Polar façon du chef
Patrick DELPERDANGE, Mirador, Onlit, 2012
Patrick Delperdange ? Un raconteur d’histoires de première force, voilà comment, personnellement, je le vois. Dans Un peu après la fin du monde, il nous avait éblouis avec un ouvrage complexe, tenant à la fois du roman et du recueil de nouvelles. Avec Mirador, changement de cap. Retour à l’épure. À la trame simple de polar belgo-belge. Spécialement conçu pour navetteurs, dirait-on. Ou pour tuer le temps à l’aéroport, entre deux avions. Roman ultra court donc, extrêmement séducteur. Ne lésinant pas, en tout cas, à caresser son lecteur dans le sens du poil.
Roman efficace écrit dans une langue efficace, Mirador n’hésite pas à emprunter les figures les plus éculées : la belle pute, le mari travailleur, l’épouse délaissée à la double vie, le malfrat vraiment dangereux. Pas besoin, avec une galerie de personnages comme celle-là, de passer du temps à décrire, à scruter les méandres d’une psychologie complexe et tourmentée. Tous, nous avons été nourris au polar. Tous, nous savons ce qu’est une belle pute ou un malfrat dangereux.
Impossible, dès lors, à la lecture de Mirador, de ne pas se croire au cinéma. D’autant plus que Delperdange construit sa trame comme un scénario. Nous laissant même, en bon feuilletoniste, à chaque fin de chapitre, sur une question cruciale qui trouvera sa réponse en début de chapitre suivant. Quant à sa langue, comme celle d’un scénario, son souci premier est de nous donner constamment à voir : pas de développement stylistique éblouissant, pas de recherches formelles spectaculaires mais une volonté obstinée d’être simple et direct.
Je l’ai dit : Delperdange veut plaire. Delperdange est plaisant. Mirador est conçu pour des gens pressés. Des gens qui, dans un train, dans un tram, n’ont que quelques minutes à consacrer à la lecture. Pas question, dès lors, de leur donner autre chose que ce qu’ils connaissent déjà. Des personnages connus. Une trame connue. Des procédés stylistiques accrocheurs. Tout cela contribue à faire de Mirador un excellent ouvrage de littérature populaire.
Sinon, Mirador, c’est l’histoire de Frank Mahler. Un des deux fondateurs de Mirador, une boîte spécialisée dans l’installation de systèmes d’alarme et de surveillance vidéo dans des villas cossues. Frank Mahler est un acharné du boulot. Un soir, après une dispute, son épouse disparaît. Frank et Barbara, une voisine affriolante, mènent l’enquête. Cela les conduira dans les bas-fonds bruxellois. Cela n’est pas sans rappeler des « affaires » ayant défrayé la chronique il y a quelques années.
Cela se lit d’une traite jusqu’au décollage du prochain avion.
Vincent Tholomé
Article paru dans Le Carnet et les Instants n°172 (2012)