Avec environ 125 livres pour enfants publiés à ce jour depuis le début des années 1990, Bernadette Gervais n’est plus une débutante. Et pourtant, elle est animée par une envie et une détermination intactes, voire renforcées par un savoir-faire acquis au long de sa carrière.
Si une grande partie de ses ouvrages furent réalisés à une certaine époque avec Francesco Pittau, sous le nom de duo « Pittau & Gervais », elle travaille désormais seule, et ce depuis une bonne dizaine années. En 2020, son travail a été récompensé par la prestigieuse Pépite d’or du Salon de Montreuil, attribuée à son ABC de la nature[1].
Elle dit s’amuser en faisant ses livres, et on la croit volontiers, tant son plaisir de faire est contagieux. Ses illustrations éclatantes, d’une impressionnante précision, enchantent ses lecteurs et lectrices, en particulier dans ses œuvres les plus récentes. Cela nous a donné envie de l’interroger sur ce qui l’anime, sa façon de procéder, ses projets.
La magie du pochoir
La production plus récente de Bernadette Gervais se caractérise par son travail très reconnaissable au pochoir. Elle a commencé à utiliser cette technique il y a une vingtaine d’années, et estime l’avoir maitrisée à partir d’Axinamu[2], en 2010. Elle signe ces dernières années plusieurs livres grands formats, impressionnants, gourmands et généreux dans leur rapport à l’image et au mot. Grande amatrice de livres d’illustration anciens, elle doit l’utilisation de cette technique à une découverte faite par hasard : Je suis tombée, dans le magasin d’occasion Pêle-Mêle, sur une ancienne édition d’un livre d’Hélène Guertik[3], Les bêtes que j’aime, publié au Père Castor, et j’ai trouvé ça magnifique. Vers la même époque, dans une bouquinerie en Sardaigne, j’ai trouvé un livre consacré aux illustrateurs russes. C’était une époque où personne n’en parlait encore.
En observant le travail d’illustration qui caractérise ces livres, Bernadette Gervais se laisse tenter et décide de s’essayer au pochoir. Je n’ai quasiment pas été formée en école d’art, je suis donc un peu autodidacte pour les techniques que j’utilise. J’ai d’abord fait des tentatives de pochoirs avec du papier, en utilisant de la bombe de colle repositionnable. Ensuite, un ami m’a parlé de la Frisquette. C’est très pratique, ça a tout changé. Ce film adhésif en plastique repositionnable est destiné à protéger les parties qui doivent l’être de l’application ou de la projection de la peinture. Je colle l’autocollant sur la feuille sur laquelle j’ai tracé un dessin, je le redessine au feutre indélébile sur l’autocollant. Par exemple, je dessine ma pomme, puis avec un cutter, je découpe la forme, j’enlève le film de la pomme, et je peins. C’est une technique assez facile, c’est simple de faire des ombrés qui donnent une impression de volume, car le pochoir délimite le bord. Ensuite, je recolle le film sur la pomme, et je peux faire la tige, la feuille, que je découpe et peins à leur tour. Mais le grand moment vient quand on enlève le pochoir : Il y a une satisfaction au moment de retirer le plastique, quand tout à coup le dessin apparait. C’est magique ! Quand je fais ça avec des enfants, ils sont toujours ébahis.
Sa maitrise de la technique s’est affinée avec le temps. Je peins avec de l’acrylique pur, assez épais. Si la peinture est trop mouillée, elle passe sous le plastique. Et j’utilise des brosses, ou des éponges pour faire des ombres. Alors, pour faire une pomme, c’est simple, mais quand je fais un oiseau au pochoir, chaque plume est une petite découpe : ça fait beaucoup de formes à découper et peindre. Ça peut être un travail très minutieux et ardu. La précision que permet le pochoir confère aux images de l’illustratrice un étonnant effet réaliste, qui convient parfaitement au type de livres qu’elle signe, souvent des imagiers.
