Jacques Crickillon : « J’ai cent ans » — 13 septembre 2040

jacques Crickillon

Jacques Crickil­lon

Tout nu ? Ça ne me con­cerne pas vrai­ment, le cen­tième ou le mil­lième anniver­saire. À moins que ma com­pagne et mon ombre demeu­ri­ons, et tels, et les enfants, et tous ceux du « j’aime », amen ! Sinon, qu’importe, et à moi, et aux autres, aux prochains, les incon­nus, les tou­jours proches ? J’écris au nom ignoré d’un Dieu mys­térieux et si fam­i­li­er, porté entre l’orteil, la rate et le cervelet, et qui me fait un regard, que l’on désire don­ner et recevoir. L’écriture, c’est la ligne d’arrivée per­due. J’en sais plus sur le passé que sur l’avenir, mais je puis en dire bien plus sur demain que sur l’hier. Aus­si : je voudrais être, en mon cen­tième posthume anniver­saire, pour tout ce qui vivrait encore, le regard de la femme qui me sau­va bien des fois. Quelle pré­ten­tion ! Je voudrais, si tant est que je veuille, que la pierre ocre des cinq heures soleil du soir porte pen­dant une infinie frac­tion de flamme-ténèbre mon souf­fle de glace, de vide, de totale­ment évidé pour l’amour. Amen. Et que les chats de gout­tière miaulent mon nom.

Jacques Crickil­lon


Texte pub­lié dans Le Car­net et les Instants n°100 (1997)