Claire Lejeune, la voix des origynes

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Claire Leje­une

Ambi­tion d’une refonte du socle de nos modes de pen­sée et sceau de la révolte d’une écri­t­ure qui s’est tenue en dehors des sys­tèmes de légiti­ma­tion offi­cielle car­ac­térisent l’œuvre de Claire Leje­une (1926–2008). Loin de relever d’un pro­gramme, d’une méth­ode, l’invention d’une langue qui s’élève depuis la marge, depuis le silence imposé au féminin s’est imposée sous la forme d’un ravisse­ment, d’un appel à se don­ner nais­sance par la genèse d’un autre dire, étranger aux fourch­es caudines du savoir-pou­voir.

Dès son entrée en poésie placée sous le signe d’une expéri­ence mys­tique, les révéla­tions dont elle est le siège recon­nectent la pen­sée et le corps, le logos et les pul­sions, excavent la rai­son débor­dée par l’énergie du préver­bal, de la « mémoire inter­dite ». Dans His­toire de Juli­ette ou les prospérités du vice, le mar­quis de Sade con­dense en une for­mule la révo­lu­tion qu’il porte à la méta­physique, à l’empire de la rai­son : « on déclame con­tre les pas­sions sans songer que c’est à leur flam­beau que la philoso­phie allume le sien ». Renouant ce que Pla­ton avait séparé — la philoso­phie et la poésie —, décon­stru­isant la hiérar­chie pla­toni­ci­enne des champs de pen­sée, annu­lant le geste d’une mise au ban de la poésie et d’une exclu­sion des femmes hors de la Cité, Claire Leje­une rejoint la vision sadi­enne d’une orig­ine cor­porelle, char­nelle de la rai­son. Dans un vital­isme assumé, le moteur de toute pen­sée est énergé­tique, inten­sif, pris dans l’incarnation, la matière. « Au-delà du bap­tême du feu où s’effondre tout échafaudage méta­physique, la pen­sée ne se recon­naît d’autre source que physique » (Le livre de la mère, p. 141).

Le risque de l’éveil à une pen­sée désal­iénée qui se réap­pro­prie ses orig­ines refoulées, bâil­lon­nées s’inscrit dans une poésie pen­sante, une démarche poé­tique qui prend à bras le corps la ques­tion de la sub­ver­sion de l’instance du Maître, des formes de dom­i­na­tion, de la pen­sée éta­tique et ses fonde­ments – la « mono-logique du prof­it » et le « gyno­cide ». L’entreprise requiert de bris­er les formes con­ceptuelles, les dual­ismes reçus en héritage, de faire sauter les garde-fous, de remon­ter au-delà de l’Histoire, vers l’avant, vers l’amont, vers le féminin muselé, en direc­tion de la « langue-mère » et d’une pen­sée analogique. « Exclure l’analogie de l’apprentissage de la pen­sée, c’est cas­tr­er celle-ci de son orig­y­ne, la dévi­talis­er. Si penser, c’est faire des rap­proche­ments, il est vrai que la rai­son qui divise en vue de régn­er raisonne mais ne pense pas » (Le livre de la mère, p. 64). Pour accom­plir ce saut au-delà ou plutôt en deçà des dual­ismes mor­tifères, de la domes­ti­ca­tion par la Loi du Père (une Loi qu’il s’agit de démys­ti­fi­er), pour se réin­ven­ter dans un espace libéré de la tyran­nie de la rai­son, pour recou­vr­er le ter­ri­toire de l’indompté, de la délivrance, elle s’est entourée de com­plices en révolte, d’arpenteurs de l’inouï, Rim­baud, Hér­a­clite, René Char, Mau­rice Blan­chot, les fig­ures de Lilith, d’Eurydice, d’Antigone, atten­tive à recom­pos­er un plan d’écriture supra-per­son­nel, tran­shis­torique.