Photo et contraste
Cette impression de réalisme qui se dégage de ses peintures, Bernadette Gervais s’est amusée à la confronter avec des photographies en noir et blanc. D’abord dans le grand album Légumes[4] en 2018, où pommes de terre, oignons, carottes ou piments étaient doublement représentés : en photo sur une page, au pochoir sur celle d’en face, les deux célébrant la plasticité de chaque légume. Et puis fin 2023 dans Mes saisons, un imagier au format généreux, une balade éblouissante dans la nature, une invitation à l’observation. Ce qui frappe d’emblée, c’est que son travail photographique, en noir et blanc, avec ses flous, son grain, parait moins réaliste que ses illustrations au pochoir. Cette inversion, volontaire, l’amusait beaucoup. Je suis d’ailleurs en train de travailler sur un jeu de memory, à paraitre chez Les Grandes Personnes, qui combinera photos et dessins. Je travaille sur les chiffres : par exemple, il y aura sur une carte la photo de six œufs dans une boite, et l’autre carte représentera six œufs au pochoir, de façon très synthétique, avec le chiffre 6 en typographie. Il s’agira de retrouver les paires.
Si elle le partage aujourd’hui dans ses livres, son rapport à cette technique a d’abord été très personnel. Un jour, j’ai commencé à faire de la photo, et je suis devenue addict ! À une période de ma vie, j’ai commencé à me balader avec mon appareil, et c’était comme des échappées. Ça faisait longtemps que ça m’attirait. J’aime regarder, j’ai un côté très contemplatif. Je fais surtout des photos de nature, de paysages. J’y trouve plus de sensualité que dans le dessin : j’aime voir le grain de la fleur, du légume, il y a là quelque chose de plus sensitif. Le dessin est plus réaliste, plus représentatif, alors que la photo fait plutôt appel aux sens. Et puis, j’aime jouer avec la lumière, les contrastes. Je n’ai aucune formation de photographe, j’ai donc une approche très intuitive. Ici encore, Bernadette Gervais apprend en faisant, par elle-même. Elle suit ses propres règles, quitte à ne pas respecter certains aspects techniques. Mais ça me va, si c’est parfois flou !
Penser le livre dans sa totalité
Ce qui frappe, dans les livres de Bernadette Gervais, c’est leur aspect soigné, la mise en page réfléchie, en totale adéquation avec ses images et son propos. Si ses excellentes éditrices, Brigitte Morel pour Les Grandes Personnes et Béatrice Vincent pour La Partie, veillent à cette qualité matérielle, l’illustratrice bruxelloise est plus qu’impliquée dans le processus de mise en page. Elle pense ses albums dans leur totalité, et suit attentivement leur impression. Je veux contrôler tout ! En fait, ce qui me plait, ce n’est pas dessiner, mais faire des livres. Je ne dessine pas en dehors, juste comme ça. J’ai une véritable obsession du livre. Je conçois tout, y compris la typographie, la mise en page. D’ailleurs, mes originaux ressemblent aux pages du livre, j’en ai besoin.
Je ne fais pas de longues recherches, là aussi, c’est très intuitif. Je sais déjà ce que je veux dans ma tête. En fait, je réfléchis beaucoup avant. J’ai parfois l’impression qu’entre deux bouquins, je ne fais rien, ce qui me culpabilise beaucoup. Mais en réalité, je me rends compte que non, car mes livres sont en fait bien pensés en amont, pendant ces temps-là. Et quand elle passe à la réalisation proprement dite, tout est déjà là. Et ensuite, quand elle a rendu ses illustrations, elle collabore de près avec ses éditrices pour s’assurer du meilleur rendu possible. Je vais suivre la photogravure, contrôler les couleurs. Par exemple, pour l’ABC de la nature, on avait décidé d’imprimer le jaune poussin en cinquième couleur, en choisissant un pantone, car il ne passait pas du tout en quadrichromie. Ensuite, on a remarqué que les oranges des titres n’étaient pas très lumineux, et on a donc décidé d’utiliser un nouveau pantone, et puis pour Mes saisons, on a rajouté le bleu aussi. Il y a donc trois couleurs en plus pour ce dernier ouvrage, ce qui est vraiment du luxe !
