Pierre Coran, Les chemins de Janus

Au-delà du miroir

Pierre CORAN, Les chemins de Janus, M.E.0., 2012

coran les chemins de janusPierre Coran est surtout con­nu du grand pub­lic pour la place qu’il occupe dans  la lit­téra­ture jeunesse, et plus par­ti­c­ulière­ment, dans la poésie pour enfants. Ses livres sont traduits dans de nom­breuses langues et il est le récip­i­endaire de prix lit­téraires pres­tigieux. Néan­moins, il est sou­vent mécon­nu en tant qu’auteur de recueils de poésie pour adultes. C’est dans cette dernière veine que paraît Les chemins de Janus. L’auteur pro­pose un voy­age ini­ti­a­tique et fan­tas­tique en trois temps : « le périple », réc­it sur la route vers l’ « incer­tain », « la tra­ver­sée » où « une spi­rale issue d’on ne sait quel ailleurs / l’entraîna illi­co dans les con­tre-courants » et « la can­dela », c’est-à-dire le pos­si­ble « espoir d’une lueur sur une terre neuve ».

Texte poé­tique sous forme de réc­it nar­ratif, le lecteur suit un homme sur le chemin de sa vie, en quête d’authenticité, d’une meilleure con­nais­sance de lui-même et de ce qui l’entoure. L’auteur sil­lonne un univers proche du songe et des rêves, pous­sant des portes jusque-là encore inex­plorées. On s’imagine dans une forêt sauvage tein­tée d’onirisme, proche de celle de Régis Loisel dans La quête de l’oiseau du temps. Les métaphores liées à la nature et la per­son­ni­fi­ca­tion de celle-ci illus­trent par­faite­ment l’état d’esprit dans lequel se trou­ve l’auteur à tra­vers les étapes suc­ces­sives qu’il tra­verse. Le texte, très musi­cal par l’usage four­mil­lant d’assonances et d’allitérations, sus­pend le temps et incite le lecteur dans cette aven­ture exis­ten­tielle pour « retourn­er aux sources encore inas­sou­vies ». De cette épreuve, l’auteur en sort gran­di, voire méta­mor­phosé. Par le change­ment, à la dernière page, du pronom « il » vers  le « je », Pierre Coran affirme et revendique la libéra­tion de ce qui l’habite, pour mieux renaître, tant dans la vie, que dans l’acte d’écrire, pour ce livre et les autres à venir.

Mélanie Godin


Arti­cle paru dans Le Car­net et les Instants n°175 (2013)