Geneviève Damas, Paix nationale

« Avec la Paix Nationale, c’est fou ce qu’on se sent bien. »

Geneviève DAMAS, Paix nationale – Nationale Vrede, tra­duc­tion de Marie-Pierre Devroedt, Lans­man, 2012

damas paix nationaleQuel étrange monde que cette « Paix Nationale » ! Mimi, qui aime les fer­mettes et est orig­i­naire d’Ici, arrive dans la zone B 18 axe 24. Elle y ren­con­tre Bril, un de Là-bas, qui scrute les gens et les choses sans arrêt. Tous deux, qui sont des déplacés du Cen­tre, ont vécu la Grande Frac­ture. Ils sont arrivés Ici pour se ré-accli­mater et prof­iter de la Paix Nationale. Lors du Détache­ment Final, Là-bas a préféré foutre son camp en empor­tant la mer. Ici se relève tant bien que mal après sa lourde défaite. Le Bureau d’Accueil offre à Bril et à Mimi une terre d’asile, ain­si qu’un kit de survie et un livre. Dans ce camp à la Big Broth­er, les règles sont strictes : la semaine on trie, le week-end on s’occupe.

Au départ, la cohab­i­ta­tion entre Bril et Mimi sem­ble dif­fi­cile : ils n’ont pas la même cul­ture. Lui est terre-à-terre, elle est pré­cieuse. Pour­tant, ils parvien­dront petit à petit à s’apprivoiser, à trou­ver un ter­rain d’entente et une manière de vivre ensem­ble. Cinq journées s’écouleront avant de ren­con­tr­er un drôle de « Chew­ing-gum » et de pren­dre une déci­sion qui chang­era le cours de leur exis­tence.

Ici et Là-bas évo­quent le Sud et le Nord de notre Bel­gique, deux ter­ri­toires cohab­i­tant avec dif­fi­culté. Cette fable sur­réal­iste nous plonge au cœur de notre actu­al­ité et des prob­lèmes com­mu­nau­taires. Un besoin de créer du lien social entre nos deux cul­tures se fait sen­tir. Cette édi­tion nous pro­pose d’ailleurs le texte dans les deux langues. La pièce a été créée la sai­son dernière au Théâtre Marig­nan à Charleroi (mise en scène de Pietro Piz­zu­ti). Par l’absurde, un humour fin et une touche de bel­gi­tude, Geneviève Damas parvient à traiter un sujet grave et affirme sa place au sein du panora­ma du théâtre belge. Cette fic­tion serait-elle vision­naire ?

Émi­lie Gäbele


Arti­cle paru dans Le Car­net et les Instants n°173 (2012)