Il faut dire que Les Grandes Personnes est une maison d’édition spécialisée dans la fabrication, poussant plus loin le curseur des possibles, et qui publie notamment des livres animés et autres audaces graphiques. Bernadette Gervais a d’ailleurs réalisé de nombreux livres s’animant de rabats, flaps, pop-ups… Or, sa production contemporaine est plutôt revenue à un format plus classique, que ce soit le tout-carton, comme dans sa série Ikko, ou l’album à couverture cartonnée. À un moment, j’ai remarqué que c’était compliqué, les livres animés. C’est très technique, ça coute trop cher, et du coup on ne peut pas toujours réimprimer. Je trouve ça dommage. Désormais, j’évite d’en faire, à cause des couts de fabrication qui mettent des limites. Je me suis dit que j’allais faire des trucs formidables, mais avec des moyens tout simples. J’adore avoir des contraintes, et je me suis mise celle-là : faire des livres impressionnants avec une fabrication basique. En plus, ça me plait que ça soit plus accessible en bibliothèque, en crèche… Mais bon, ça me travaille encore ! Si je m’y remets, ça restera des choses simples pour que je puisse les gérer moi-même, sans passer par un ingénieur papier.
Si elle mise sur la simplicité du support, elle ne se facilite pas pour autant la vie, et n’hésite pas à découvrir de nouvelles techniques qu’elle apprend au fil de ses envies. Pour le dernier livre que je viens de faire, 1, 2, 3 sommeil !, j’ai testé quelque chose de nouveau en travaillant en tons directs. J’ai galéré ! Mes originaux étaient en noir, j’ai dû décomposer tous les éléments. Puis j’ai tout scanné, fait des couches, et tout rassemblé (sur ordinateur, ndlr). Je ne maitrise pas du tout Photoshop. J’y ai passé des nuits ! J’ai appris certaines choses, et j’ai finalement adoré. Et on aura la surprise du résultat à la fin, au moment de l’impression. Ainsi, Bernadette Gervais part en général d’une envie, et c’est ce qui va la porter pour avancer, et y arriver.
Processus créatif
L’inventivité qui émane de ses livres étonne, et démontre une créativité évidente de l’autrice-illustratrice. Je sens mon cerveau tout le temps à l’affût de tout. Tout est matière. Quand je me balade et que je vois des trucs, quand je vais en librairie, quand je vais voir une expo… Quand je dois trouver une idée de livre, j’en ai souvent déjà en amont. Parfois, ça me vient comme ça. Parfois, c’est la contrainte qui me donne des idées, notamment pour Des trucs comme ci, des trucs comme ça[5]. Après avoir fait l’ABC de la nature, qui avait bien marché en français mais n’était pas traduisible, Brigitte (Morel, ndlr) m’a dit que ce serait chouette de continuer à faire des imagiers dans le même format, mais dont on puisse cette fois-ci vendre les droits à l’étrangers. Je me vois encore me promener à Ixelles, marcher en réfléchissant à faire un imagier pour lequel il faudrait des trucs… Mais pas les trucs du cartable, de la salle de bain… Ça a été fait cent mille fois. Je me suis dit qu’il faudrait des trucs comme ci et des trucs comme ça. Et voilà comment le titre m’est venu ! L’idée de rassembler des choses qui ont quelque chose en commun, mais qui à part ça n’ont rien à voir les unes avec les autres. Ça m’a beaucoup amusée de trouver des listes ! Le résultat est inattendu et drôle : on y trouve des trucs qui s’ouvrent, qui sentent bon, qui pincent, à rayures, rapides, qui tombent, à trous, qui sautent… Une joyeuse suite de listes pleine de fantaisie, qui a reçu une reconnaissance internationale avec la mention spéciale dans la catégorie non-fiction du prix Ragazzi de la Foire de Bologne en 2022.
D’autres ouvrages ont une origine plus particulière. C’est le cas de l’album En 4 temps[6]. J’avais été en résidence dans les archives du Père Castor. Je faisais des allers-retours entre là-bas et Bruxelles, je n’avais plus le temps de faire des livres, et j’étais fauchée. Quand je suis rentrée, il me fallait très vite un à‑valoir ! J’ai téléphoné à Béatrice Vincent, qui travaillait à l’époque chez Albin Michel, et j’ai pris rendez-vous pour lui présenter un projet. Mais je n’en avais pas, et il fallait bien que je lui montre quelque chose… Les jours passaient et rien ne venait. Or je suis bonne sous pression. Quelques jours avant notre réunion, j’ai eu l’image sur fond noir d’une floraison de coquelicot, en quatre temps. Et quand j’ai eu ça, le reste est venu tout seul. J’allais faire quelque chose sur le temps, décomposer tout en quatre moments. Et Béatrice a trouvé ça super ! Le livre est une vraie réussite, tant graphique que dans son propos, et a reçu le Prix Libbylit de l’album belge 2021.