L’auto-génération passe par une inter­ro­ga­tion sur les racines pro­fondes du mécan­isme de l’exclusion, des formes de dom­i­na­tion et par l’invention d’une langue utérine, matricielle, post­biblique, qui soit comme « l’autobiographie de la vie elle-même ». Définis­sant le pen­sée poé­tique comme « la diag­o­nale du fou » qui sub­ver­tit l’échiquier-tribunal de la rai­son, Claire Leje­une relance le « Pour en finir avec le juge­ment de Dieu », le pari d’Artaud vers l’ombilic des limbes et, au tra­vers de sa poésie, de ses essais, de son théâtre, des revues qu’elle créa (Cahiers inter­na­tionaux de sym­bol­isme, Réseaux), entend libér­er une parole fémi­nine, une voix des « orig­y­nes », nulle­ment réservée aux femmes comme le pré­ci­sait Jacques De Deck­er dans de nom­breux textes cri­tiques. Dans la notice biographique de l’Académie royale de langue et de lit­téra­ture français­es de Bel­gique (Claire Leje­une ayant été nom­mée à l’Académie en 1997), Danielle Bajomée rap­pelle com­bi­en « Claire Leje­une influ­ença forte­ment aus­si tout un courant du fémin­isme, en Bel­gique, comme au Québec. Ses posi­tions à la fois engagées et sou­ples con­stituent, pour la pen­sée des femmes, un moment cru­cial, mélange de rad­i­cal­ité heureuse et d’humanisme bien­veil­lant : elle appar­tient, avec Marie Denis et Françoise Collin à cette généra­tion de pio­nnières por­teuses d’un regard cri­tique sur notre occi­dent judéo-chré­tien patri­ar­cal ». Si, placée sous le signe de la sur­fu­sion, de l’éclair, l’aventure intel­lectuelle, lit­téraire menée par Claire Leje­une « a grav­ité autour de l’idée de l’injuste partage des rôles entre l’homme et la femme » comme l’écrit Jacques De Deck­er, elle aura aus­si été celle qui a évité les dog­ma­tismes d’école, les retours de refoulé d’un fémin­isme pris à revers par ce qu’il dénonce. D’une lucid­ité sans faille, elle pose au cœur de son œuvre les forces d’écriture, de pen­sée qui déjouent la réversibil­ité sans fin de la vio­lence de la dom­i­na­tion, de son éter­nel retour dif­féren­tiel. Sur le cou d’Antigone, aucun nou­veau Créon, aucune nou­velle Créonne, aucune Stat­ue du Com­man­deur, de la Com­man­deuse n’abattra le glaive d’une loi injuste, tyran­nique. Chroni­quant Le livre de la sœur, Jacques De Deck­er pré­cise « Loin des clichés fémin­istes qui n’ont pas réus­si à échap­per aux pièges du mimétisme, elle revendique un nou­veau type de rela­tion, qui met­trait à bas la légitim­ité de la pseu­do-légitim­ité pater­nelle. »[1]

cahiers internationaux de symbolismePho­tographe, créa­trice de ce qu’elle nom­mait des pho­tographismes, elle n’aura eu de cesse d’explorer les analo­gies entre la cham­bre noire de la pho­togra­phie et celle de l’écriture, solar­isant les négat­ifs pho­tographiques comme elle solar­i­sait les mots afin de révéler les pro­fondeurs de l’alchimie du verbe. Démarche poé­tique et démarche pho­tographique s’éclairent l’une l’autre et s’abreuvent toutes deux à l’énergie foudroy­ante de la lumière, extérieure ou men­tale. Pour cette aven­turière hors-la-loi, il s’agit de démas­quer les idéal­ités, de rétablir leur généalo­gie, de mon­tr­er la sauvagerie de la matière qu’elles ont étouf­fée, réprimée alors qu’elles en provi­en­nent. La force nour­ris­sant l’imaginaire, dans laque­lle la pen­sée éclot et s’origine, s’apparente à la matière ignée. Dans le sil­lage de Rim­baud, la poétesse est voleuse de feu, « chargé/e de l’humanité, des ani­maux même ». Explo­ratrice des extases où s’éprouve l’être, elle amène l’écrire dans les spasmes du corps. Motif obsé­dant, ambiva­lent, tout à la fois créa­teur et destruc­teur,  expres­sion de l’amour, de la vie, vecteur d’abolition du temps en rai­son de sa rapid­ité, le feu défie la Loi du Père, la Loi de Dieu, fait fon­dre les chaînes, élève la voix de Claire Leje­une dans le brasi­er du pour­pre. Il s’agit d’« habiter la flamme » comme elle l’écrit dans Le pour­pre, d’élire l’embrasement du verbe dans une poé­tique du feu qu’elle partage avec René Char, Hér­a­clite ou encore David Lynch.

Claire Lejeune vue par ses postfaciers

À l’occasion de l’édition de deux vol­umes de Claire Leje­une dans la col­lec­tion Espace Nord — un recueil poé­tique Mémoire de rien et autres poèmes, un recueil de pièces de théâtre Ari­ane et Don Juan et autres pièces —, tous deux sou­veraine­ment post­facés par Christophe Meurée, ren­con­tre avec Christophe Meurée et avec Danielle Bajomée, qui avait signé l’éclatante post­face d’une pre­mière édi­tion de Mémoire de rien chez Espace Nord[2].

