Laurent Demoulin, Ulysse Lumumba

Ulysse au Congo

Lau­rent DEMOULIN, Ulysse Lumum­ba, Le Cormi­er, 2014

demoulin ulysse lumumbaL’histoire d’un pays est criblée d’impacts de balles et de mains coupées. La Bel­gique, bien sûr, n’échappe pas à la règle. Avec cet Ulysse Lumum­ba, Lau­rent Demoulin nous pro­pose un O.L.N.I. (Objet Lit­téraire Non Iden­ti­fié) à bord duquel on voy­age à tra­vers le temps, l’espace et l’histoire. En par­tie gref­fé sur un texte précédem­ment pub­lié aux édi­tions Talus d’approche, le réc­it hybride oscille ici entre l’épopée onirique et le con­te légendaire. Aug­men­té de références bib­li­ographiques, le livre du marabout Demoulin est une fable spa­tio-tem­porelle autour de Patrice Lumum­ba, héros incon­testé de la des­tinée con­go­laise et donc belge. Assas­s­iné en 1961, la fig­ure de tri­bun qu’il était s’est vite affir­mée comme mythe nation­al, sym­bole de la lutte pour l’indépendance. Véri­ta­ble Ulysse mod­erne qui aurait ressus­cité, sauvé comme par mir­a­cles des tor­tures des séces­sion­nistes katan­gais pour régn­er « sur ce peu­ple infi­ni d’ombres miroirs ». Le réc­it devient une odyssée du retour au pays natal. Un périple mythique pour le géant Patrice dansant, tel un gille en transe, au son des car­il­lons et des tams-tams. On ne dira pas si le guer­ri­er a réin­té­gré le pays de ses ancêtres, si ce « Che Guelu­mum­ba » a pu rejoin­dre son « Itan­leyville », con­trac­tion, comme le pré­cise l’auteur dans un lex­ique loufoque en fin de vol­ume, d’Ithaque et de Stan­leyville. Car, c’est là aus­si que Demoulin s’amuse et nous amuse, en par­o­di­ant les mythes, en les défor­mant comme un enfant inca­pable de garder son sérieux. S’il se plaît à les mul­ti­pli­er, au risque de per­dre le lecteur, les détourne­ments référen­tiels, les trans­for­ma­tions de noms et de toponymes don­nent au livre un aspect ludique, tel un jeu de l’oie (loi ?) au pays du Con­go. Un livre fait de chausse-trappes, de trou­vailles, de recoins et qui regorge de per­son­nages bur­lesques qui sont autant de mon­stres, sacrés ou pas, à l’image de cet « Aimé Céshomaire » ou de « Joseph Kasagamem­non ». Le livre d’un drame revis­ité, entre Tintin et Con­rad !

Rony Demae­se­neer


Arti­cle paru dans Le Car­net et les Instants n°182 (2014)