Mais ce qui saute aux yeux, quand on regarde la bibliographie de Bernadette Gervais, c’est à quel point celle-ci est axée sur la nature. C’est un peu une obsession. Je trouve ça bien de donner aux enfants cette ouverture sur la nature. J’y ai été amenée par mon père. Nous étions quatre enfants, et il nous emmenait en balade. Dans le sac à dos, il y avait des guides sur les fleurs, les jumelles pour regarder les oiseaux, les paysages. Je cueillais beaucoup de fleurs, puis j’essayais d’en retrouver les noms. Ça m’est resté. Il s’occupait aussi du potager, et c’est aussi quelque chose que j’ai adoré faire ensuite. Je remarque que quand je montre mes livres aux enfants, ils ne savent pas nommer une tulipe, ou même une rose. Ils disent une fleur. Or Bernadette Gervais aime écrire le mot juste, précis. Renoncule, huppe fasciée, cumulonimbus, punaise arlequin… J’aime qu’il y ait plusieurs niveaux dans un livre. J’ai envie que l’enfant se l’approprie et le regarde longtemps, sur plusieurs années. Quand ils sont tout petits, ils disent « oiseau » ou « cui-cui », puis à la fin ils nommeront la mésange, ou d’autres noms plus compliqués. Cela apprend aussi des choses aux parents, d’ailleurs. Je me dis que les enfants sont bien capables de retenir des noms de dinosaures, alors pourquoi ne pas leur mettre des noms plus compliqués ?
La plupart de ses livres ne sont pas des récits. Plutôt des imagiers, abécédaires, mais pour elle, il ne s’agit pas non plus de documentaire. Je trouve que mes imagiers sont narratifs. J’essaie d’y construire quelque chose, de créer un climat poétique. Je veux que l’enfant plonge dedans. Rien n’y est placé au hasard, tout y est à sa juste place, les images comme les mots, dans un ensemble à la fois simple et précis. Je suis très intuitive et contemplative. Je pense que ça se sent dans mes livres, et j’y tiens beaucoup. Ce que j’essaie de faire dans mes imagiers, c’est que les enfants apprennent à observer autour d’eux. Je pourrais faire un papillon plus synthétique, mais non. Je veux qu’il y ait vraiment quelque chose à regarder, qu’on sente son côté poudré, toutes ses couleurs… C’est pour ça que je fais des dessins réalistes, mais pas trop non plus : il faut qu’ils gardent un côté poétique. Je vais essayer de donner une âme, du ressenti. Il faut que quelque chose s’en dégage, que ça ne soit pas plat. Il faut qu’on soit emporté par le papillon, ou le nuage… Je veux qu’on rentre vraiment dans le livre.
Petite et Grande Ourses[7], en revanche, est un livre narratif, une histoire dans le sens plus classique du terme. Il est un peu à part. C’est un livre plus militant, que j’avais envie de faire parce qu’il s’agit d’un sujet qui me préoccupait. Là, tout n’est pas fait au pochoir, car cette technique amène quelque chose de plus figé. J’ai utilisé un mélange de techniques. J’ai dû écrire un texte plus long, ce que je ne fais pas souvent, et ça m’a plu. Je pense que je vais encore en faire à l’avenir. Fidèle à sa passion pour la nature, elle a aimé intégrer à la fin de l’ouvrage une liste des termes botaniques des fleurs et plantes apparaissant dans l’histoire, comme des alliées de Petite Ourse : narcisse, souci, colchique, monstera, digitale et bien d’autres sont annoncés comme ayant « participé à cette histoire ».
L’enfant avant tout
Lorsqu’on parle avec Bernadette Gervais de son travail, elle revient sans cesse sur l’effet qu’auront ses livres sur ses petits lecteurs et lectrices. Ce souci du public est central, pour elle. C’est ma première préoccupation quand je fais un livre. Je m’imagine toujours le montrer ou le raconter à un enfant. Il existe certains livres très graphiques, très beaux, mais où parfois l’enfant est largué. Ce sont des livres qui toucheront plutôt les gens qui s’intéressent à l’illustration, au graphisme, c’est un truc d’entre-soi. Moi, j’aime ce côté graphique, mais je ne veux pas larguer l’enfant. Il faut que le livre soit vraiment pour lui. J’aime qu’il y ait plusieurs niveaux de lecture pour que l’adulte y trouve son compte aussi. Mais c’est l’enfant d’abord.