Le Car­net et les Instants : J’aimerais que l’on abor­de d’emblée la démarche et l’expérience poé­tiques de Claire Leje­une, toutes deux placées sous le signe de la dépos­ses­sion et de l’avènement à soi, tant les deux mou­ve­ments sont liés.  Peut-on appréhen­der l’ensemble de son œuvre poé­tique, mais aus­si de son théâtre et de ses essais, à par­tir de l’événement fon­da­teur de l’illumination qui la tra­ver­sa à l’âge de trente-trois ans ? Com­ment cette venue à l’écriture vécue comme une épreuve exis­ten­tielle a‑t-elle ori­en­té la pen­sée de Claire Leje­une ? Par­leriez-vous d’une dimen­sion mys­tique (d’une mys­tique sans Dieu) qui nimbe cette expéri­ence intérieure qui eut lieu le 9 jan­vi­er 1960 à 11 heures ?
Christophe Meurée : Je dirais que c’est Claire Leje­une elle-même qui pose comme ombil­ic de son tra­vail artis­tique (lit­téraire mais aus­si pho­tographique et plas­tique) cette expéri­ence intérieure de jan­vi­er 1960. Elle y revient en effet inlass­able­ment, dans les poèmes comme dans les essais, pour réin­ter­roger cette impul­sion pre­mière, cette épiphanie athéologique. Toute­fois, les archives con­servées à la Mai­son Losseau mon­trent que Claire Leje­une n’a pas com­mencé à écrire avec cette expéri­ence : sa fréquen­ta­tion de l’écriture s’est inten­si­fiée ; son pro­jet créatif a non seule­ment gag­né en épais­seur mais surtout y a trou­vé une rai­son d’être suff­isante pour porter une œuvre pen­dant une petite cinquan­taine d’années, tant du point de vue poé­tique (au sens de geste créa­teur) que du point de vue poli­tique. Ce qui est frap­pant, c’est le car­ac­tère extrême­ment prosaïque de cette expéri­ence : comme tout mythe d’advenue de l’écrivain à sa voca­tion, l’événement est nim­bé d’une aura de révéla­tion qui donne à l’expérience une dimen­sion uni­verselle, mais la sit­u­a­tion dans laque­lle se décrit Claire Leje­une est celle d’une femme en train de faire la cui­sine pour sa maison­née. La mise en scène de l’expérience intérieure – que celle-ci soit rap­portée telle qu’elle s’est déroulée ou non – con­tient déjà en elle une dimen­sion poli­tique forte et pleine­ment assumée, qui vise à don­ner à la femme une place à l’égal de l’homme sur le plan de la créa­tion artis­tique.
Danielle Bajomée : Pen­dant 33 ans, Claire dit avoir vécu une vie de femme occupée des siens. Elle dira qu’une pas­sion a sur­gi dans cette tran­quil­lité, l’impossibilité de la vivre aus­si, qu’une forme de folie s’en est suiv­ie. Une douleur intolérable, mortelle,  s’est soudain con­ver­tie en une forme d’éblouissement qu’elle a décrit et peint à plusieurs repris­es et qui l’a fait advenir.  « Ce qui s’écrit, je ne le tiens ni de père ni de mère. Il s’est conçu soi-même le neuf jan­vi­er mil neuf cent soix­ante à onze heures. D’un court-cir­cuit de ma vie avec la Vie » (Le livre de la sœur). La dépos­ses­sion, le vide entré en soi fut éprou­vé comme une ful­gu­ra­tion absolue, une dis­so­ci­a­tion. En 1960, elle fait donc l’expérience boulever­sante de l’éclatement des lim­ites. Claire  par­lera de révéla­tion, de ravisse­ment, d’extase, de ver­tige, emprun­tant les ter­mes des grands mys­tiques.
Ce court-cir­cuit intérieur est une pre­mière mort. Une mort qui délivre des futil­ités et des con­traintes : la fin du monde a déjà eu lieu et l’on se retrou­ve dans un après dans lequel dieu et les idéolo­gies sont morts. Elle me fait penser à Duras déclarant à son amie Xav­ière Gau­thi­er : « moi aus­si je suis morte à cet ordre des choses. Toi aus­si. Dans notre milieu, on ne voit que des gens qui sont morts…au reste » (Les par­leuses, 1974).
Claire fait alors l’expérience intime d’accepter son étrangeté (« légitime », dit-elle) par rap­port au monde usuel. Elle n’est plus que la con­science aigüe de s’être comme auto-engen­drée : « Lorsque tout fut con­sumé, je por­tais en moi toute la puis­sance du monde et le monde autour de moi n’existait plus. Je n’avais plus de pesan­teur » (La geste). Accès enfin à la con­science de soi. À la pen­sée.

