raisonnable, / ouvrez-moi / et réglons cette affaire à l’amiable. 

L’humour est omniprésent, ver­bal lorsqu’il est lié aux malen­ten­dus dus à la dureté d’oreille de la vieille dame ou aux imprévis­i­bles jeux de mots et de sonorité dont Benoît Jacques a le secret ; iconique dans le por­trait extrav­a­gant des per­son­nages ou dans la suc­ces­sion des images, qu’il s’agisse, par exem­ple, de la pluie de pos­til­lons de Louis ou du déchaîne­ment de la colère d’Eugène.

Entre ces deux titres phares, Je te tiens a sus­cité la polémique. Dans ce titre offert aux enfants des crèch­es du départe­ment de Seine-Saint-Denis, Benoît met en scène la comp­tine bien con­nue de la bar­bi­chette.  Deux joueurs se tien­nent par le men­ton, tout en se regar­dant droit dans les yeux. Qui rit le pre­mier reçoit une tapette. Dans les ver­sions illus­trées, les deux per­son­nages qui se font face se ressem­blent et respectent tacite­ment la règle du jeu, évi­tant toute vio­lence mal­v­enue. Benoît Jacques quant à lui les a dif­féren­ciés. Le pre­mier est costaud, vio­lent et méchant, c’est un ogre à deux barbes ; le sec­ond est mal­in­gre et ses deux poils au men­ton lais­sent devin­er qu’il ne fait pas le poids. À chaque fois, comme il ne peut retenir son rire, le maigri­chon se ramasse des baffes de plus en plus fortes : Poum, Bing, Paf ! Jusqu’au moment où il lâche un mot mal son­nant qui déclenche le fou rire du géant. David a fini par vain­cre Goliath ! Comme dans les con­tes, le réc­it célèbre la vic­toire du faible sur la brute épaisse. Puisque l’album  était con­testé par les autorités de Seine-Saint-Denis, pour arbi­tr­er le débat, il a été fait appel Marie Bon­nafé, psy­chi­a­tre et psy­ch­an­a­lyste, spé­cial­iste du livre pour les tout-petits. A ses yeux, Je te tiens est un livre salu­taire, il per­met à l’enfant de faire face à la vio­lence, qu’il la subisse ou qu’il l’exerce. Grâce au jeu et au jeu ver­bal, l’agressivité peut être maîtrisée et canal­isée. Le style expres­sion­niste et le choix du « noir et blanc » accentuent la ten­sion de ce ter­ri­ble huis clos. Benoît Jacques a voulu que ce vol­ume soit très soigné, il est toilé, cou­vert d’une jaque­tte, et l’or orne sa cou­ver­ture.

Vivre

Toute dif­férente est l’inspiration de l’un des derniers livres de Benoît Jacques, tou­jours sur­prenant, tou­jours dif­férent, tou­jours sin­guli­er. Des fleurs, des fleurs, encore des fleurs et des herbes folles, des oiseaux… ont envahi les quelques pages de Vivre. Au cen­tre de cet album qui célèbre la couleur et la beauté des saisons,  « un poème pour » sobre­ment imprimé sur une dou­ble page blanche. Une ode à la vie et aux gestes du quo­ti­di­en.

Une exposition consacrée à Benoît Jacques

Afin de faire mieux con­naître l’œuvre de Benoît Jacques qui a obtenu en 2012 le Grand Prix tri­en­nal de Lit­téra­ture de jeunesse de la Fédéra­tion Wal­lonie ‑Brux­elles, le Ser­vice général des Let­tre et du Livre a réal­isé une expo­si­tion dont le titre illus­tre la démarche de l’artiste : Délire de Livres. Elle cir­culera pen­dant trois ans dans les bib­lio­thèques et Cen­tres cul­turels. L’exposition vise à mon­tr­er le dynamisme qui sous-tend la créa­tion d’un touche-à-tout génial.

Michel Defourny


Arti­cle paru dans Le Car­net et les Instants n°177 (2013)