Et son public est principalement constitué d’enfants très jeunes. Pourquoi cette tranche d’âge-là ? Cela vient plutôt de mon type de livre, qui découle, lui, de ma technique. Le pochoir, ça fonctionne bien dans les imagiers, les abécédaires. Et j’ai toujours aimé ça, déjà quand j’étais petite. Ce sont les premiers livres des enfants. Ils leur apprennent la langue. Je trouve ça tellement important, le plaisir de nommer, la découverte du mot. Ce qui me réjouit, c’est que mes livres sont utilisés pour les primo-arrivants, par les logopèdes, pour les enfants en difficulté… C’est une grande joie pour moi, cela donne du sens à mon travail. Mes livres fonctionnent très bien en bibliothèque, en classe… Ils sont accessibles par tous via des circuits comme l’école, des associations, des éducateurs… C’est important que les gens qui n’ont pas beaucoup de moyens aient accès à un bel objet-livre.
Son lien à son public se prolonge lors des nombreuses animations et rencontres qui ponctuent ses journées. Je fais beaucoup d’interventions scolaires, partout en France. Mes préférés, ce sont les moyennes et grandes sections (2e et 3e maternelle en Belgique, ndlr). Ils sont tellement choux ! Pour plonger son public dans son univers, la médiathèque de Montreuil lui a demandé en 2021 de créer une exposition ludique. J’ai tout de suite été emballée ! Puis j’ai eu un peu peur, parce que je n’avais jamais fait ça. On m’avait conseillé de prendre un scénographe, mais j’ai voulu tout faire moi-même. J’ai adoré concevoir des trucs, des jeux autour de mes livres, les fabriquer… En ce moment, j’en prépare une autre pour la bibliothèque d’Uccle au mois d’avril. Il faut faire des trucs en bois, et j’adore poncer, scier, peindre sur bois, vernir… C’est très sensuel, le travail du bois. Je dois penser à ce qui plairait aux enfants, c’est assez amusant.
Envie et ténacité
Bernadette Gervais peut être dure avec elle-même : Quand le livre est imprimé, c’est l’horreur ! J’ai soudain un regard extérieur au moment où je l’ouvre pour la première fois, comme si ce n’était pas moi qui l’avais fait. Ce recul me fait voir tout ce qui ne va pas, tout ce que j’aurais dû faire autrement. Mais cette critique, c’est ce qui fait avancer, aussi. Je ne crois pas au talent. Je crois à l’envie, au gout de faire les choses, au travail, à l’autocritique. Et à la ténacité. À mes tout débuts, j’avais présenté mon travail chez Pastel, et on m’avait conseillé de changer de voie, alors que je voulais faire des livres pour enfants depuis l’âge de quinze ans. Eh bien, ça m’a boostée ! C’est plus une question de force de caractère et de goût, c’est ça qui va permettre de continuer.
Livre après livre, on apprend à arriver au plus juste de ce qu’on veut faire. Aujourd’hui, je parviens plus à ce que le livre corresponde à mon envie. Avant, c’était plus compliqué, car je n’avais pas le même savoir-faire. On apprend en faisant. J’aime me renouveler, essayer de nouvelles choses. Là, récemment, en travaillant en tons directs. Et puis j’ai comme une envie de me lancer dans les crayons de couleurs !
Fanny Deschamps
[1] Bernadette GERVAIS, ABC de la nature, Les Grandes Personnes, 2020.
[2] PITTAU & GERVAIS, Axinamu, Les Grandes Personnes, 2010.
[3] Peintre et illustratrice russe, née en 1897 à Saint-Pétersbourg et décédée en 1937 à Paris.
[4] Bernadette GERVAIS, Légumes, Albin Michel, 2018.
[5] Bernadette GERVAIS, Des trucs comme ci, des trucs comme ça, Les Grandes Personnes, 2021.
[6] Bernadette GERVAIS, En 4 temps, Albin Michel Jeunesse, 2020.
[7] Bernadette GERVAIS, Petite et Grande ourses, La Partie, 2022.
Article paru dans Le Carnet et les Instants n°219 (2024)