Com­ment s’est faite votre ren­con­tre intérieure avec l’œuvre mais aus­si avec la per­son­ne de Claire Leje­une ? En quoi ses écrits vont ont-ils ébran­lés et con­tin­u­ent à vous accom­pa­g­n­er, à vous habiter ? 
D.B. : Il est des êtres dont on sait, dès la pre­mière ren­con­tre, qu’ils boule­verseront votre vie : Claire Leje­une était de ceux-là. J’ai con­nu Claire à Mons en 1976, lorsqu’elle ani­mait un col­loque inti­t­ulé La mort à vivre et à mourir. Elle avait dû faire face à de nom­breux désis­te­ments et en était affec­tée… elle l’a racon­té à mon com­pagnon en riant : « La mort, je vais lui vol­er dans les plumes ! ». J’ai été émer­veil­lée par la femme sim­ple et lumineuse qui m’a alors accueil­lie. Si dif­férente des intel­lectuels chevron­nés qu’elle invi­tait à ces grandes ren­con­tres, si proche d’eux cepen­dant. Elle était autre : nomade égarée en pays de séden­taires.
J’ai vite décou­vert, der­rière l’ar­dente organ­isatrice, la très sérieuse direc­trice des Cahiers inter­na­tionaux de sym­bol­isme. Notre ami­tié est née de ce temps-là… Après, j’ai été de tous ses col­lo­ques… Il y a eu la présen­ta­tion de ses livres, le tra­vail en com­mun pour deux numéros spé­ci­aux des Cahiers… (Penser au féminin (1990) et La créa­tion au féminin (2004)), des Uni­ver­sités d’été fémin­istes, des tables ron­des au Théâtre-Poème ; des moments plus per­son­nels aus­si, d’amitié pro­fonde : les coups de fil du dimanche matin, la lec­ture de ses textes non encore pub­liés… La con­fi­ance. On m’a sol­lic­itée pour un Espace Nord à elle con­sacré en 1994 et elle en a été heureuse. Mar­tine Renouprez – qui lui avait dédié sa recherche doc­tor­ale – et moi avons organ­isé, alors qu’elle com­mençait à souf­frir d’une san­té chance­lante, un col­loque-hom­mage qui réu­nis­sait toutes celles et tous ceux qui avaient écrit à son pro­pos ; enfin, nous avons relu et cor­rigé les épreuves de son dernier livre, La let­tre d’amour (2006).
Après sa dis­pari­tion, à la sug­ges­tion de ses filles Anne et Cécile, nous avons aidé à archiv­er tout ce qu’elle avait lais­sé comme doc­u­ments, let­tres, cour­ri­ers pro­fes­sion­nels, édi­tions pré-orig­i­nales, ver­sions divers­es et pho­togra­phies. Cela nous a pris 5 ans (nous étions, par ailleurs, des enseignantes), avec le pro­jet de la créa­tion d’un Fonds Claire Leje­une à Mons, comme elle le souhaitait. Nous avons aimé créer une expo­si­tion (2012–2013), accom­pa­g­née d’un livre Claire Leje­une. Une voix pour­pre. Nous avons con­tin­ué avec l’édition de La cui­sine de Claire Leje­une [Tail­lis Pré, 2015, ndlr], puis avec des inédits, et nous pré­parons désor­mais l’édition de sa cor­re­spon­dance avec Mau­rice Blan­chot.
C.M. : Je n’ai pas con­nu Claire Leje­une en per­son­ne. Ma ren­con­tre avec son œuvre a cepen­dant encore eu lieu de son vivant : à la fin des années 1990, je fure­tais dans les vol­umes de la col­lec­tion Espace Nord et j’ai décou­vert pour la pre­mière fois le nom de l’autrice, dans un ouvrage post­facé par Danielle Bajomée, dont je con­nais­sais déjà les travaux sur Mar­guerite Duras. Je me suis dit qu’un pre­mier partage d’affinités autour de mon écrivaine préférée pou­vait laiss­er présager un nou­veau partage d’affinités. Et cela a été le cas. Le pour­pre et La geste m’ont immé­di­ate­ment séduit par leur puis­sance incan­ta­toire. Mémoire de rien, au titre fasci­nant, me parais­sait recel­er une révéla­tion qui m’était des­tinée et que je devais percer. La mer­veilleuse post­face de Danielle Bajomée m’y a bien aidé. Mais il m’en fal­lait davan­tage ; j’ai même éprou­vé de l’énervement à con­stater que cer­tains recueils n’étaient présents dans le vol­ume qu’à tra­vers des extraits, frus­tra­tion que j’ai cher­ché à cor­riger, près de 30 ans plus tard, en deman­dant à la col­lec­tion Espace Nord de rééditer La gangue et le feu dans son inté­gral­ité, même si ce choix a con­duit à écarter Le dernier tes­ta­ment, pour éviter d’atteindre un vol­ume de près de 600 pages.

