
Pierre Coran
Jurbise (Belgique),
le 11 mai 2034, devant la plaque commémorative fraichement scellée au 19 de la rue d’Erbisoeul, à l’initiative de la Province de Hainaut.
Madame le Gouverneur,
Messieurs les Députés provinciaux,
Mesdames, Messieurs,
chers enfants,
Mon grand-père, Pierre Coran, est aujourd’hui centenaire comme trois des chênes de son bois. Maintenant comme jadis, il aime les oiseaux, le silence, les araignées, la Mer du Nord, les écureuils, les fleurs sauvages tout autant que les hommes. Voilà trois-quarts de siècle que Pierre Coran porte l’étiquette de poète de l’enfance ! Il en est fier. Esprit libre, Papy calque sa ligne de vie, depuis des décennies, sur un alexandrin de feu le Prince de Ligne : « J’avance dans l’hiver à force de printemps », et ça lui réussit. Je n’en dirai pas plus. Papy trouve, non sans raison, qu’il est fatigant de lire sur les lèvres.
J’oubliais : sur mon insistance, grand-père s’est finalement résolu à envoyer un manuscrit à la Commission des Lettres. Mirages a été refusé à la quasi unanimité. Papy trouve que c’est bon signe.
Je vous remercie,
Aude
Pierre Coran
Article paru dans Le Carnet et les Instants n°100 (1997)