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Ses textes, son engage­ment dans les Cahiers inter­na­tionaux de sym­bol­isme, la revue Réseaux entre­pren­nent une décon­struc­tion active des schèmes de la pen­sée méta­physique, du sys­tème patri­ar­cal, sont innervés par la défai­sance de la Loi du père et la mon­tée à la parole de l’espace féminin bâil­lon­né au fil de l’Histoire. Quelle évo­lu­tion, quels devenirs percevez-vous d’une part dans ses recueils poé­tiques, d’autres part dans son pas­sage à l’essai et au théâtre ?
C.M. : Vision­naire, Claire Leje­une a magis­trale­ment anticipé une décon­struc­tion dans laque­lle nous sommes encore plongés aujourd’hui. La force de son engage­ment tient sans doute à son indi­vi­sion : il demeure égal tant sur un plan rationnel que sur un plan sen­si­ble, ce qui se perçoit aus­si dans les choix esthé­tiques qui sont les siens : le genre de l’essai poé­tique parvient ain­si à con­join­dre formelle­ment les plans rationnel et sen­si­ble. La car­rière de Claire Leje­une suit une évo­lu­tion qui ne tient pas tant à la mat­u­ra­tion de sa pen­sée – déjà très élaborée et nuancée dans les années 1960, qui cor­re­spond à la décen­nie poé­tique, en quelque sorte – qu’à la recherche de formes sus­cep­ti­bles de ren­dre compte d’une expéri­ence et de la com­mu­ni­quer au plus grand nom­bre. L’expérience est à la fois intel­lectuelle, sen­sorielle et affec­tive ; elle doit donc pou­voir touch­er les lecteurs de la même manière. La poésie s’avère expéri­ence intime, alors que le théâtre, qui con­stitue la dernière par­tie de la car­rière de l’écrivaine sans que celle-ci ait pour autant renon­cé à l’essai poé­tique, est parole proférée au pub­lic.
D.B. : L’itinéraire de Claire est ici aus­si sin­guli­er et pro­fond. Elle racon­te avoir souf­fert de la tyran­nie d’un père qui l’a con­trainte à jouer tous les rôles féminins domes­tiques. À son ser­vice.
Très vite, son besoin d’insurrection a trou­vé à s’exprimer dans l’écriture, une écri­t­ure de com­bat.  Dans notre Occi­dent qui vit sous le régime de la dual­ité, de la dom­i­na­tion et du pou­voir, le dom­i­nant est tou­jours mas­culin. Selon Claire, dans ce sys­tème patri­ar­cal, la femme, vouée « naturelle­ment » à des tâch­es domes­tiques, quitte pro­gres­sive­ment sa posi­tion d’inférieure lorsqu’elle s’éveille à la con­nais­sance de sa sit­u­a­tion. Si elle se met à se penser, elle se déchaine dans le dou­ble sens du terme : elle échappe à sa con­di­tion d’esclave et ne cesse de met­tre en cause le pou­voir des hommes. Claire con­state que l’État patri­ar­cal s’est fondé sur une misog­y­nie qui s’est per­pé­tuée à tra­vers l’inconscient pro­fond des femmes : elles n’ont eu de cesse de s’autocensurer, de ne pas se don­ner les moyens de se con­naître, de ne pas « vivre par elles-mêmes et pour elles-mêmes », comme le souhaitait Arthur Rim­baud. Claire avait le pro­jet de libér­er l’individu (homme ou femme) de toutes les sujé­tions, de le sor­tir de ce qui le lim­ite et le borne : « Dire. Profér­er. Pro­fan­er. Obéir à l’ordre de dire, con­tre toute et con­tre tous et cepen­dant pour tous (…). Il suf­fit de se désha­biller de toutes les peurs » (La geste). Pour une femme, cet affran­chisse­ment veut et doit faire échap­per à la stéréo­typ­ie des rôles féminins sclérosés : «  Tout mythe se futurise dès que la femme n’y est plus fig­ure pas­sive » (L’œil de la let­tre), déclare-t-elle, en écho à la phrase de Rim­baud qu’elle aimait beau­coup citer. Ain­si, depuis ses pre­miers écrits, le besoin de trans­gres­sion inso­lente de la Loi et des idol­es la fait inven­ter une autre vision du monde, utopique peut-être, où la femme, le ser­pent, la sor­cière, les réprou­vés et les opprimés se voient requal­i­fiés.
Claire est une pas­sion­nelle et ne cessera de vouloir réin­ven­ter les rap­ports homme / femme… à la recherche d’une com­mu­nauté de pen­sée, les êtres accep­tant de devenir à la fois sujets et objets, dans une égal­ité de statuts réelle. Tout au long de sa vie, Claire a opéré un con­stant tra­vail de réa­juste­ment qu’elle impo­sait à une pen­sée du féminin dont elle ne ces­sait de con­stru­ire l’ar­chi­tec­tonique… sans dog­ma­tisme.
Sous l’emprise de René Char (dont elle s’émancipera), ses recueils poé­tiques dévelop­pent encore, à leurs débuts, les thèmes habituels de l’amour fou. C’est en 1975, dans un col­loque inti­t­ulé La femme et l’écriture, au Québec, qu’elle va trou­ver l’audace de dire plus explicite­ment sa pen­sée. À par­tir de ce moment, elle écrit des essais poé­tiques, fruits d’une poésie pen­sante, selon ses pro­pres ter­mes. La poétesse devient philosophe et pour­suit une recherche de soi, en même temps qu’un itinéraire spir­ituel qui n’exclut ni les préoc­cu­pa­tions éthiques, ni le souci du poli­tique. Ses divers essais associeront ce que Pla­ton avait séparé : la poésie et la philoso­phie. Claire Leje­une  invente ain­si un espace où ten­ter de les réc­on­cili­er : c’est cette for­mi­da­ble union qu’elle nomme sa poéthique.
Pro­gres­sive­ment sa  pen­sée se fait plus artic­ulée,  mais sans rigid­ité. Son fémin­isme mil­i­tant, mais bien­veil­lant, imag­in­era une vraie désal­ié­na­tion de l’homme, comme dans sa pièce Les mutants.

Tout à la fois poli­tique et poé­tique, son théâtre pour­suit les motifs obsé­dants de son œuvre antérieure mais se redéfinit par la propo­si­tion d’une scène qui per­me­tte la mise en œuvre de l’idée de com­mu­nauté (dans le sil­lage de Blan­chot), d’une com­mu­nauté qui donne voix à ceux qui ont été muselés, aux femmes, aux créa­tures des marges, à l’animalité en nous, aux ani­maux, aux plantes, au non-humain. L’inflexion de sa pen­sée-corps ne se fait-elle pas plus mil­i­tante, en un sens plus rigide, lorsqu’elle en appelle à l’invention d’un nou­v­el espace col­lec­tif érigé sur la dis­so­lu­tion de la pen­sée duelle de la méta­physique ?
D.B. : Ses pièces pro­lon­gent cette volon­té de croire en un des­tin com­mun à l’homme et à la femme, cette dernière aidant son com­pagnon – ou adver­saire – à accouch­er de lui-même et à com­pren­dre la spé­ci­ficité d’une cul­ture patri­ar­cale qui le cas­tre de sa part fémi­nine. Claire Leje­une accentue aus­si com­bi­en la grande absente de l’Histoire patri­ar­cale, notre orig­y­ne, notre Mère archaïque, a été bâil­lon­née. La nature, la vie, l’énergie vitale dont nous avons été coupés, toute notre ani­mal­ité a été asphyx­iée, égorgée par la rai­son.
Son théâtre est en rup­ture totale avec les imag­i­naires chré­tiens et païens de notre Occi­dent, décon­stru­isant les mythes, dans le désir de chang­er l’Histoire, de cass­er la pré­va­lence des mod­èles imposés, d’inventer des machines à broy­er le sacré, dans la recherche obstinée d’un monde plus frater­nel, enfin libéré de ses idol­es et de ses tyrans.
Le théâtre lui offrira les moyens de s’exprimer plus « sim­ple­ment », dans le lan­gage de la com­mu­ni­ca­tion dite immé­di­ate, dans une « écri­t­ure pour la scène » proche de ce « théâtre d’écoute » que pra­tiquent une Duras ou une Sar­raute, dans la prédilec­tion pour un théâtre de la parole, non spec­tac­u­laire.
C.M. : La dimen­sion de la com­mu­nauté, chère à Blan­chot, avec qui Claire Leje­une entrete­nait une cor­re­spon­dance suiv­ie, est au cœur du pro­jet politi­co-esthé­tique de l’écrivaine. Con­traire­ment à Blan­chot, cepen­dant, Claire Leje­une ne conçoit pas l’écriture comme une expéri­ence de pure soli­tude, une forme de désub­jec­ti­va­tion qui fait pass­er du « je » au « il ». Si les poèmes des années 1960–1970 abor­dent une expéri­ence de désub­jec­ti­va­tion, il ne s’agit que d’une étape sur la route qui mène le « je » au « nous », de l’identité indi­vidu­elle à une iden­tité col­lec­tive cocon­stru­ite. Le choix du théâtre, dans la dernière par­tie de la car­rière de l’autrice, accom­plit en quelque sorte ce procès avec de nou­veaux moyens. Les ver­sions suc­ces­sives du man­u­scrit de sa dernière pièce, Les mutants, mon­trent que le désir de Claire Leje­une était d’aboutir à une expéri­ence com­mu­nau­taire en inclu­ant le pub­lic dans le déroulé de la représen­ta­tion. La pièce prévoy­ait en effet que des acteurs se glis­sent incog­ni­to dans le pub­lic pour, à la fin du spec­ta­cle, mon­ter sur scène et s’entretenir directe­ment avec les per­son­nages, invi­tant par ce biais l’ensemble de l’assistance à for­mer ce que Claire Leje­une appelait « le par­lement de la com­mu­nauté solaire » ou « le par­lement de la démoc­ra­tie réelle ». Sans doute a‑t-elle renon­cé à ce finale pour l’ambiguïté cathar­tique et le malaise qu’il aurait pu génér­er dans le chef des spec­ta­teurs…  

La langue de Claire Leje­une est un verbe-corps, une écri­t­ure qui tente de ne faire qu’une avec la vie. Pou­vez-vous évo­quer la sin­gu­lar­ité de l’écriture de Claire Leje­une, de sa pen­sée, les motifs obsé­dants qui la hantent, les régimes de son verbe, son appé­tence pour l’aphorisme, les oxy­mores, la redis­tri­b­u­tion des instances du je et du tu, le réveil d’une « langue-mère », de la « mémoire des orig­y­nes » ?
C.M. : L’œuvre de Claire Leje­une, à tra­vers l’intensité de l’expérience sub­jec­tive qu’elle pro­pose et met en scène, cherche à faire advenir un nou­veau réc­it aux ver­tus répara­tri­ces. Aujourd’hui, l’on est abreuvé de fic­tions qui ten­tent de répar­er les injus­tices de l’Histoire en niant caté­gorique­ment ses errances ou ses événe­ments les plus funestes et en instal­lant une représen­ta­tion qui con­fère vis­i­bil­ité et pou­voir à toutes les minorités (numériques, sym­bol­iques, raciales, sex­uelles…), au mépris des faits his­toriques. Ce à quoi seules la fic­tion et la poésie peu­vent don­ner nais­sance, Claire Leje­une l’avait bien com­pris dès les années 1960. Sa veine lyrique comme sa veine dra­ma­tique vont inve­stir des motifs et des modal­ités expres­sives chargés de don­ner corps à une nou­velle manière de racon­ter l’Histoire. La rhé­torique apho­ris­tique vient ain­si faire trébuch­er la pen­sée con­v­enue ; le feu du désir encore informe con­sume toutes les gangues qui nous reti­en­nent, autant qu’il éclaire prophé­tique­ment les chemins de notre avenir ; la référence à une langue-mère issue d’une mémoire mythique et immé­mo­ri­ale abolit la représen­ta­tion hétéropa­tri­ar­cale et téléologique au prof­it d’une fig­u­ra­tion fémi­nine de l’origine, qui se pro­jette dans toutes les direc­tions pos­si­bles du temps. « Les mythes sont les seuls véhicules qui puis­sent ramen­er la pen­sée dans en amont du temps linéaire de l’Histoire, dans l’incondition de la con­science matricielle où se noie l’imaginaire guer­ri­er. C’est au niveau séman­tique­ment lourd de la pen­sée mythique que peu­vent s’opérer les métis­sages cul­turels capa­bles d’enrayer, par le fond, la fatal­ité des guer­res de reli­gion, des guer­res tout court », profère Claire Leje­une dans la con­férence qu’elle donne à la Chaire de poé­tique en 2006 (« Entre poésie et théâtre : le chemin d’une vie », p. 117).
D.B. : Claire écrit : « Je ne peux mon­tr­er que le silence intime des choses, la con­cav­ité des choses. Et peut-être avec un immense vouloir, émerg­er un jour du ven­tre des mots (…) » (La geste). L’écriture est, à la let­tre, le lieu de l’autogenèse. Il faut soulign­er cela : écrire n’est pas « exprimer » un déjà-là, un déjà-su ou ‑vu, écrire est exis­ter. Écrire est penser.
Les textes de Claire éton­nent par leur inven­tion lex­i­cale con­stante, comme si elle décou­vrait des mots dans une langue étrangère. Le jeu avec ceux-ci ren­voie à ce qu’elle nomme « la langue coupée » des femmes : les sor­cières-sour­cières ne peu­vent se réap­pro­prier les mots qu’en rétab­lis­sant en eux tout ce dont ils ont eux-mêmes été coupés, leur matière sonore d’abord, leur richesse séman­tique ensuite. Écrire, c’est aller à la ren­con­tre de l’essen­tiel. Pénétr­er au cœur. Comme si l’usure du lan­gage con­damnait  à une per­pétuelle inven­tion, à des trou­vailles. Elle écrit à Mau­rice Blan­chot : « J’écoute avec délices tin­ter la langue, que ma présence dans son intim­ité pro­fonde régénère, ranime. Elle me donne en pro­pre des tré­sors d’intelligence, de sen­si­bil­ité, les joy­aux de l’extrême amour… Comme elle me dis­pose au réel, à la con­nais­sance matérielle. Elle me rend infi­ni le peu que je lui suis » (Let­tre inédite du 27 décem­bre 1970).
Et si sa langue est faite de jeux de lan­gage, c’est parce que le monde, pour elle, n’advient à l’existence vraie que dans le texte et par lui. Les mots sont autant de moments de sur­gisse­ment d’une vérité.  Il ne s’agit pas ici de vir­tu­osité lex­i­cale, mais bien du sens qui sur­git de prox­im­ités inat­ten­dues qui ressour­cent la per­cep­tion et offrent une forme de révéla­tion : « j’assiste médusée à l’éclosion des mots si longtemps cou­vés dans l’abîme, à la résur­rec­tion des choses » (L’œil de la let­tre). Le para­doxe, tout comme l’oxymore, devi­en­nent gage de mys­tère et de nou­velle lis­i­bil­ité d’un  monde mis sens dessus dessous.
Dans sa recherche de l’émotion et de la ful­gu­ra­tion, Claire aban­don­nera pro­gres­sive­ment les métaphores et com­para­isons, la pro­fu­sion sen­sorielle de ses débuts, pour se resser­rer sur un lacon­isme de l’expression, sur l’aphorisme, cette réduc­tion de la parole et de la pen­sée de plus en plus ellip­tique, pour arriv­er à ce qu’elle nomme, dans Mémoire de rien, « l’irrésistible clarté ponctuelle ».

lejeune le livre de la soeur

Quelle est la place que Claire Leje­une occupe dans le paysage actuel des Let­tres, sachant que cette place est résol­u­ment trans­gres­sive, mar­ginale, sauvage ? En quoi est-elle l’incarnation unique d’une voix pour­pre pour repren­dre l’étincelant syn­tagme de René Char ? Le monde con­tem­po­rain est-il prêt à enten­dre cette poé­tique de l’indompté dont il sem­ble se détourn­er ?
D.B. : Claire était mar­ginale, mal­gré les insti­tu­tions, les prix, les recon­nais­sances (l’Académie). Elle le reste, je le crains. Pour les fémin­istes, elle est éclip­sée par Françoise Collin, plus philosophe ; pour les lit­téraires, elle reste d’abord une poète de tout pre­mier plan, mais l’on sait com­bi­en la poésie est loin d’occuper une posi­tion dom­i­nante dans la pro­duc­tion lit­téraire de France et de Bel­gique. Au Québec, par con­tre, elle demeure une icône.
Il faut le redire, elle est une fig­ure car­di­nale, et pour la poésie et pour la pen­sée. Il faut veiller à ce qu’elle con­tin­ue à innerv­er nos représen­ta­tions et nos luttes, elle qui aurait affron­té avec feu ces som­bres temps.
C.M. : J’aurais ten­dance à penser que Claire Leje­une a dégagé une voie dans laque­lle nom­bre d’autrices (et d’auteurs, d’ailleurs) se sont engouf­frées depuis lors. Le fémin­isme lit­téraire au Québec est encore mar­qué par la présence et l’œuvre de la Belge. Des poét­esses aus­si dif­férentes que Char­line Lam­bert ou Lisette Lom­bé sem­blent être aujourd’hui trib­u­taires de l’héritage lais­sé par Claire Leje­une. Qu’elles aient lu ou non les œuvres de leur ainée importe finale­ment peu : la puis­sance de la pen­sée et de la poésie se dif­fuse par des voies tout aus­si impéné­tra­bles que le sont celles que l’on prête au divin. Si le monde con­tem­po­rain affiche les signes d’une régres­sion patente, les indomp­tés sont néan­moins bien présents pour con­tin­uer à répan­dre le feu de la sauvagerie partout où il men­ace d’être mouché.

Véronique Bergen

Livres cités

Claire LEJEUNE, L’œil de la let­tre, Le Cormi­er, 1984.
Claire LEJEUNE, Le livre de la sœur, L’Hexagone, 1992.
Claire LEJEUNE, Mémoire de rien, pré­face de Marc Quaghe­beur, post­face de Danielle Bajomée, Labor, coll. « Espace Nord », 1994.
Claire LEJEUNE, Le livre de la mère, Luce Wilquin, 1998.
Claire LEJEUNE, « Entre poésie et théâtre : le chemin d’une vie », dans Ginette MICHAUX (sous la dir. de), Théâtre et société, Lans­man, 2006.
Claire LEJEUNE, La let­tre d’amour, Luce Wilquin, 2006.
Claire LEJEUNE, Mémoire de rien et autres poèmes, post­face de Christophe Meurée, Espace Nord, 2024.
Claire LEJEUNE, Ari­ane et Don Juan et autres pièces, post­face de Christophe Meurée, Espace Nord, 2024.
Danielle BAJOMÉE, Mar­tine RENOUPREZ, Claire Leje­une, une voix pour­pre, Renais­sance du livre, 2012.


[1] Jacques DE DECKER, Lit­téra­ture belge d’aujourd’hui. La brosse à relire. Chroniques, Espace Nord, 2015, p. 139.
[2] En 1994, les Édi­tions Labor pub­lient dans la col­lec­tion « Espace Nord » Mémoire de rien, un recueil des œuvres poé­tiques de Claire Leje­une qui inclut Le pour­pre, La geste, Elle, Mémoire de rien, des extraits du Dernier tes­ta­ment, des frag­ments de La gangue et le feu. La pré­face est signée Marc Quaghe­beur et Danielle Bajomée signe la post­face.


Arti­cle paru dans Le Car­net et les Instants n°223 (2025)